DROITS-AFRIQUE DU SUD: Donner au budget un programme genre

CAPE TOWN, 9 mars (IPS) – Il est facile de parler, mais honorer les promesses que vous faites l'est moins. Ceci étant, tout le bavardage sur comment assurer l'égalité entre les hommes et les femmes en Afrique du Sud a-t-il abouti en acte là où cela compte le plus : l'allocation de fonds selon des critères de genre dans le budget national?

Il y a dix ans presque, le ministère des Finances avait promis de donner un détail des moyens par lesquels le budget allait promouvoir l'égalité de genre. Cela ne s'est toujours pas passé, mais le porte-parole du ministère des Finances, Thoraya Pandy, n'était pas en mesure de commenter les raisons de cet état de chose.

"Il y a un mur de silence sur cette question", déclare Penny Parenzee de l'Institut pour la démocratie en Afrique du Sud, une cellule de réflexion basée à Pretoria, indiquant que cela peut – au moins en partie – provenir des craintes selon lesquelles les hommes seront perdants dans un budget qui donne un feu vert aux besoins des femmes.

"L'un des plus grands défis quand vous parlez de genre est que les gens se mettent en colère…Ils sont très préoccupés par ce que cela signifie pour les hommes", affirme Parenzee, qui a passé deux années à faire des recherches sur comment le budget prend en compte le genre. "Lorsque vous parlez de budgets, c'est également mauvais. Si vous combinez les deux questions, c'est très difficile".

Des progrès sur la question semble également s'être considérablement ralentis après que des députés du Congrès national africain au pouvoir, qui avaient joué un rôle clé en mettant l'accent sur les questions de genre, comme l'activiste Pregs Govender, ont opté pour une vie hors du bocal à poissons du gouvernement.

Juste une poignée de gens en Afrique du Sud travaille actuellement sur des questions liées à la budgétisation du genre, certains d'entre eux ont également d'autres chats à fouetter.

Ceci peut être une image d'une plus large pénurie de compétences au sein du gouvernement. Le manque de comptables en Afrique du Sud est grave – un héritage du passé de l'apartheid du pays, où très peu d'investissement était fait pour donner une éducation appropriée à la majorité noire.

Dans ce contexte, Parenzee souligne que plusieurs responsables, par ailleurs sympathiques, voient l'octroi d'allocation pour en faveur du genre dans le budget comme un "surplus de travail".

Une situation aurait pu être créée encore là où une analyse budgétaire des questions de genre n'est pas seulement limitée, mais également superficielle. "Mon opinion est qu'une grande partie de notre travail a été descriptive : ce qui est dans le budget, ce qui ne l'est pas. Cela n'a pas été une analyse approfondie", souligne Parenzee.

Mais, la donnée désintégrée – l'information qui montre la somme d'argent consacrée aux initiatives sociales parvenant en réalité aux femmes – est, comme le dit Parenzee, "critique".

"Comment allez-vous mesurer l'engagement du gouvernement pour l'égalité de genre si vous ne savez pas où va l'argent?", demande-t-elle.

Heureusement, il y a des progrès dans certains quartiers, notamment le parlement de la petite mais puissante province de Gauteng. Cette région est la plus grande source de produit intérieur brut en Afrique subsaharienne.

Plusieurs départements de l'Assemblée provinciale de la province de Gauteng fournissent maintenant des données désintégrées dans leurs budgets, alors que d'autres ont demandé de l'aide afin de s'assurer que leurs propres statistiques sont spécifiques au genre.

Pour sa part, le 'Gender Advocacy Programme' (Programme de plaidoyer pour le genre), un groupe de pression indépendant basé dans la ville côtière du Cap, se focalise sur comment le gouvernement local peut fournir l'information destinée à déterminer l'étendue à laquelle des fonds gouvernementaux profitent aussi bien aux femmes qu'aux hommes.

Au Cap également, sept organisations communautaires, qui traitent de la violence contre les femmes dans l'installation massive et à faible revenu de squatters de Khayelitsha, sont en train de demander à des dispensaires, des tribunaux locaux et des gendarmeries des copies de leurs budgets. Les groupes veulent faire une analyse de genre de la manière dont ces départements dépensent leur argent.

A ce jour, des activistes sont rentrés les mains vides – mais ne se découragent pas. Maintenant, les groupes communautaires envisagent de parler aux conseillers locaux, pour découvrir pourquoi on ne leur permet pas d'examiner les budgets.

Ils envisagent également de parler aux parlementaires de comment rendre le budget sensible aux préoccupations de genre.

Le gouvernement national a reçu récemment des louanges pour avoir accru les subventions sociales comme le soutien aux enfants, les pensions et les allocations d'invalidité.

Permettre aux enfants pauvres de recevoir, jusqu'à l'âge de 14 ans, des allocations comporte des avantages certains pour les femmes, qui sont les premières aides à domicile et constituent le gros de la population touchée par la pauvreté. Mais, des activistes préviennent que ces développements – quoique bienvenus – ne devraient pas être perçus comme une substitution à l'analyse d'un plus large traitement du budget des femmes.

L'augmentation des subventions sociales était "focalisée sur le bien-être et non sur le genre", souligne Parenzee. "C'était plus par hasard que cela s'est terminé par une composante genre".