CHALLENGES 2004-2005: Où en est la RDC? – Analyse

JOHANNESBURG, 29 déc (IPS) – Pendant la majeure partie de cette année, les accords de paix qui ont mis fin à une guerre civile de cinq ans en République démocratique du Congo ont été qualifiés de "fragiles". Alors que 2004 s'achève, il s'en est pourtant fallu de peu pour que les accords échouent totalement.

Les semaines écoulées ont vu une poussée de tensions entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda voisin, avec le président rwandais Paul Kagame menaçant, le mois dernier, de déployer des troupes au Congo pour désarmer des milices du groupe ethnique Hutu.

Kagame a réitéré une demande de longue date selon laquelle ces guérillas constituent une menace pour son pays. Nombre de militants, avec des membres de l'ex-armée rwandaise, se sont réfugiés en RDC (Zaïre d'alors) en 1994 pour échapper aux conséquences de leur participation dans le génocide rwandais de cette année. Jusqu'à 800.000 Tutsis minoritaires et Hutus modérés ont été tués dans ce massacre.

Les rangs des guérilleros auraient été grossis par d'autres recrues récentes. Ces adolescents sont venus pour la première fois en RDC en tant qu'enfants de réfugiés hutu qui craignaient d'être tués en représailles au génocide, par le gouvernement dominé par les Tutsis, qui a pris le pouvoir au Rwanda après les tueries.

Le Rwanda a précédemment envahi la RDC en 1996 et en 1998 – également au motif qu'il poursuivait des militants hutu.

La première invasion a conduit au renversement de l'ancien chef de l'Etat zaïrois, Mobutu Sese Seko, qui avait permis aux guérilleros d'utiliser des camps de réfugiés hutu dans l'est de son pays comme des bases pour des incursions au Rwanda.

La deuxième invasion a entraîné la guerre civile de cinq ans en RDC, qui a provoqué la mort d'environ trois millions de personnes (dont plusieurs ont succombé à la maladie et à la faim).

Le Rwanda a accepté de retirer ses troupes de la RDC en 2002 pour aider à mettre fin à la guerre civile dans ce pays en échange d'une promesse que les militants hutu seraient désarmés par des soldats de la paix des Nations Unies et des forces gouvernementales congolaises.

Selon des articles de presse, un tiers seulement sur environ 10.000 à 20.000 rebelles hutu au Congo ont été arrêtés.

Des analystes semblent toutefois divisés sur la menace que constituent ces militants.

"L'ONU estime à quelque 8.000 à 10.000 hommes le nombre de soldats des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, le principal groupe de guérilleros hutu); ils ne semblent pas constituer une menace sérieuse pour le Rwanda, mais des signes récents faisant croire que le groupe était en train de préparer des attaques ont naturellement fait monter les tensions", a indiqué une cellule de réflexion basée à Bruxelles, le Groupe international de règlement de crises, dans un communiqué de presse publié plus tôt ce mois. (Des rapports indiquent que l'ONU n'a pas encore trouvé de preuve d'attaques déjà lancées).

Le Rwanda est également accusé d'utiliser la menace hutu dans l'est de la RDC comme un prétexte pour maintenir une présence dans la région, afin de tirer profit des ses énormes ressources minières.

Deux commissions d'enquête de l'ONU ont impliqué le Rwanda et l'Ouganda, qui soutenaient également les rebelles congolais, dans l'exploitation illégale des ressources en RDC. Par ailleurs, les groupes d'experts ont montré du doigt plusieurs autres Etats, au nombre desquels le Zimbabwe qui a supporté Kinshasa dans la guerre civile de cinq ans.

Alors que Kagame est par la suite revenu sur sa menace – du mois dernier – d'envahir le Congo, en disant que le règlement du problème des milices hutu serait laissé à la communauté internationale, des informations indiquent que des troupes rwandaises ont en fait traversé la frontière pour se rendre en RDC. Kinshasa accuse les forces rwandaises d'apporter leur soutien aux soldats congolais dissidents qui se sont affrontés avec des troupes gouvernementales dans l'est de la RDC, y compris la province du Nord-Kivu.

