MBABANE, 23 fév (IPS) – Il existe plusieurs raisons pour lesquelles des activistes des droits des femmes pourraient accueillir favorablement la nouvelle constitution du Swaziland, destinée à remplacer celle qui a été suspendue par le roi Sobhuza en 1973. Mais, il y a également des raisons pour lesquelles elles pourraient ne pas se réjouir.
A certains égards, le projet de constitution est d'une modernité réconfortante. Le chapitre 29 du document, consacré entièrement aux droits des femmes, stipule que les femmes et les hommes doivent être traités de la même manière, et avoir les mêmes opportunités dans "des activités politiques, économiques et sociales".
Pour s'assurer que ceci aura un effet pratique, un tiers des sièges législatifs sera réservé aux femmes. Ceci pourrait également être un feu vert tardif en direction de la Communauté de développement d'Afrique australe, qui avait fixé 2005 comme délai pour faire occuper, par des femmes, 30 percent des postes de prise de décision dans ses Etats membres.
Une fois que la constitution sera promulguée, le temps sera révolu où une femme swazie ne pouvait pas obtenir un prêt bancaire, signer un contrat ou posséder une propriété sans le parrainage d'un mari ou d'un parent homme.
Le projet de constitution change également une coutume de longue date où seul un bébé garçon né d'un homme swazi peut revendiquer la citoyenneté swazie.
Par ailleurs, la nouvelle constitution assouplit un peu la loi sur l'avortement pour autoriser la pratique dans des cas où la continuation d'une grossesse menacerait la santé physique ou mentale d'une femme.
L'avortement est également permis lorsqu'il y a un risque qu'un enfant naisse avec un handicap mental ou physique irrémédiable.
"La constitution prend au sérieux les droits des femmes", a dit à IPS, Prince David Dlamini, le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, qui a présidé la commission chargée de rédiger le projet du document.
Concernant les coutumes tribales, le projet de constitution indique "qu'une femme ne doit pas être contrainte de subir ou de respecter une quelconque coutume à laquelle elle est opposée par conscience".
En particulier, il protège contre le fait que des parents d'une femme par le mariage volent les biens de son défunt mari.
Cette coutume s'est révélée particulièrement désastreuse pour les femmes à un moment où la prévalence du VIH au Swaziland est estimée à environ 40 pour cent. Des femmes qui perdent leurs maris pour cause de SIDA – et qui pourraient elles-mêmes être séropositives – ne peuvent guère se permettre de sacrifier un héritage qui pourrait les aider un peu à compenser la perte du soutien de la famille, ou à subventionner l'achat de médicaments anti-rétroviraux.
La nouvelle constitution interdit également le mariage forcé. A l'heure actuelle, plusieurs femmes sont obligées d'épouser un frère de leurs défunts maris – quelque chose qui a également fait beaucoup de victimes à l'ère du VIH.
"La coutume de 'kutega', où le frère prend la femme de son frère défunt, est une cause de la propagation du SIDA. La veuve peut avoir été infectée par son mari, ou elle peut être infectée par le frère", déclare Agnès Kunene, un professeur d'éducation civique dans la capitale économique, Manzini.
Mais en même temps que la constitution protège les femmes contre des pratiques traditionnelles qui sont incompatibles avec leurs droits, elle contient également une clause qui déclare ces coutumes inviolables. Cette ambiguïté semblerait faire du projet de loi moins une porte de la liberté immédiate pour les femmes que le point de départ pour des batailles juridiques dans lesquelles les mérites relatifs de la loi moderne et traditionnelle devront être déterminés, cas par cas.
"Si les femmes swazies ne fêtent pas ouvertement cela (la constitution)…ceci peut être dû à la nature ambiguë de la constitution qui reflète une société qui va de plus en plus de l'avant, mais est en même temps enracinée dans un passé traditionnel", observe Kunene.
"La seule façon de voir si la promesse de la constitution peut être tenue est de la tester une fois qu'elle deviendra la législation du pays", ajoute-t-elle.
Pour des activistes qui méditent, avec une certaine nervosité, sur les zones d'ombre de la constitution, il y a une lueur d'espoir, affirme Jan Sithole – secrétaire général de la Fédération des syndicats du Swaziland.
"Au Swaziland, il y a deux systèmes judiciaires : les tribunaux traditionnels qui traitent de la loi et de la coutume swazie, et des tribunaux des magistrats modernes jusqu'à la Haute cour et la Cour d'appel", a-t-il dit à IPS. "C'est cette dernière qui se prononcera sur les questions constitutionnelles, et ils statuent selon le droit et non selon la coutume swazie".
Une avocate basée dans la capitale, Mbabane, note par ailleurs que la détermination des femmes swazies à introduire de nouveaux droits – même s'ils peuvent paraître incertains dans la constitution – ne devrait pas être sous-estimée.
"Une fille rurale non sophistiquée se rebellera-t-elle contre les traditions familiales en citant ses droits constitutionnels? Vous serez surpris, certaines le feront. Mais une campagne d'éducation faisant connaître ces droits sera nécessaire", a déclaré l'avocate, une femme qui a été au premier plan de la redéfinition du rôle que les femmes peuvent jouer au Swaziland.
Bongekile Khumalo est l'une de celles qui pourraient tirer profit d'une telle campagne. Agée de 20 ans, née en zone rurale, elle travaille maintenant avec des orphelins à Manzini.
"La constitution? Je ne l'ai pas lue", a-t-elle dit à IPS sans aucun souci. "Je ne suis pas très politique".
En regardant au-delà de la sphère des droits de l'Homme, il y a des aspects supplémentaires du projet de document qui ont fait tiquer plusieurs parmi les activistes des droits humains.
La nouvelle constitution, commandée par l'actuel roi du Swaziland, Mswati III, en 1996, est débattue actuellement par des parlementaires à un moment où les partis politiques sont interdits dans ce pays d'Afrique australe. Le père de Mswati, le roi Sobhuza, a proscrit ces regroupements lorsqu'il a suspendu la précédente constitution, (le Swaziland est la dernière monarchie absolue en Afrique).
Le projet ne dit pas si les partis politiques seront autorisés au Swaziland, même s'il autorise la liberté d'association. Toutefois, la constitution permet également au roi de suspendre celle-ci et d'autres droits lorsqu'il croit que cela relève de l'intérêt public. Le document ne définit cependant pas ce qui pourrait être l'intérêt public.
"Ceci contient les risques d'abus à l'avenir", a indiqué à IPS, Joshua Mzizi, directeur de l'Association swazie des droits de l'Homme.
Aucune date n'a été fixée pour la fin des débats sur la nouvelle constitution.
Même après la promulgation du document, la discussion devrait néanmoins se poursuivre pour savoir si c'est un pas dans la bonne direction – ou la preuve que le Swaziland a toujours les deux pieds plantés dans le passé.

