JOHANNESBURG, 28 déc (IPS) – L'année 2004 s'achève sur une note sombre pour plusieurs en Afrique australe, où les vivres d'urgence ne peuvent pas satisfaire leurs besoins.
Mercredi (22 décembre), le Programme alimentaire mondial (PAM) a annoncé qu'il avait réduit les rations à plus de 2,8 millions de personnes au cours des six derniers mois, puisqu'il manquait de financement pour acheter des vivres supplémentaires. Ceci résultait d'une baisse des contributions des donateurs, qui se débattaient également avec d'autres crises humanitaires.
Le PAM a fait un appel de fonds de 404 millions de dollars en octobre pour nourrir des populations au Lesotho, au Mozambique, au Swaziland et en Zambie. Ces pays d'Afrique australe font partie des Etats les plus durement touchés par les pénuries alimentaires qui ont soufflé sur la région durant ces deux dernières années.
Toutefois, 2,5 pour cent seulement (environ 10 millions de dollars) du montant demandé a été reçu. En conséquence, les bénéficiaires de l'aide en Afrique australe survivent actuellement avec la moitié de leurs rations normales – parfois moins.
"Il y aura de sérieuses répercussions sanitaires et nutritionnelles si les gens devaient accepter une autre réduction de leurs maigres rations", a indiqué Mike Sackett, directeur régional du PAM pour l'Afrique australe, dans un communiqué de presse publié le 22 décembre.
"Alors que plusieurs d'entre nous vont s'asseoir avec leurs familles et amis pour célébrer Noël, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants auront en face d'eux un avenir très lugubre parce que nous sommes incapables de faire face à leurs besoins alimentaires de base", a-t-il ajouté.
Richard Lee, un porte-parole du PAM en Afrique du Sud, a déclaré que la situation au Lesotho, au Swaziland et dans le sud du Malawi était un motif particulier de préoccupation. "Les trois pays ont eu de mauvaises récoltes, en grande partie à cause de la sécheresse, l'année dernière", a-t-il noté jeudi (23 décembre), dans un entretien avec IPS.
"La période traditionnelle de vaches maigres – de janvier à mars – sera particulièrement rude puisque nous devrons réduire encore plus les rations à moins que nous ne recevions des dons immédiats en espèces", a dit Sackett. "Le PAM manquera de vivres pour le Lesotho d'ici à la fin de janvier et pour d'autres pays de la région dans les semaines qui suivront.
Au début de mars, nous n'aurons plus du tout de céréales".
Un institut international d'agriculture qui travaille en Afrique australe a identifié, comme étant les causes immédiates de la famine dans la sous-région, la sécheresse dans certaines zones, l'inondation dans d'autres – et les faibles niveaux de plantation de cultures.
Dans un document récent intitulé 'Combattre la famine en Afrique australe : mesures de sortie de la crise', l'Institut de recherche sur la politique alimentaire internationale (IFPRI), basée à Washington, a également noté que la pauvreté et les politiques de sécurité alimentaire inadéquates ont rendu vulnérables à la famine certains pays d'Afrique australe.
"Ces conditions se sont combinées pour provoquer de graves déficits dans la production alimentaire avec, comme conséquence, des prix élevés pour le maïs, l'aliment de base des populations", indique le document. Dans ce contexte, a ajouté l'IFPRI, des perturbations environnementales telles que la sécheresse ont entraîné l'effondrement des systèmes qui étaient déjà faibles, à cause de la mauvaise gouvernance.
La pandémie du VIH a contribué aux pénuries alimentaires en invalidant des agriculteurs à travers la région, tandis que les conflits politiques ont également aggravé les choses.
"Si les gouvernements laissent les guerres, la corruption et les mauvaises politiques continuer, les actions pour atténuer et prévenir les famines échoueront", avertit l'IFPRI. "Les politiques d'atténuation de la famine reposent sur un éventail allant de l'aide immédiate au redressement jusqu'à l'initiation du développement".
Dans le cas du Zimbabwe, où près de la moitié des citoyens dépend d'une certaine forme d'aide alimentaire, des critiques soutiennent que la saisie de fermes appartenant principalement aux Blancs, soutenue par le gouvernement, avait contribué aux pénuries alimentaires dans le pays.
Des vétérans de la guerre d'indépendance du Zimbabwe, menée dans les années 1970, ont commencé par occuper les fermes en 2000 – apparemment pour protester contre les inégalités raciales dans la possession de terre qui remontent à l'époque coloniale. On a également allégué que les saisies de fermes ont été orchestrées par le gouvernement comme un stratagème pour gagner des voix dans les élections législatives de 2000.
Les perspectives du pays en matière de sécurité alimentaire en 2005 ne sont pas positives, même si les autorités affirment qu'une récolte exceptionnelle est attendue.
"Avec une production de maïs et de petites céréales de un et 1,3 million de tonnes métriques, le Zimbabwe aura un déficit céréalier variant entre 500 et 800.000 tonnes métriques en 2004/2005", indique un récent rapport du 'Famine Early Warning Systems Network' basé à Harare (Réseau de systèmes d'alerte précoce contre la famine).
Le Swaziland a également été accusé de mal gérer sa politique de sécurité alimentaire. Ce mois, il y a eu un tollé général lorsque le roi du Swaziland, Mswati III, s'est acheté une berline luxueuse de 500.000 dollars, bien qu'un tiers de la population dépende de l'aide alimentaire pour sa survie, selon des estimations.
Sur le côté positif, Lee a fait remarquer que le nombre de personnes ayant besoin d'aide alimentaire en Afrique australe était beaucoup moins élevé cette année qu'en 2001 et 2002, lorsque le total avoisinait 13 millions.
Toutefois, des demandes croissantes d'aide d'urgence au Darfour, dans l'ouest du Soudan, signifient que moins de vivres parviendront aux populations d'Afrique australe souffrant de faim, a ajouté Lee.