Certains dissidents auraient précédemment fait partie d'une faction du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), un mouvement rebelle, soutenu par le Rwanda et qui avait sa base dans la ville de Goma.

Des membres du RCD-Goma ont été absorbés dans l'armée nationale de la RDC aux termes des accords de paix de 2002. Toutefois, la création d'une force armée véritablement unifiée est difficile à réaliser.

En juin de cette année, le commandant du RCD, Laurent Nkunda a occupé la ville orientale de Bukavu, affirmant qu'il essayait de prévenir des massacres de Tutsis congolais connus sous le nom de Banyamulenge. L'ONU a souligné plus tard qu'il n'existait aucune preuve pour appuyer les déclarations de Nkunda. Le commandant est largement considéré comme le chef militaire du Rwanda en RDC.

"Les enjeux au Nord-Kivu sont extrêmement importants", a indiqué Amnesty International, l'organisme d'observation des droits de l'Homme basé à Londres, dans un communiqué publié le 21 décembre, ajoutant que "le RCD-Goma, traditionnellement allié du Rwanda et soutenu par lui, considère la province comme son bastion. Des éléments des ailes politiques et militaires du RCD-Goma sont de plus en plus opposés à l'extension de l'autorité du gouvernement de transition à la province".

Amnesty note également "qu'après que le gouvernement a perdu le contrôle de la province du Sud-Kivu plus tôt cette année, la troupe dissidente du RCD-Goma sous la direction de son chef, le général Laurent Nkunda, responsable de multiples violations des droits de l'Homme à travers le Sud-Kivu, s'est regroupée au Nord-Kivu".

Puisqu'il a peu d'espoir que l'armée de la RDC restaure l'ordre dans l'est du Congo, l'attention est focalisée sur la force de maintien de paix de l'ONU qui a été déployée dans le pays depuis 1999, la MONUC (Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo).

Même si la MONUC dispose de 10.000 hommes sur le terrain, la vaste superficie de la RDC signifie que ces soldats sont répandus de façon clairsemée sur le territoire congolais.

Les autorités rwandaises semblent également avoir des doutes sur l'efficacité d'une force qui réunit des soldats venant d'une variété de pays.

"Cette chose où vous avez des Uruguayens et d'autres, n'est pas efficace", a déclaré la semaine dernière, à la South African Broadcasting Corporation, l'ambassadeur du Rwanda en fin de mission en Afrique du Sud.

Dans l'une des plus récentes opérations de l'ONU, une zone tampon a été créée à Kanyabayonga, une ville du Nord-Kivu, pour séparer des soldats gouvernementaux et d'anciens soldats rebelles.

"La zone tampon, d'une longueur de 10 km, a pour but de tenir les soldats gouvernementaux à l'écart des troupes appartenant à une unité dissidente qui est également dans la région. On espère que la zone tampon mettra fin aux combats et permettra à l'aide de parvenir aux civils déplacés", a indiqué l'ONU dans une déclaration la semaine dernière, ajoutant que la "MONUC dit que toute tentative de traversée de la zone tampon sera immédiatement repoussée".

Toutefois, le préjudice – en termes de déplacement massif de Congolais – a déjà été fait : des dizaines de milliers de personnes ont fui la dernière escalade de combats en RDC.

Le chaos qui en a résulté fait que la perspective d'organisation d'élections générales réussies au Congo, prévues pour juin 2005, semble lointaine.

L'élection a pour but d'installer un gouvernement permanent en RDC, qui est actuellement dirigée par une administration intérimaire comprenant des représentants des rebelles, des politiciens de l'opposition, et des membres du gouvernement qui a succédé au président Mobutu et à celui de Laurent Désilé Kabila.