COTONOU, 31 déc (IPS) – Le Bénin compte organiser une "fête nationale de l'abandon de la pratique de l'excision" sur son territoire, en avril 2005, en présence du chef de l'Etat, Mathieu Kérékou, qui a recommandé, en 2000, cette échéance aux acteurs de la lutte contre les mutilations génitales féminines.
L'action internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines (INTACT), qui est une association non gouvernementale allemande, travaille pour cet objectif et affirme qu'en "2005, le Bénin sera le premier pays africain où la tradition de l'excision n'existera plus". La fête sera organisée par le collectif des acteurs de la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF), qui estiment que leurs actions commencées depuis 1996, "ont abouti, fin 2004, à la disparition de l'excision en tant que tradition rituelle et ancestrale".
INTACT, dont "l'objectif unique est la lutte contre les (MGF), travaille en collaboration avec des organisations non gouvernementales (ONG) qui mènent le même combat en Afrique et interviennent sur le terrain. Mais, INTACT, elle-même, n'intervient pas directement dans les pays concernés où elle apporte un appui financier. Au Bénin, un pays d'Afrique de l'ouest, INTACT collabore avec cinq ONG partenaires : Dignité féminine, Apem, Moritz, Potal Men, et Ti-Winti. En cinq ans, entre 2000 et 2004, au total 228 exciseurs et exciseuses ainsi que leurs complices – 30 chefs féticheurs et 56 femmes intermédiaires – ont été convaincus d'abandonner l'excision au Bénin et de se reconvertir dans d'autres activités génératrices de revenus grâce à l'obtention de crédits fournis par INTACT.
Ce bilan encourageant a été présenté en décembre à Cotonou, la capitale béninoise, par le collectif des cinq ONG qui ont réussi à sensibiliser ces 314 personnes adeptes de l'excision que cette pratique est réellement néfaste pour la femme qui la subit. INTACT et ses partenaires considèrent, en effet, "la tradition de l'excision comme une atteinte à l'intégrité physique de la femme, et…une atteinte aux droits de l'enfant et aux droits universels de l'Homme". Depuis ses premiers projets financés au Bénin en 1996, l'année de sa création en Allemagne, INTACT a investi, jusqu'en 2004, quelque 430.094 euros (environ 591.379 dollars) dans la lutte contre les MGF au Bénin, selon le document bilan distribué à la presse locale. Selon Honorine Attikpa, présidente de l'ONG Dignité féminine, "Beaucoup de choses se sont passées depuis cinq ans et nous avons enregistré beaucoup de progrès dans notre action, même si nous devons rester prudents et vigilants". Le 15 juillet 1999, l'action de Dignité féminine avait permis de sensibiliser quatre femmes exciseuses qui avaient alors accepté de déposer leurs couteaux à Savè, dans le centre du Bénin, contre un micro-crédit.
Elles avaient accepté de se reconvertir dans d'autres activités productives et génératrices de revenus, en général un petit commerce local. Le 7 mai 2000, elles étaient 17 exciseuses à avoir remis leurs couteaux aux ONG Apem, Moritz et Dignité féminine, à Bembéréké, dans le nord-est du pays. Mais, en 2002, l'excision a été encore "massivement" pratiquée dans les localités de Boro (Kouandé), dans le nord-ouest du Bénin, et de Firou (Kétou), dans le sud-est, par l'exciseur Tampobré. En novembre de la même année, les ONG organisent des Journées portes ouvertes des partenaires d'INTACT, en présence de la ministre béninoise de la Famille et de la Protection sociale, Claire Ayémona, assistée de la présidente d'INTACT, Christa Mueller, venue d'Allemagne.
En mai et octobre 2003, l'exciseur Tampobré, fortement sensibilisé par les ONG, entreprend une tournée dans le département de l'Atacora – un des bastions de l'excision, dans le nord-ouest du pays – pour annoncer son abandon de la pratique des MGF. En juin 2004, une déclaration solennelle d'abandon des mutilations génitales féminines a été lue à Natitingou, chef-lieu du département de l'Atacora, par les grands chefs féticheurs des communautés Waao et Peul au cours d'un séminaire organisé par le collectif des ONG.
A la suite de ces actions, les 228 exciseurs ainsi que leurs complices – les 30 chefs féticheurs et les 56 femmes intermédiaires – se sont également engagés à abandonner la pratique des MGF. Parmi ces 314 personnes, 129 ont bénéficié d'un crédit individuel pour se reconvertir dans une activité de substitution génératrice de revenus.
