COMMERCE: Vers une conclusion du Round de Doha – peut-être

NAIROBI, 8 mars (IPS) – Des responsables, qui ont pris part aux discussions de deux jours sur le commerce, au Kenya, ont rendu un verdict mitigé sur l'issue des pourparlers.

Alors que certains ont qualifié la rencontre de productive, d'autres ont dit que très peu de progrès avaient été réalisés dans la résolution des problèmes qui avaient hanté la dernière série des négociations internationales sur le commerce depuis qu'elle a commencé en 2001 à Doha, au Qatar.

Au nombre de ces problèmes, figure une polémique sur les subventions agricoles, principalement celles octroyées par les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) à leurs agriculteurs.

Les pays en développement disent que ces subventions font baisser les prix des matières premières à un coût auquel leurs propres agriculteurs ne peuvent pas rivaliser, privant les Etats pauvres d'une source de revenus clé. Selon l'agence internationale d'aide Oxfam, ceci est intervenu au moment même où les Etats en développement ont réduit leurs propres tarifs douaniers sur les importations agricoles : le groupe souligne que ces tarifs ont été diminués d'une moyenne de 30 pour cent à 18 pour cent entre 1990 et 2000.

A la lumière de cela, les pays pauvres croient que les Etats-Unis et l'Europe doivent promettre de mettre fin aux subventions avant que des discussions sur la libéralisation du commerce dans d'autres domaines ne puissent démarrer.

Toutefois, des négociateurs des Etats riches indiquent que les pourparlers sur l'ouverture du secteur des services doivent continuer parallèlement aux négociations sur les subventions. Un accord sur cette question donnerait à ces pays un accès convoité à une variété de services dans le monde en développement, y compris les services financiers et éducatifs.

L'UE et d'autres parties du monde développé font également pression en faveur de la réduction des tarifs sur les produits industriels qui sont importés dans les Etats en développement. Ceci a poussé des activistes du commerce équitable à les accuser de faire deux poids, deux mesures.

"L'UE ignore complètement le fait que les pays développés eux-mêmes se sont libéralisés de façon graduelle en utilisant un certain nombre d'instruments politiques dont les tarifs, qu'ils sont maintenant en train de refuser aux pays en développement", a déclaré Peter Aoga de "EcoNews Africa", une organisation basée à Nairobi.

La rencontre de deux jours s'est déroulée du 3 au 4 mars dans la ville côtière d'Ukunda. Elle s'est tenue sous les auspices de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et a connu la participation des représentants de 33 pays.

Comme pour de précédentes rencontres de l'OMC, des manifestants ont fait sentir leur présence aux discussions. Environ 500 activistes et agriculteurs ont marché sur le lieu où les négociations se déroulaient, pour manifester contre des conditions inégales sur le commerce. Des affrontements avec la police s'en sont suivis, et 43 manifestants ont été arrêtés par des autorités qui les ont accusés de provoquer des troubles. "Nous espérons que les pays riches donneront une date spécifique indiquant quand ils vont supprimer ces subventions (agricoles)…Nous ne voulons pas des mots, nous voulons des actes", a dit à IPS Oduor Ong'wen, directeur national de l'Institut d'information et de négociations sur le commerce pour l'Afrique australe et orientale. Cette institution plaide en faveur d'une politique commerciale plus équitable vis-à-vis de l'Afrique.

Cependant, une lueur d'espoir pour les Etats en développement est venue jeudi (3 mars) avec une décision de l'OMC de confirmer son jugement contre les subventions octroyées aux producteurs de coton américains.

La plainte contre les Etats-Unis a été initialement déposée par le Brésil, avec le soutien de plusieurs producteurs de coton d'Afrique de l'ouest : Mali, Tchad, Bénin et Sénégal. Oxfam souligne que Washington dépense environ 3,5 milliards de dollars chaque année dans les subventions de coton.

"Nous sommes heureux d'apprendre cette décision. Mais il n'y a pas de délai; c'est quelque chose qui doit être mis en œuvre très vite. La suppression des subventions ne devrait pas être seulement sur le coton, mais devrait s'appliquer également à d'autres cultures", a indiqué à IPS Sophie Powell, coordonnatrice politique d'Oxfam pour l'Afrique, depuis Ukunda.

Des délégués aux discussions commerciales de cette semaine auraient fixé juillet comme délai pour l'élaboration d'un plan de réduction des subventions, des tarifs sur les produits industriels et des choses du genre – ceci en prélude à une rencontre semestrielle des ministres du Commerce des 148 membres de l'OMC qui doit se dérouler à Hong Kong, en décembre..

Les ministres du Commerce constituent la plus haute autorité de prise de décisions de l'OMC.

Une rencontre ministérielle, tenue dans la station balnéaire de Cancun, au Mexique, en 2003, avait échoué à la suite de la polémique en cours sur les subventions agricoles. Toutefois, on espère que des discussions productives cette année pourraient voir la conclusion du round de Doha d'ici à 2006.