WINDHOEK, 6 avr (IPS) – La Namibie a identifié la nécessité de renforcer l'éducation sur la santé sexuelle dans le programme scolaire en réponse à la menace que constitue la pandémie du VIH/SIDA.
Au cours des huit dernières années, l'éducation sur la santé sexuelle a été incluse dans le programme scolaire. Mais elle se focalisait en grande partie sur la connaissance, et avait des lacunes dans l'acquisition des aptitudes essentielles ainsi que dans la formation des valeurs et attitudes positives.
La Namibie fait partie des cinq pays les plus affectés par le VIH/SIDA au monde, avec un taux global de 22,5 pour cent parmi les adultes sexuellement actifs. La pandémie a également provoqué la chute de l'espérance de vie à la naissance en Namibie, de 58,8 ans en 1995 à 43 ans en 2000, selon le Recensement de la population et des logements du pays, de 2001.
En 2000, les décès dans le groupe d'âge de 15 à 49 ans représentaient 50 pour cent de tous les décès dans des hôpitaux, indiquait-il. Dans ce groupe, les jeunes âgés de 10 à 24 ans représenteraient jusqu'à 60 pour cent de toutes les nouvelles infections du VIH, selon le recensement de 2001.
Ces chiffres ont contraint le ministère de l'Education à accepter l'horreur qui sous-tend les statistiques, et à se débarrasser plus activement de son ancienne négligence aveugle et de sa réticence à régler, avec plus de vigueur, des sujets sensibles sur le plan social. "On reconnaît de plus en plus que le secteur de l'éducation a un rôle important à jouer dans la prévention de l'infection du VIH", a noté Patti Swartz, un haut responsable au ministère de l'Education.
La mise en œuvre d'un plan stratégique et opérationnel sur le VIH et le SIDA a commencé en 2001. Selon Swartz, le plan étale les moyens de perfectionner et de mettre en œuvre des stratégies dans des domaines particuliers qui concordent avec, et vont au-delà, des objectifs tracés pour le ministère de l'Education dans le Plan stratégique national sur le VIH et le SIDA pour 1999-2004. Ceci a été précédé d'une étude nationale avec des recommandations aux commissions du programme pour assister le processus d'intégration du programme scolaire.
L'enseignement sur le VIH/SIDA est maintenant inclus aussi bien dans les classes du primaire que dans celles du premier cycle du secondaire. Mais Marianna van Graan, chercheur principal à l'Institut national pour le développement de l'éducation (NEID), a dit que la stratégie n'est pas poursuivie de manière agressive dans les niveaux II du secondaire à cause des examens externes à ces stades.
En raison du taux élevé d'abandon scolaire qui survient a la fin du cours primaire, le ministère a identifié la nécessité pour tous les apprenants d'acquérir des connaissances, aptitudes et attitudes essentielles pouvant les protéger contre un comportement propice à l'infection du VIH à la fin de l'enseignement primaire.
Par ailleurs, des apprenants de ce stade de l'école ont habituellement entre 10 et 14 ans, et ce groupe est perçu comme 'la fenêtre d'espoir' pour la prévention du VIH. La grande majorité des apprenants à cet âge – estiment les autorités de l'éducation – ne sont pas sexuellement actifs et sont donc considérés comme des bénéficiaires clés de l'éducation formant le comportement.
L'étude, effectuée dans des écoles pour aider le processus d'intégration du programme, a montré que les apprenants namibiens ont besoin de et désirent une éducation complète sur la santé sexuelle, le VIH et le SIDA pour les préparer à mener une vie sexuelle saine et à gérer l'impact que le VIH/SIDA a actuellement sur eux. Dans les grandes classes du primaire, les apprenants sont plus préoccupés par la 'grande image' du VIH/SIDA, et l'obtention d'une 'explication' sur la maladie plutôt que par des détails spécifiques concernant le VIH/SIDA et le sexe.
David Sampson, responsable de l'éducation au NIED, a souligné que le ministère de l'Education a fait des percées significatives par rapport à l'inclusion et l'intégration de l'éducation sexuelle, et en particulier l'éducation sur le VIH/SIDA depuis 1997. "Auparavant, l'enseignement sur le VIH et le SIDA était abordé dans des sujets porteurs comme la Science de la vie et la Biologie", a-t-il expliqué. "Ceci a changé là où chaque domaine d'apprentissage intègre maintenant l'éducation sur le VIH/SIDA.
