NAIROBI, 20 jan (IPS) – Alors qu'une décennie peut paraître très longue pour certains, c'est bien trop court pour ceux qui font pression pour obtenir que les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) soient réalisés.
Les perspectives de réalisation des objectifs semblent spécialement peu encourageantes pour l'Afrique subsaharienne, le Kenya étant un exemple typique.
"A moins que des actions drastiques ne soient prises, le Kenya a peu de chance d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement d'ici à 2015", a déclaré mardi, le ministre kényan de la Santé, Charity Ngilu, lors de la publication, à Nairobi, d'un rapport intitulé 'Investir dans le développement : Un plan pratique pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement'. (Le lancement principal de ce document a eu lieu à New York, le lundi, 17 janvier).
Le rapport de 3.000 pages a été compilé sous les auspices du Projet du millénaire des Nations Unies, mis en place par le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, pour présenter une stratégie visant la réalisation des OMD.
Les huit objectifs ont été formulés durant le Sommet du millénaire de l'ONU en 2000 en vue d'améliorer les niveaux de vie dans le monde entier d'ici à 2015. Ils comprennent la réduction de moitié du nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour et la réduction de moitié du nombre de personnes souffrant de faim dans le monde (plus d'un milliard sur les six milliards d'habitants de la planète vivent actuellement en dessous du seuil de pauvreté).
Les objectifs appellent également à la promotion de l'égalité entre les hommes et les femmes en extirpant les disparités de genre dans l'éducation, recommandent l'éducation primaire universelle, une réduction de deux-tiers de la mortalité parmi les enfants ayant moins de cinq ans – et une réduction de trois-quarts de la mortalité maternelle.
Par ailleurs, la propagation du VIH/SIDA et d'autres maladies doit être inversée, la viabilité de l'environnement assurée – et le développement des pays pauvres abordé à travers des politiques équitables sur le commerce et la dette, entre autres questions.
La mortalité infantile au Kenya est actuellement de 114 décès pour 1.000 naissances, et la mortalité maternelle de 414 décès pour 100.000 naissances.
Ngilu a cherché à remédier à cette situation en introduisant au parlement un projet de loi qui fournirait des soins de santé gratuits aux Kényans à travers l'introduction d'un plan national d'assurance. Le président Mwai Kibaki a refusé plus tard de signer le projet de loi, qui d'après des critiques, se révèlerait trop pesant pour les contribuables.
Toutefois, le ministre de la Planification et du Développement national, Anyang Nyong'o, aurait indiqué, plus tôt ce mois, que le projet de loi n'avait pas été mis en veilleuse, et qu'une version révisée du plan serait prête pour être mise en œuvre d'ici mars.
En outre, le plan de santé aurait reçu l'appui de Jeffrey Sachs, le professeur de l'Université américaine qui dirige le Projet du millénaire – ceci durant une visite au Kenya, au cours du week-end du 8 au 9 janvier.
D'autres ont également demandé aux autorités kényanes de prendre une action décisive contre la pauvreté et le sous-développement dans les mois à venir.
"L'année 2005 doit être une année d'action par opposition à une année de politique, une année au cours de laquelle la priorité du gouvernement sera accordée aux pauvres afin que les choses aillent de l'avant", a déclaré mardi, Paul André de la Porte, le coordonnateur résident du système des Nations Unies au Kenya.
'Investir dans le développement' présente 10 recommandations pour aider la communauté internationale à atteindre les OMD, en particulier que l'aide aux pays pauvres soit considérablement accrue.
Tandis que l'Assemblée générale de l'ONU a convenu en 1970 que des pays devraient mettre de côté 0,7 pour cent de leur produit intérieur brut (PIB) pour l'aide au développement, seuls cinq pays l'ont fait : le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, La Norvège et la Suède. La Grande-Bretagne, la Belgique, la France, la Finlande, l'Irlande et l'Espagne ont promis d'atteindre cet objectif.
Les Etats-Unis, avec l'économie la plus puissante au monde, sont également son plus grand donateur à l'heure actuelle. Toutefois, cette assistance s'élève à juste 0,15 pour cent du PIB, très en deçà de l'objectif de 0,7 pour cent.
Le rapport recommande que les pays riches ouvrent leurs marchés aux Etats en développement, dont plusieurs ont été sérieusement désavantagés par les subventions octroyées aux agriculteurs des nations riches. Les Etats pauvres devraient être aidés à construire des routes, des ports et l'infrastructure électrique qui sont centraux pour l'amélioration de la compétitivité.
'Investir dans le développement' propose également un certain nombre "d'actions pour une victoire rapide" pour "sauver, améliorer des millions de vie et promouvoir la croissance économique". Ces actions comprennent la distribution gratuite et généralisée de moustiquaires contre le paludisme, la suppression des frais de scolarité à l'école primaire et l'augmentation de la fourniture des repas scolaires gratuits.
Les recommandations indiquent, par ailleurs, que les gouvernements doivent "adopter des stratégies de développement assez hardies pour atteindre les cibles des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour 2015".
Le gouvernement du Kenya affirme que sa 'Stratégie de redressement économique pour la création de la richesse et de l'emploi', lancée en 2003, contribue à identifier les secteurs sur lesquels les autorités doivent mettre l'accent pour parvenir au développement.
Selon des statistiques gouvernementales, près de 56 pour cent de Kényans vivent actuellement avec moins d'un dollar par jour.

