MBABANE, 25 jan (IPS) – En mai de l'année dernière, IPS avait rapporté qu'au Swaziland, des enseignants étaient à couteaux tirés avec le gouvernement sur la délicate question de l'admission gratuite des orphelins du SIDA dans les écoles.
Avec la nouvelle année scolaire prévue ce mardi, 25 janvier, la situation s'est-elle améliorée? Assurément, le ministre de l'Education, Constance Simelane, se montre compréhensif.
"Ce que tout le monde devrait savoir est que les enfants sont l'avenir de ce pays. On devrait leur donner la priorité absolue", a-t-elle déclaré jeudi, au cours d'une une conférence de presse.
Ces déclarations apaisantes mises à part, la question de s'assurer que les orphelins du SIDA continuent leur éducation est toujours une question litigieuse – pas une mince affaire dans un pays où environ 70.000 enfants auraient perdu leurs parents à cause de la pandémie, alors que beaucoup d'autres sont encore dans le besoin.
"Ce ne sont pas seulement les orphelins qui abandonnent l'école, mais les enfants vulnérables qui ont leurs deux parents – à cause d'un manque d'argent", a indiqué à IPS, Pelucy Ntambirweki, coordonnateur de programme par intérim au Swaziland pour le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).
Au cœur du problème, se trouve le fait que les écoles craignent de prendre des enfants qui ne peuvent pas payer la scolarité – ceci malgré les assurances du gouvernement selon lesquelles il aidera à financer l'éducation des orphelins et des enfants vulnérables.
L'année dernière, Simelane a ordonné aux directeurs des écoles primaires et secondaires d'admettre tous les enfants du genre qui se présenteraient.
Le ministre de l'Education du Swaziland a mis de côté un peu plus de trois millions de dollars pour subventionner l'éducation de ces enfants – un montant qui devait par la suite être amené à 6,4 millions de dollars.
Les écoles se sont conformées, avec une certaine nervosité, aux instructions de Simelane, leur personnel enseignant doutant apparemment de la capacité du gouvernement à honorer sa promesse d'aide financière. Ces craintes se sont confirmées lorsque le parlement a été obligé de voter un budget supplémentaire pour libérer 6,4 millions de dollars – quelque chose qui a été fait seulement à la fin de l'année scolaire.
A ce moment, les directeurs qui se sont sentis dans l'incapacité de continuer à éduquer les orphelins et d'autres enfants vulnérables sans bénéficier du financement du gouvernement, avaient expulsé plusieurs de ces élèves. Des directeurs d'école ont menacé de faire grève pour la question.
Avec la nouvelle année académique prévue pour commencer ce 25 janvier, les enseignants ne savent toujours pas si les responsables de l'éducation réussiront à gérer plus efficacement le processus de subventions en 2005.
"Lorsque nous avons fait un sondage, nous avons découvert que certaines écoles n'ont toujours pas reçu les frais pour les OVC (orphelins et enfants vulnérables), tandis que d'autres ont perçu seulement une partie – et même alors, cela n'a été fait qu'à la fin de l'année scolaire", affirme Dominic Nxumalo, secrétaire général de l'Association nationale des enseignants du Swaziland. Nxumalo est également proviseur de 'St Mark's High School', le plus grand établissement d'enseignement secondaire dans la capitale, Mbabane.
Les autorités soutiennent que les retards dans les paiements sont une chose du passé, causée par une sous-estimation du nombre d'enfants dans le besoin.
Le Programme des Nations Unies pour le développement est également intervenu avec une donation de près de 840.000 dollars pour aider à financer l'éducation de ces enfants. Par ailleurs, le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme – de l'ONU – a apporté une contribution d'environ 1,2 million de dollars pour l'éducation. Ces fonds ont été distribués à travers la Commission nationale de réponse d'urgence au VIH/SIDA (NERCHA).
"Le ministère de d'Education nous donne une liste d'écoles et de montants à payer, et nous subvenons aux besoins d'autant d'enfants que possible à partir du budget que nous recevons du fonds mondial", a déclaré à IPS, Derek von Wissell, directeur de la NERCHA.
"Je pense que le ministère a parlé l'année dernière de 16.000 gosses.
L'année dernière, l'inscription a vraiment augmenté de façon considérable.
Le taux d'inscription sera encore plus élevé cette année", a-t-il ajouté.
Les responsables de l'éducation disent qu'ils seront tolérants par rapport à l'échec scolaire des orphelins, dont plusieurs ont été traumatisés par le décès de leurs parents.
"Dans la mesure où nous voulons que ces enfants réussissent, s'ils échouent, le ministère continuera par payer leur scolarité l'année prochaine", affirme Goodman Kunene, secrétaire principal au ministère de l'Education.
Néanmoins, pour certains enfants, les dernières politiques sur les orphelins et les enfants vulnérables sont arrivées trop tard. Plusieurs ont perdu des années d'instruction parce que les frais de scolarité ne pouvaient pas être payés pour les garder à l'école – et leur retour maintenant est compliqué par les différences considérables d'âge entre eux et leurs camarades de classe.
"Plusieurs enfants n'ont pas un âge correspondant à leur classe puisqu'ils sont restés hors de l'école pendant trop longtemps, et doivent être pris en charge dans des écoles informelles", note von Wissell.
Ces écoles, dénommées 'Neighbourhood Care Points' sont subdivisées par l'UNICEF et gérées par un programme d'alphabétisation des adultes appelés Sebenta (le terme siswati pour dire "travail").
"Les Sebenta sont des travailleurs sociaux chargés de dispenser des cours aux enfants dans les Neighbourhood Care Points, qui donnent des connaissances de base aux enfants – et un enseignement préscolaire. Autant nous essayons de maintenir tous les gamins à l'école, autant certains enfants ne peuvent pas rester", indique Ntambirweki.
En dehors des défis immédiats consistant à s'assurer que les enfants vulnérables restent dans le système éducatif, certains croient que les frais de scolarité eux-mêmes doivent être reconsidérés.
"Pendant des années, la fixation des frais de scolarité a été faite par des comités scolaires locaux sans la contribution de la communauté ou des directives du gouvernement", a dit à IPS, Alan Brody, représentant local de l'UNICEF au Swaziland.
"Les frais de scolarité étaient généralement fixés par de petites sections des communautés, généralement mieux-nanties, qui demandent des montants plus élevés pour payer de meilleures infrastructures. Ceci est devenu problématique à l'ère du SIDA", a-t-il ajouté.
Ironie du sort, la recherche a montré qu'il n'y a aucune relation entre le niveau des frais de scolarité qu'on fait payer et la qualité des services offerts. Des institutions qui font payer des frais moins élevés semblent donner le même type de service que les écoles qui fixent des montants élevés.
"Il n'y a pas beaucoup de différence", affirme Brody. "L'UNICEF a fait une étude avec des responsables de l'éducation, en regardant les coûts d'opération actuels. Les montants qu'on fait payer aux élèves sont calculés n'importe comment, de 200 rands (environ 33 dollars) à 800 rands (presque 134 dollars) par an".
Le gouvernement, les communautés et les donateurs doivent établir des directives appropriées pour les frais de scolarité, ajoute-t-il.
Pour le long terme, plusieurs responsables et des analystes de l'éducation estiment que le seul moyen efficace de régler les problèmes d'éducation au Swaziland est que le gouvernement dispense une éducation universelle gratuite. Comme avec la plupart des pays, cette nation d'Afrique australe œuvre pour la réalisation de l'éducation primaire universelle d'ici à 2015.
Huit OMD ont été convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire des Nations Unies en 2000 afin de s'attaquer aux obstacles du développement dans le monde entier.
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