LOME, 30 déc (IPS) – Louis Michel, commissaire de l'Union européenne (UE) chargé de la coopération et du développement, en visite au Togo cette semaine, s'est dit optimiste et favorable à la "reprise pleine et entière de la coopération" entre l'UE et ce pays d'Afrique de l'ouest.
L'UE a suspendu son aide au Togo depuis 1993 après des violences qui ont émaillé le processus de démocratisation dans ce pays.
Michel a eu des entretiens avec le chef de l'Etat togolais, Gnassingbé Eyadema, ainsi qu'avec des responsables de partis politiques et d'associations de la société civile.
"Nous ne sommes pas loin de la reprise de la coopération…et ce sera fait dès que les conditions seront réunies", a déclaré Michel aux journalistes, pendant son séjour, le 27 décembre à Lomé, la capitale togolaise.
"J'ai vraiment le sentiment qu'il y a une assez grande compréhension pour vouloir aller vers des relations apaisées entre les autorités gouvernementales et l'opposition", a affirmé Michel au terme d'un séjour de 24 heures au Togo.
Michel a indiqué avoir pris acte, avec "beaucoup de satisfaction", de l'annonce, par le président de la République, qu'il y aurait des élections législatives en mars ou en avril de l'année prochaine.
"Je resterai extrêmement proche, je resterai extrêmement engagé dans ce processus à faire en sorte que très rapidement, nous puissions reprendre une coopération pleine et entière avec le Togo", a-t-il ajouté.
Quelques jours avant l'arrivée du commissaire européen au Togo, les autorités togolaises avaient annoncé la dissolution de l'Assemblée nationale au cours de l'année prochaine afin que "des élections législatives anticipées soient organisées avant la fin du premier semestre de l'année 2005".
Selon un communiqué publié le mercredi 22 décembre, à l'issue du Conseil des ministres présidé par le chef de l'Etat togolais, la décision a été prise conformément aux 22 engagements du gouvernement, en avril dernier à Bruxelles, et en vertu de l'article 68 de la constitution du Togo. Cette disposition autorise le président de la République à dissoudre le parlement, après consultation du Premier ministre et du président de l'Assemblée nationale. Le 14 avril, le gouvernement togolais a pris, devant l'Union européenne à Bruxelles, en Belgique, 22 engagements en vue de la reprise de la coopération avec l'UE. Ces engagements concernent notamment l'ouverture du dialogue avec l'opposition, la révision du code électoral et l'organisation d'élections législatives ouvertes à tous.
Pour le gouvernement togolais, la décision de la dissolution de l'Assemblée nationale et de l'organisation des élections législatives a été prise pour permettre à toutes les forces politiques du pays d'apporter leurs contributions à la construction nationale.
Avec cette décision, les autorités togolaises se conforment aux exigences de l'UE qui a repris partiellement sa coopération avec le Togo le 15 novembre 2004 après trois mois de consultation.
L'Union européenne avait demandé au Togo de fixer la date des élections législatives avant la fin de ce mois de décembre afin de pouvoir bénéficier d'une aide de 20 millions d'euros (environ 27,5 millions de dollars).
Selon le service de communication de la délégation de l'UE à Lomé, le Togo a perdu tout dans le 8ème FED (Fonds européen de développement) qui représente 100 millions d'euros (environ 137,5 millions de dollars) à cause de la rupture de la coopération européenne depuis 1993. Et le Togo a déjà perdu 60 pour cent du 9ème FED en cours. Cependant, dès que la date des élections sera rendue publique, il pourra bénéficier de 20 millions d'euros des 40 pour cent restants.
Pour Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces de changement (UFC, parti d'opposition), "C'est une manœuvre de diversion.
Les engagements du président Eyadéma n'ont aucune valeur parce qu'il ne les respecte pas", a-t-il déclaré à la presse, à Lomé.
Yawovi Agboyibo, leader du Comité d'action pour le renouveau (CAR, parti d'opposition), a indiqué à IPS que ce qui est urgent, ce n'est pas l'annonce de la période des élections et l'intention de dissoudre l'Assemblée nationale. "Il nous faut une date précise de ces élections et il faut aussi une entente sur le code électoral", a-t-il ajouté.
Pour les membres du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), "C'est une nouvelle preuve de l'ouverture démocratique et de la politique de main tendue du président Eyadema". "C'est l'ultime chance que le président de la République offre à l'opposition", a affirmé Dama Dramani, secrétaire général du RPT. Ohiniba Kponton, un cadre de banque, a affirmé à IPS que le gouvernement togolais s'est précipité pour annoncer la dissolution prochaine de l'Assemblée nationale dès qu'il a appris l'arrivée de Michel au Togo.
"Moi, je doute toujours de la bonne foi des autorités togolaises qui font tout pour ralentir l'avènement de la démocratie au Togo", a-t-il dit. Pour Povi Ayessou, un haut fonctionnaire du ministère de la Justice, "il revient à Louis Michel de tirer les conclusions qui s'imposent; et ce qui est certain, c'est que le gouvernement fait tout ce qui est possible pour que la coopération avec l'UE reprenne".
"L'opposition a toujours joué un mauvais jeu en faisant du dilatoire et du chantage, ce que Louis Michel a certainement pu constater, et ce constat va profiter au peuple qui a trop souffert de la rupture de la coopération avec l'UE", a ajouté Ayessou.
De son côté, Kisem Tchangaï-Walla, membre du Réseau des femmes ministres et parlementaires du Togo, a déclaré, après avoir rencontré Michel, que son pays a fait des efforts dans le respect des engagements. "Nous avons demandé que l'UE puisse accompagner, appuyer le Togo", a-t-elle souligné.
Céléstine Aïdam, membre du groupe de réflexion, Femmes droit et démocratie, a révélé avoir réitéré l'appel des Togolais pour que le pays puisse enfin sortir de cette période de crise.
"C'est une bonne nouvelle pour les Togolais de savoir que la vie politique et économique du Togo est sur le point d'être relancée avec la reprise de la coopération", s'est réjoui Anani Anato, un instituteur à la retraite.