Selon Toussaint N'Djonoufa, représentant d'INTACT au Bénin, "le montant du crédit individuel est de 120.000 francs CFA (environ 252 dollars), sans intérêt et dont l'échéance de remboursement est fixée par le bénéficiaire, sans contrainte". N'Djonoufa a expliqué à IPS que le bénéficiaire "ne remboursera que 100.000 FCFA (environ 210 dollars), les 20.000 FCFA (environ 42 dollars) lui étant offerts comme un fonds de roulement". Selon N'Djonoufa, le "remboursement et le renouvellement du crédit permettent à chaque ONG de garder le lien avec l'ancien exciseur bénéficiaire, et de le suivre". Le document bilan du collectif des ONG affirme que "Le crédit est un contrat de confiance pour l'abandon de la pratique (de l'excision)". Les bénéficiaires, a indiqué N'Djonoufa, présentent souvent des projets dans le secteur agricole, notamment dans la culture du coton, du manioc, du maïs et d'autres céréales comme le mil, qui sont des aliments de base au Bénin. D'autres préfèrent acheter du maïs ou des noix de karité pour les revendre lorsque leurs prix seront intéressants sur le marché. Le collectif des ONG utilise beaucoup la stratégie de "sensibilisation porte à porte" qui est une campagne de proximité consistant à entrer dans les maisons des familles à risques, avec l'aide de personnes ressources bien écoutées dans les villages. Des assemblées générales périodiques du village sont également organisées, avec un grand débat public. Ces assemblées désignent les membres d'un "comité de suivi de la sensibilisation". D'autres formes de suivi existent pour maintenir le contact avec une ancienne exciseuse, dans son village, et gagner sa confiance pour l'enregistrer. C'est "le suivi de troisième année" dont l'action se concentre sur la redynamisation des comités de suivi et sur les villages considérés comme des "poches de résistance". Des assemblées sont encore organisées, avec projection de films vidéos sur les méfaits des MGF, suivie de débats. La dernière forme de suivi est la "stratégie fils pour père" qui consiste à s'appuyer sur des ONG communautaires animées par les fils de la communauté concernée. Lors d'une récente visite au Bénin, vers la mi-décembre, le président de l'Allemagne, Horst Köhler, a encouragé les Béninois à abandonner définitivement l'excision, qui, a-t-il souligné, ne peut leur permettre d'atteindre aucun développement sérieux. On ignore les taux de mortalité des fillettes et femmes ayant subi des mutilations sexuelles, les décès consécutifs à ces pratiques étant rarement notifiés. Les informations actuellement disponibles reposent sur quelques observations de terrain et des études pilotes préliminaires limitées, explique INTACT. Selon Attikpa de Dignité féminine, les statistiques sur les MGF sont devenues encore plus difficiles à obtenir parce que les auteurs de ces pratiques éloignent leurs victimes vers des zones frontalières pour opérer en cachette et échapper à la surveillance des activistes anti-excision. Une loi promulguée en mars 2003 au Bénin interdit "toutes les formes de mutilation" et punit tout auteur de l'excision d'un emprisonnement de six mois à cinq ans, selon l'âge de la victime, et avec une forte amende à payer. Si la victime meurt, les peines sont aggravées, allant de cinq à 10 ans de prison, avec une amende encore plus lourde. L'excision consiste à enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines régions d'Afrique, on pratique l'infibulation qui consiste à coudre les grandes lèvres du vagin de la fille et à ne réserver qu'un petit orifice pour l'urine et les menstruations. L'objectif de l'opération est d'empêcher les relations sexuelles, mais les risques sont nombreux, dont l'hémorragie, les infections et le VIH/SIDA.
Un sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine, tenue dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, a adopté le protocole de la "Charte africaine sur les droits des femmes en Afrique", dont l'article 5 interdit et condamne les MGF. Pour entrer en vigueur, le protocole doit être ratifié par au moins 15 pays de l'UA forte de 53 membres. Mais un an après son adoption, trois pays seulement, la Libye, le Rwanda et les Comores – l'ont ratifié.
Les mutilations génitales féminines sont pratiquées dans la plupart des pays africains, notamment au Bénin, au Kenya, au Nigeria, au Mali, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, en Egypte, au Mozambique et au Soudan.