Nous avons découvert la nécessité de faire en sorte que tout le programme soit une réponse à cela".
Sampson a affirmé que chaque sujet examine l'impact du VIH/SIDA à partir d'un domaine différent. "Nous essayons d'éviter, dans la mesure du possible, la répétition du contrôle continu", a-t-il déclaré.
Lorsqu'on lui a demandé comment les enseignants – les animateurs du programme viennent à bout de l'enseignement du VIH/SIDA, Sampson a reconnu que plusieurs, en particulier dans les écoles basées en zones rurales, perçoivent cela comme étant sensible à cause de la dimension sexualité de la pandémie. "Nous avons également une société multiculturelle où nous devons éviter, à tout prix, des situations où certaines choses sont culturellement indélicates. Nous devrions nous abstenir donc de déclarations comme "l'excision est mauvaise", mais devrions remplacer plutôt des mots comme 'mauvais' par 'risqué". Van Graan, se référant à l'étude menée dans des écoles, a noté qu'elle a trouvé des signes encourageants selon lesquels des proviseurs et enseignants embrassaient de plus en plus la formation sur le VIH/SIDA.
"Plusieurs écoles ont formé depuis des clubs VIH/SIDA. Dans l'ensemble, les réponses avaient été plus positives qu'on ne l'espérait", a ajouté van Graan. Elle a admis que plusieurs enseignants "ont toujours des doutes sur leurs approches, et ne savent pas comment les parents apprécieraient l'éducation sexuelle.
Dans le cadre de l'initiative du Fonds mondial des Nations Unies, plus d'enseignants sont en train d'être formés dans l'éducation sur le VIH/SIDA.
Ce programme soutient par ailleurs le développement de matériels didactiques. Ceci, selon van Graan, avait eu un grand impact sur les comportements des enseignants.
"Les familles des apprenants sont généralement affectées par le fléau du VIH/SIDA, nous voyons souvent la question de la stigmatisation, mais les comportements (aussi bien de l'apprenant que de l'enseignant) sont en train de changer. C'est juste quelque chose qui prend du temps", a commenté van Graan.
Phillipe Talavera, auteur du livre 'Défier la perception namibienne de la sexualité', a dit que le VIH/SIDA était abordé dans les écoles avec une aisance de plus en plus croissante. "Il est vraiment de plus en plus facile d'impliquer des enseignants, peut-être parce que les gens sont plus habitués à parler de la maladie. Cela devient moins tabou", a-t-il estimé.
Auparavant, a-t-il ajouté, l'éducation sur le VIH/SIDA ne faisait pas partie des tâches officielles des enseignants, mais ceci a changé depuis.
Talavera a constaté que les parents semblent soulagés par le rôle accru que les écoles jouent dans l'éducation sur le VIH/SIDA. "Ils sont très contents que quelqu'un d'autre soit en train d'en parler. La plupart des parents réalisent que quelqu'un doit aborder le sujet, mais il est encore difficile d'impliquer les parents", a-t-il déclaré.
Swartz a néanmoins dit que les changements dans les programmes ou l'insistance n'aboutiront pas à un changement de comportement majeur si cela n'est pas soutenu et répercuté dans la société dans son ensemble. "Si nous atteignons seulement des changements dans les écoles et pas ailleurs, comment le comportement des gens va-t-il changer?, a-t-elle demandé. "Dans plusieurs de nos cultures, on attend de nos vieux, souvent des parents, qu'ils aient des relations sexuelles avec des jeunes filles comme une forme d'initiation. Ces vieillards ont dû avoir beaucoup d'autres relations sexuelles, et pourtant, c'est considéré comme une pratique acceptable", a expliqué Swartz.
"La meilleure chose qu'une école puisse faire est de donner l'information aux apprenants. Ce qui est plus important, c'est d'avoir des activités périscolaires en dehors de la salle de classe. L'information dans la classe n'est qu'un élément de toute l'approche", a souligné Talavera. En dehors de la Namibie, d'autres pays gravement touchés par la pandémie du VIH/SIDA dans la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 13 membres sont : le Zimbabwe, le Swaziland, le Botswana, le Lesotho, la Zambie et l'Afrique du Sud.

