DROITS-AFRIQUE DU SUD: Les San une ''communauté qui perd vite espoir''

JOHANNESBURG, 10 mars (IPS) – Le sort d'une communauté indigène en Afrique du Sud, les San, a été placé sous les feux de l'actualité la semaine dernière, avec le lancement d'un rapport de la Commission sud-africaine des droits de l'Homme.

Intitulé 'Rapport d'enquête sur les violations des droits de l'Homme dans la Communauté Khomani San en Afrique du Sud', le document de 35 pages donne des détails sur ce que le président de la commission Jody Kollapen a qualifié "de triste histoire de négligence et d'indifférence".

"Ce que nous avons trouvé, c'était une communauté qui perdait rapidement espoir, qui manquait souvent de moyens et de la capacité de travailler et de survivre dans un monde tellement différent de celui auquel elle est habituée", a-t-il noté. Kollapen s'exprimait au lancement du rapport, qui s'est déroulé jeudi (3 mars) dans la capitale économique de l'Afrique du Sud, Johannesburg.

Les San, également connus sous le nom de Bushmen, sont des chasseurs-cueilleurs qui ont habité traditionnellement le désert du Kalahari – une étendue couvrant l'Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie. ('Khomani' est le nom donné au principal groupe San dans le sud du Kalahari).

Selon le Groupe de travail pour les minorités d'Afrique australe, il y a actuellement quelque 100.000 San – dont la majorité vit au Botswana (49.000). La Namibie compte une population de 38.000, et l'Afrique du Sud 4.500. Environ 6.000 San sont également présents en Angola, 1.600 en Zambie et 1.200 au Zimbabwe.

Sous l'apartheid dans les années 1970, des membres de la communauté en Afrique du Sud ont été dépossédés de leurs terres traditionnelles et dispersés à travers le pays. Ceci les a effectivement transformés en une sous-classe, minée par l'abus de la drogue et de l'alcool qui affecte aussi bien les adultes que les enfants.

L'entrepôt de la liqueur locale dans la région d'Askham-Andriesvale du Kahahari, où vivent plusieurs membres des Khomani, gère un commerce florissant en vendant 'tue moi lentement' – le nom donné par les San à leur boisson alcoolique favorite. L'usage du marijuana a été également rapporté.

"Ils boivent beaucoup d'alcool – certains d'entre eux commencent par boire à un âge précoce de 14 ans. Et parfois lorsque des parents hommes retournent ivres à la maison, la nuit, ils vont dans les huttes au toit de chaume des filles et abusent d'elles", a indiqué à IPS, Eliot Ndlovu, un activiste de la communauté.

"Nous demandons aux filles d'aller rapporter cela aux leaders communautaires", a-t-il ajouté.

Ndlovu travaille pour Rainbow Mantis, une organisation non gouvernementale qui assiste les Khomani.

Un véritable emploi est rare, avec la plupart des membres de la communauté arrivant à joindre les deux bouts à travers des ventes d'objets d'art aux touristes.

Ils n'ont pas d'emplois formels. Ils s'asseyent au bord de la principale voie menant en Namibie et les touristes leur donnent de l'argent", a déclaré Ndlovu. "Avec cet argent, ils achètent de la nourriture, mais utilisent une grande partie dans l'alcool".

Par ailleurs, "les Khomani San n'ont pas accès à l'eau et au logement….ce sont pourtant des choses que nous considérons comme allant de soi en termes de développement", a dit aux journalistes, Mongezi Guma de la Commission pour la promotion et la protection des droits des communautés culturelles, religieuses et linguistiques, le 3 mars.

Des préoccupations sur les menaces auxquelles sont confrontés les San ont été mises en évidence au début de l'année dernière avec le meurtre de Optel Rooi, un traqueur bien connu.

Le 3 janvier, Rooi et un associé, Silikat van Wyk, s'étaient arrêtés à un bar dans la région d'Askham-Andriesvale apparemment pour chercher de l'eau qu'ils envisageaient d'apporter à la maison. Deux policiers, qui affirmaient être en train de répliquer à un cambriolage signalé, sont alors arrivés sur les lieux, poussant Rooi et Van Wyk à s'enfuir. Une fusillade en a résulté au cours de laquelle Rooi a été tué.

