DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Amener chercheurs et décideurs politiques à êtred'accord

KAMPALA, 7 mars (IPS) – Des rapports. Ils ont amassé de la poussière sur les bureaux des journalistes et des bureaucrates après avoir été ouverts avec réticence, et refermés rapidement.

Leur production a peut-être nécessité des mois de travail; mais trop souvent, la seule utilisation réservée à ces gros tomes semble être celle de butoirs de portes.

Pis encore, les conclusions contenues dans des rapports ne sont souvent pas prises en compte par ceux qui élaborent des politiques sur diverses questions sociales et économiques.

En ce moment, l'Institut pour le développement d'outre-mer (ODI), un groupe de réflexion indépendant basé au Royaume-Uni, est en train de focaliser son attention sur ce problème et sur d'autres décalages entre la recherche et la conception des politiques.

"L'ODI travaille à l'heure actuelle sur l'interface entre la recherche et la politique. Nous essayons de découvrir pourquoi certaines recherches sont introduites dans les processus politiques et pourquoi d'autres ne le sont pas", a déclaré Naved Chowdhury, un responsable de projet au Programme de recherche et de politique en développement de l'ODI.

"Pour diverses raisons, des décideurs politiques ne l'utilisent pas (la recherche) dans l'élaboration de leur politique. Nous essayons de combler ce fossé", a-t-il dit à IPS à un atelier tenu dans la capitale ougandaise, Kampala, récemment, pour discuter de cette question. Des rencontres similaires sont en train d'être programmés pour le Malawi, le Mozambique, la Tanzanie, le Ghana, et le Nigeria. Les propos de Chowdhury ont été repris par Julius Court, un chercheur à l'ODI.

"Dans plusieurs…parties d'Afrique et d'autres endroits du monde en développement, cette capacité (à établir un lien entre la recherche et la politique) n'existe pas réellement", a-t-il noté, alors que dans d'autres régions, cela "s'était aggravé durant ces dernières années".

Plusieurs participants à l'atelier de Kampala ont constaté que les responsables se méfient souvent des conclusions de recherche qui leurs sont présentées, et sont par conséquent réticents à les incorporer dans les politiques.

Dans certains cas, il semble également y avoir des priorités divergentes entre les chercheurs et les décideurs politiques.

"L'expérience que nous avons faite est qu'une grande partie de la recherche n'est pas liée à la politique", affirme Chowdhury. "Le contenu est un grand problème. Bien sûr, il doit être…bien documenté. Mais je crois également que cela doit avoir un rapport avec l'intérêt des décideurs politiques".

La présentation des conclusions de recherche peut, à son tour, être problématique. Les décideurs politiques veulent, comme d'habitude, que les conclusions leurs soient présentées d'une façon concise et facile à comprendre. Toutefois, ce qu'ils obtiennent parfois, ce sont des quantités d'informations, truffées de jargon, de graphiques et de tables qui les rendent beaucoup plus difficiles à digérer.

"Le principal point d'une recherche devrait être communiqué sous une forme brève, concise, précise et directe", observe Chowdhury.

Alors que l'Internet a sans aucun doute été salué dans le passé comme quelque chose qui pourrait rendre le volume de l'information sur la recherche plus facile à stocker et à gérer, lui aussi a ses limites – en particulier dans les nations en développement qui sont toujours aux prises avec des connexions lentes à la toile du Réseau mondial.

Mais, ce n'est pas tout le monde qui attribue la déconnexion entre la recherche et la conception des politiques aux rapports volumineux ou à un fournisseur de service Internet très lent.

Francis Byekwaso, responsable de projet et d'évaluation au 'Uganda's National Agricultural Advisory Services' (Service national de conseils agricoles de l'Ouganda), a indiqué que certaines organisations non-gouvernementales (ONG) manquaient d'aptitudes pour la mise en œuvre des politiques. Même si ces groupes sont informés des conclusions novatrices de la recherche, ils pourraient ne pas avoir la capacité de les traduire en acte.

A cet égard, Byekwaso a attiré l'attention sur la situation de certaines ONG impliquées dans le développement agricole en Ouganda.

"Ils ne sont généralement pas compétents dans le domaine du développement de l'entreprise. Même si nous leur faisons confiance pour développer les groupements d'agriculteurs, dans l'ensemble, leur capacité en matière de développement rural reste toujours très faible", a-t-il constaté.

Les participants à l'atelier de Kampala ont mis l'accent sur des cas où la recherche avait été introduite dans des politiques avec un effet bénéfique.

Michael Wandukwa, coordonnateur de projet à FARM-Africa, une ONG basée en Grande-Bretagne qui aide les agriculteurs et les gardiens de troupeaux pauvres, a dit que la recherche sur les besoins des éleveurs de volaille et de chèvres, dans les districts de Mbale et de Sironko, dans l'est de l'Ouganda, avait amélioré la vie de 375 individus.

"Il y a maintenant une demande croissante de projet d'activité dans la région", a-t-il ajouté.

Toutefois, des délégués ont également constaté que l'incapacité à lier la recherche et la politique pourrait se révéler catastrophique. Court a indiqué que cela avait été le cas avec la pandémie du SIDA : "Cela montre que lorsque les choses sont correctes, elles peuvent aller bien. Mais lorsque les choses vont mal, elles peuvent plutôt devenir désastreuses"..

"Le VIH est une politique tellement problématique parce que si vous ne comprenez pas vraiment la science auparavant, au moment où beaucoup de personnes vont commencer par souffrir et par mourir, la maladie sera répandue à travers la population", a-t-il ajouté.

L'Ouganda est l'une des histoires à succès de l'Afrique dans la lutte contre le SIDA, pour avoir réduit sa prévalence de 30 pour cent au début des années 1990 à six pour cent aujourd'hui.

Néanmoins, l'Afrique australe est devenue l'épicentre de la pandémie, avec l'un des pays de la sous-région – le Swaziland – enregistrant le plus fort taux de prévalence au monde, de près de 40 pour cent.