DROITS: La violence contre les femmes défie les lois, les campagnesd'éducation

NAIROBI, 11 mars (IPS) – Une décennie après qu'une conférence décisive des Nations Unies s'est résolue à s'attaquer de front à la violence à l'égard des femmes, pas assez de choses n'ont été faites pour mettre fin à ce fléau, déclarent des femmes législatrices d'Afrique de l'est.

Les députées ont fait la déclaration mardi (8 mars), au cours d'une vidéo conférence avec leurs homologues au Royaume-Uni, organisée pour commémorer la Journée internationale de la femme.

Des législatrices d'Ethiopie, d'Erythrée, du Kenya, de Tanzanie et d'Ouganda ont affirmé que dans leurs pays, les leaders politiques avaient largement relégué la violence à l'égard de femmes et d'autres questions liées à l'égalité de genre – au second plan des prises de décisions et de l'allocation de ressources au cours de ces dix dernières années.

Toutefois, ces mêmes dirigeants étaient prompts à épousseter des questions de genre durant les campagnes électorales, lorsqu'ils étaient en quête des votes des femmes.

"Le Projet de loi sur les relations conjugales, déposé au parlement il y a presque cinq ans, attend actuellement une deuxième lecture", a dit à IPS, Miria Matembe, députée ougandaise et ancienne ministre de l'Ethique et de l'Intégrité. "Si nous n'avons pas une loi s'occupant des relations domestiques, c'est simplement parce que le président ne veut pas de cela.

Maintenant, il est en train de dire 'oui' parce que les élections sont toutes proches, en 2006".

L'apathie présumée du président Yoweri Museveni par rapport au sort des femmes maltraitées est demeurée alors que les effets de la violence domestique ont été sentis dans son propre gouvernement : en 2002, l'ancienne vice-présidente Specioza Kazibwe a révélé qu'elle avait été battue par son mari.

"Il y a également le Projet de loi sur les délits sexuels, dont le statut n'est pas très clair", a déclaré Matembe.

"La Commission de réforme de la loi a mené une étude nationale sur ce que les gens voulaient mettre en évidence dans la loi proposée, après quoi elle a préparé un rapport et l'a soumis au ministère de la Justice il y a trois ans. Rien n'a été dit sur le rapport malgré les pressions des femmes députées".

Plus au sud, au Kenya, une législation clé dans la lutte pour mettre fin à la violence contre les femmes est également en souffrance – notamment le Projet de loi sur la violence domestique et la protection de la famille.

"Nous espérons que ceci sera une priorité lorsque le parlement rouvrira la semaine prochaine. Nous sommes en train de solliciter même le soutien de nos homologues hommes", a indiqué à IPS, Adelina Mwau, une députée kényane.

Selon la plus récente étude démographique et sanitaire du Kenya, réalisée en 2003, 48 pour cent des femmes en zones rurales ont été abusées sexuellement, physiquement ou sur le plan affectif.

Les niveaux de la violence sexuelle ont également poussé des femmes parlementaires à présenter un projet de loi qui rendra le viol passible de castration. Le Projet de loi sur les délits sexuels a été déposé au parlement l'année dernière.

"Nous sommes sûres que ceci va passer haut la main parce que nous avons le soutien des deux parties de la Chambre", a souligné Mwau.

Mais, comme l'ont constaté d'autres législatrices, faire voter les bonnes lois n'est que la moitié de la bataille lorsqu'il s'agit de mettre fin a la maltraitance des femmes. La Tanzanie, où une loi de 1999 a interdit le harcèlement des femmes et la violence sexuelle, a été citée comme un exemple typique.

"La loi n'a pas pris effet parce que les femmes ne rapportent toujours pas les violations, et ne poursuivent pas non plus en justice leurs époux ou quiconque les viole", a indiqué dans un entretien avec IPS, Rhoda Kahatano, une députée tanzanienne. "Ceci est principalement dû à la crainte de perdre le soutien financier de leur époux".

"Une fois encore, la culture joue un grand rôle en ce qu'elle stipule que la femme doit endurer la violence exercée par l'homme, qui est considéré comme le chef (de la famille)", a-t-elle ajouté.

En conséquence, des députées en Tanzanie se sont unies à des organisations non gouvernementales pour éduquer les femmes sur l'importance de l'utilisation des droits qui leurs sont accordés aux termes de la loi.

"Nous les encourageons à poursuivre en justice leurs maris, frères, fils ou quiconque abuse d'elles. Nous voulons qu'elles sachent que la tradition ne doit pas constituer un obstacle sur le chemin de leurs droits", a noté Kahatano.

Pour sa part, la députée britannique Harriet Harman a déclaré que même de telles campagnes d'éducation avaient leurs limites.

"La violence domestique est un problème caché, et l'éducation seule ne peut pas suffire parce que même les femmes éduquées seront toujours battues", a-t-elle observé. "Impliquer les hommes dans la lutte pour mettre fin à la violence à l'encontre des femmes est importante parce que ce sont eux qui battent les femmes. La bataille ne peut pas être gagnée par les femmes seules".

Selon Harman, deux femmes meurent par jour au Royaume-Uni à cause de la violence domestique.

Pour certaines activistes de genre, faire élire plus de femmes au parlement est une partie essentielle afin d'amener le gouvernement à avoir plus d'assurance pour mettre fin à la violence contre les femmes. Elles sont convaincues que les femmes législatrices qui sont une force avec laquelle il faut compter, en raison de leur nombre, auront de l'influence pour rassurer que la lettre et l'esprit des lois destinées à protéger les femmes seront respectées.

Si c'est le cas, alors le Kenya – pour ce qui le concerne – à du chemin à faire.

A l'heure actuelle, le pays compte seulement 18 femmes députées sur un total de 222 législateurs. Bien que ce chiffre soit médiocre, il indique tout de même le nombre le plus élevé de femmes parlementaires élues au Kenya.

En Ouganda, la situation est plus prometteuse, avec 78 femmes dans un parlement de plus de 300 membres – alors que le parlement de la Tanzanie, fort de 295 sièges, comprend 62 femmes.

La vidéo conférence du 8 mars, organisée par le Conseil britannique, s'est déroulée au moment où des délégués des quatre coins du monde se réunissaient à New York pour discuter des progrès dans la réalisation de l'égalité de genre depuis la tenue de la 4ème conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes en 1995. Cette rencontre s'était tenue à Beijing, en Chine.

La rencontre de New York, en cours au siège de l'ONU, prend fin ce jour (11 mars).