L'incertitude entourant les détails exacts de l'incident, et l'insatisfaction sur la manière dont l'enquête liée à l'affaire s'est déroulée, ont détérioré les relations entre les San et la police.

"Nous avons trouvé la communauté et la police profondément divisées.. La communauté ne faisait simplement pas confiance à la police", a déclaré Kollapen.

Suite aux plaintes de la communauté, une enquête de trois jours a été finalement effectuée sur la mort de Rooi – et le policier qui l'a tué passe actuellement en jugement.

L'incident a également mis en évidence des tensions plus accentuées entre les San et la police, qui sont liées à l'implication de policiers dans l'agriculture et la chasse.

En 1999, les Khomani San ont obtenu une victoire historique lorsque des superficies de terre dans le Kalahari leur ont été retournés sous le programme de réforme agraire en Afrique du Sud, qui cherche à rectifier les disparités raciales dans la possession de terres qui remontent à la période d'apartheid.

"Mais une portion de cette terre, notamment celle qui fait partie d'une propriété dénommée Witdraai, avait précédemment été cultivée par la police locale, indique le rapport de la commission. Il souligne également que la police avait continué "à entreprendre des projets commerciaux sur la terre des Khomani San…(contribuant) à créer une relation détériorée entre la communauté et la police".

"Nous pensons que la police devrait seulement s'impliquer dans le maintien de l'ordre – et non dans l'agriculture et la chasse", a fait remarquer Kollapen, ajoutant qu'il espérait voir la nomination de gestionnaires qui pourraient aider les San à s'engager dans des activités agricoles sur leur terre.

Dans le but de munir les Khomani du savoir dont ils ont besoin pour survivre dans un monde moderne, des efforts sont en cours pour éduquer des enfants de la communauté – afin que des membres de la communauté San puissent prendre conscience de leurs droits.

"Jusqu'ici, le gouvernement a abrogé 800 lois discriminatoires depuis 1994.

Cependant, il est difficile d'inculquer à un peuple la culture de ses propres droits", a dit à IPS, Zonke Majodina, vice-président de la commission des droits de l'Homme.

"L'égalité des peuples doit être promue et protégée" (le système d'apartheid de la ségrégation raciale en Afrique du Sud a pris fin en 1994, lorsque les premières élections multiraciales du pays se sont déroulées).

Mais, comme l'indique le rapport de la commission des droits de l'Homme, lancé le 3 mars, les enfants San rencontrent des difficultés pour travailler dans un environnement scolaire confiné, puisqu'ils sont habitués à se déplacer plus librement. En conséquence, "Ils sont attirés hors de l'école par l'argent qu'ils peuvent se faire et le divertissement des touristes dans des stands, vendant des objets traditionnels Khomani San", affirme le document.

En juillet de l'année dernière, un responsable local est intervenu sur cette question, et a ramené certains des enfants à l'école. "Toutefois, on craint que ces enfants ne retournent à un style de vie où ils peuvent gagner 200 rands (environ 34 dollars) par jour en divertissant des touristes", ajoute le rapport.

Ces craintes sont bien fondées. Une enquête du ministère de l'Education a révélé qu'un mois après avoir été ramenés à l'école par un responsable local, trois des cinq enfants concernés étaient absents des cours.

Les choses ne sont pas facilitées par le fait que les infrastructures pour éduquer les enfants San sont loin d'être satisfaisantes. 'L'éducation est encore rudimentaire", explique Guma.

"Le sort des Khomani San pose la question de savoir combien d'autres vivent dans une telle situation dans le pays. Nous devons essayer de repérer ces abus et nous y attaquer", a-t-il noté par ailleurs.

Toutefois, ce n'est pas seulement à l'intérieur des frontières sud-africaines que la situation des San préoccupe.

Au Botswana voisin, les Basarwa – le nom par lequel les Sans sont connus dans le pays – auraient été contraints de quitter leurs terres traditionnelles dans le 'Central Kalahari Game Reserve' (Réserve naturelle du Kalahari central) pour permettre aux autorités d'exploiter des réserves de diamant dans cette région.

Le gouvernement réfute l'accusation, affirmant qu'une réinstallation des San a été faite parce que les activités de la communauté menaçait la protection de la faune et la flore, et parce qu'elle veut améliorer la qualité de vie des Basarwa.