NAIROBI, 5 avr (IPS) – La pression s'accentue sur le gouvernement du Kenya pour qu'il instaure d'urgence une loi visant à rendre obligatoire l'éducation primaire gratuite si ce pays d'Afrique de l'est doit atteindre son objectif de suppression du travail des enfants d'ici à 2020.
Le gouvernement a annoncé le 31 mars son engagement à mettre fin à toutes les formes de travail des enfants durant les 15 prochaines années. Il utilise la Loi sur les enfants, votée par le parlement en 2001, pour interdire les abus.
"Permettre que les enfants travaillent dans les pires formes de travail des enfants équivaut à un grave manquement…La loi sur les enfants votée récemment tient les parents responsables de la négligence de leurs enfants.
J'aimerais avertir que le gouvernement appliquera vigoureusement les dispositions de la Loi sur les enfants et intentera promptement des poursuites contre les contrevenants", a déclaré Nancy Kirui, la secrétaire permanente du ministère du Travail et du Développement des Ressources humaines, le 31 mars.
Elle a fait la remarque dans la capitale kényane, Nairobi, le 31 mars, suite à une manifestation contre le travail des enfants, organisée un jour avant le lancement de 'Time Bound Programme', un projet financé par l'Organisation internationale du travail (OIT).
Le projet vise à obliger les gouvernements à mettre en œuvre la convention 182 de l'OIT, et fixe une date-limite pour mettre fin au travail des enfants. Adoptée en 1999, la convention demande aux Etats membres d'interdire et de supprimer les pires formes de travail des enfants, au nombre desquelles l'exploitation sexuelle commerciale, le travail domestique, et le travail dans des secteurs agricoles commerciaux comme les plantations et les pêcheries.
Des statistiques de l'OIT montrent que 246 millions d'enfants dans le monde entier sont des enfants travailleurs, avec l'Asie et le Pacifique représentant la plus forte proportion d'enfants ouvriers – 127 millions.
L'Afrique subsaharienne en compte 48 millions.
Les enfants ouvriers sont exploités économiquement et contraints de travailler pendant de longues heures sans aucun repos et avec de bas salaires. Ils manquent souvent de protection sociale et juridique.
Le Kenya compte 1,9 million d'enfants ouvriers âgés de cinq à 17 ans, selon le Bureau central de statistiques du pays. Environ 34 pour cent des enfants sont dans l'agriculture commerciale et les pêcheries, 23,6 pour cent dans l'agriculture de subsistance et 17,9 dans le secteur domestique.
L'OIT indique qu'en plus de l'application de la Loi sur les enfants, les autorités kényanes devraient rendre obligatoire l'éducation gratuite, pour sortir les enfants du travail et les maintenir à l'école.
"Le gouvernement doit rendre obligatoire l'éducation gratuite et une loi aiderait énormément à mettre cela en application", a déclaré à IPS, Joyce Waituti, coordonnatrice nationale de programme à l'OIT.
Introduite en 2003, l'initiative de l'éducation gratuite a vu un nombre supplémentaire de 1,3 million d'enfants, précédemment bloqués hors du système éducatif, s'inscrire dans les écoles. Mais quelque 1,5 million d'enfants restent toujours hors de l'école, selon le rapport du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), de l'année dernière.
Waituti estime que la question de l'alimentation devrait également être réglée pour permettre aux enfants de tirer profit de l'éducation gratuite.
"S'il n'y a pas de nourriture à la maison, l'enfant ne réussira pas à l'école. Nous devons considérer l'éducation gratuite non seulement comme la fourniture de livres seuls, mais comme devant englober également des questions d'alimentation", a-t-elle expliqué.
Une source au ministère de l'Education a qualifié les questions d'alimentation de problèmes primordiaux, qui, a-t-elle indiqué, étaient en train d'être réglés. "Le gouvernement en est conscient et l'alimentation est en train d'être sérieusement prise en compte. En fait, il y a des projets en route pour fournir des suppléments d'aliments à certaines des écoles", a indiqué à IPS, le responsable qui a requis l'anonymat.
Selon des analystes, l'incapacité des parents à fournir de la nourriture et les besoins scolaires de base à leurs enfants démontre la pauvreté au niveau des ménages.
Dans une recherche menée récemment par la Fédération des employeurs du Kenya (FKE) sur le travail des enfants dans l'agriculture commerciale couvrant des plantations de café, de riz et de sucre, la pauvreté a été citée comme une cause majeure du travail des enfants. Environ 37 pour cent des enfants interrogés ont dit qu'ils travaillaient pour augmenter les revenus des familles et payer des frais de scolarité. Trente pour cent ont affirmé qu'ils accompagnaient seulement leurs parents pendant les saisons agricoles de pointe.
"Même si nous cherchons à devenir un pays sans travail des enfants, nous devons d'abord et avant tout régler la question de la pauvreté. Ceci peut être fait par l'amélioration de notre performance économique à travers la proposition de politiques favorisant la participation du secteur privé, qui créera des opportunités d'emplois", a observé Titus Waithaka, chef d'unité de recherche et de plaidoyer à la FKE.
Selon des statistiques officielles, environ 56 pour cent des Kenyans vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
Waithaka a noté que la pauvreté dans cette nation d'Afrique de l'est avait été aggravée par le VIH/SIDA, qui avait créé des ménages dirigés par des orphelins et des gosses, alors que les gamins n'avaient pas d'autre choix que de s'adonner au travail des enfants pour subvenir aux besoins de leurs frères.
Truphosa Atieno, 16 ans, témoignant à la manifestation de du 31 mars à Nairobi, a déclaré : "Mes parents sont morts en 2001 du VIH/SIDA, laissant à ma charge trois sœurs et deux frères. Puisque nous n'avions personne d'autre pour nous aider financièrement, je suis venue à Nairobi pour chercher quelque chose qui pourrait me procurer un revenu. J'étais employée comme domestique, où je gagnais environ huit dollars par mois. J'envoyais l'argent – à l'intérieur du pays – à ma grand-mère qui s'occupait de mes frères et sœurs".
Atieno s'est inscrite dans une école professionnelle d'enseignement de la couture à Nairobi et espère en tirer un revenu décent à la fin de sa formation.
Des statistiques officielles montrent qu'il y a plus d'un million d'enfants ayant perdu leurs parents pour cause du VIH/SIDA, une pandémie dont le taux de prévalence s'élève actuellement à sept pour cent dans le pays. Plus de deux millions de Kényans, sur une population de plus de 30 millions, vivent avec le VIH/SIDA, selon le ministère de la Santé.

