SANTE-BURKINA FASO: Les mêmes chances de survie pour tous devant le SIDA?

OUAGADOUGOU, 24 fév (IPS) – Malgré les tabous qui entourent encore le VIH/SIDA, les communautés rurales du Burkina Faso s'ouvrent de plus en plus au dépistage du virus de la maladie mortelle.

Le district de Gaoua, situé à 400 kilomètres de Ouagadougou, la capitale burkinabé, mène son combat contre l'épidémie du VIH/SIDA avec l'appui d'un centre de dépistage qui relève d'un projet pilote dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Selon le Rapport mondial sur le développement humain 2004 du Programme des Nation Unies pour le développement (PNUD), le taux moyen de prévalence du VIH au Burkina Faso est de 4,2 pour cent, notamment chez les personnes âgées de 15 à 49 ans.

Selon Dr David Kabré, directeur du Centre de dépistage gratuit anonyme et volontaire de Gaoua, la position frontalière de ce district avec le Ghana et la Côte d'Ivoire, le met dans une situation géographique plus ou moins défavorable. "Pour des raisons liées au commerce, au travail ou aux études, la population de notre district se déplace essentiellement vers la Côte d'Ivoire", explique Kabré à IPS. "Ce facteur a des incidences négativement directes sur la prévalence du SIDA dans notre pays. Les relations sexuelles non protégées restent le principal vecteur de contamination", souligne-t-il.

La prévalence du SIDA en Côte d'Ivoire est de sept pour cent, notamment chez les 15-49 ans, d'après le même rapport. Initié par l'organisation non gouvernementale (ONG) Plan Burkina, en 2001, le Centre de dépistage anonyme et volontaire de Gaoua est un projet pilote pour la lutte anti-SIDA dans le pays. Ses activités ont été décentralisées jusqu'aux villages les plus reculés de cette région. Les villageois viennent faire le test. "Cela prouve que les gens mesurent maintenant les conséquences de cette maladie et savent qu'il vaut mieux la détecter à temps pour mieux la prendre en charge", déclare Kabré à IPS.

La majorité des personnes consultant dans ce centre sont surtout des jeunes gens âgés de 16 à 18 ans et les femmes dont les partenaires sont décédés de SIDA. Il s'agit également, selon Aissatou Traoré, agent social auprès de Plan Burkina, des hommes qui ont émigré vers la Côte d'Ivoire, et de ceux qui viennent pour des visites prénuptiales. Avant le test, l'agent social effectue d'abord un pré-test pour évaluer la capacité d'acceptation du résultat par le consultant. Ainsi, il pourra lui prodiguer des conseils pour affronter le résultat en cas de séropositivité.

Ensuite, l'agent de santé procède au prélèvement qui sera envoyé au laboratoire du centre. Le laborantin annonce le résultat du dépistage au consultant le jour même. Toutefois, si le pré-test psychologique révèle que le consultant n'est pas vraiment prêt à accepter le résultat, on ne procède pas au dépistage.

Hyacinthe Tiéndrébeogo, laborantin du centre, assure que le dépistage est très fiable. "On effectue tout d'abord un premier test sensible. S'il est positif, on fait un deuxième test pour déterminer le type de VIH. Avant la présentation du résultat au consultant, on procède toujours à un troisième test rapide homologué par l'OMS (Organisation mondiale de la santé", dans son laboratoire de Ouagadougou, souligne-t-il.

En cas de séropositivité, le centre prend en charge les soins médicaux et psychologiques du malade. La prise en charge médicale concerne notamment les maladies opportunistes comme la tuberculose, la candidose, le paludisme… Le pré-test, le prélèvement et le dépistage se font également dans les villages, en 48 heures, grâce à une équipe médicale mobile. Avant la descente de l'équipe sur le terrain, une campagne de sensibilisation sur le VIH/SIDA est menée préalablement dans les villages ciblés.

"L'équipe de dépistage effectue toujours des descentes de trois jours.

Elle en profite aussi pour sensibiliser les populations sur les moyens de prévention de cette maladie", explique Seydou Ilboudo, conseiller social auprès du centre.

Nporna (un surnom), président de l'association Vie solidaire, une ONG qui œuvre pour un mieux-être des malades du SIDA, avoue que les femmes sont les plus nombreuses à faire le test du dépistage. Et elles sont psychologiquement plus solides que les hommes pour l'acceptation du statut de séropositivité, affirme-t-il. "La population a été suffisamment sensibilisée par rapport à cette pandémie", indique Kabré qui précise que la sensibilisation sur la lutte anti-SIDA se fait surtout à travers des projections de films sur le SIDA, suivies de débats et de démonstrations sur le port du préservatif. Au Burkina Faso, le taux d'utilisation des moyens de contraception est seulement de 12 pour cent, selon le rapport du PNUD. Les médias jouent également un rôle capital dans la lutte anti-SIDA. "Nous avons signé plusieurs conventions avec la radio de Gaoua qui émet, en plusieurs langues locales, des programmes de sensibilisation sur cette épidémie mortelle", indique à IPS, Dr René Paré, coordinateur du Projet de santé de Gaoua.

Les efforts déployés par ce centre ont permis de faire des pas significatifs en matière de changement de comportement des populations vis-à-vis du SIDA, une maladie dont on n'osait même pas prononcer le nom. "Mais, il existe encore des villages où les malades sont systématiquement rejetés, voire totalement isolés, par leurs familles", révèle Nporna à IPS.

Kabré regrette le fait que certains malades préfèrent aller acheter loin les médicaments que de venir les prendre gratuitement au centre parce qu'ils craignent de se faire découvrir. "Malheureusement, une grande partie de ces médicaments se périment. Nous sommes en train de chercher les voies et moyens de faire garantir l'anonymat jusqu'à la prise en charge", dit-il, l'air désolé.

La conservation des sérums pose un grand problème, le centre n'étant pas encore équipé de grands réfrigérateurs, et les réactifs utilisés se périment rapidement, après six mois au maximum, explique-t-il.

"Nous ne disposons pas d'ARV (anti-rétroviraux) et cela nous cause un grand pincement au cœur car la majorité des séropositifs sont à un stade où la prise en charge par les ARV devrait leur permettre de mener une vie normale", confie Dr Kabré à IPS. "C'est là où l'on ressent les conséquences dramatiques de la pauvreté". Environ 45,3 pour cent des Burkinabé vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour, indique le rapport 2004 du PNUD, sur une population de quelque 12 millions d'habitants.

"On devrait penser dans quelle mesure les malades pourraient bénéficier du traitement avec les ARV à moindre frais afin que tout le monde ait la même chance devant cette maladie", suggère Kabré.