NAIROBI, 27 déc (IPS) – Alors que 2004 s'achève, les populations de la province de l'ouest du Soudan, le Darfour, n'ont pas de raison de faire la fête, mais fuient la violence qui a continué de gagner du terrain dans cette région instable, malgré un cessez-le-feu signé entre le gouvernement et les rebelles en novembre.
Les combats ont éclaté à Labado, au sud du Darfour ces derniers jours, forçant des milliers de civils à fuir leurs villages, selon Médecins sans frontières (MSF), une agence internationale d'aide.
"Les premières personnes qui ont fui les combats arrivent à pied dans les villes de Shariva (à 50 km au nord de Labado) et de Kalma (à 100 km à l'ouest de Labado)", a indiqué un communiqué de l'organisation le 22 décembre. Labado, avec une population de 27.000 habitants, est maintenant déserte et détruite, selon MSF.
La majorité des gens, qui ont fui Labado, étaient des populations venant d'autres régions du Darfour.
Les derniers combats au Darfour se déroulent en dépit d'un cessez-le-feu signé le 9 novembre entre le gouvernement et les rebelles du Mouvement de libération du Soudan (SLM) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) à Abuja, au Nigeria. Les pourparlers se déroulent au Nigeria depuis août 2004.
Les négociations, initiées par l'Union africaine (UA), ont été gâchées par des interruptions occasionnées par les rebelles qui ont accusé le gouvernement, entre autres, d'avoir lancé une offensive contre leurs positions. Les dernières discussions ont échoué il y a un peu plus d'une semaine.
A la grande déception des rebelles, l'UA, forte de 53 membres, a envoyé moins de 1.000 soldats de la paix, sur les 3.200 proposés, au Darfour. Même avec l'arrivée de 99 autres soldats de la Gambie la semaine dernière, le nombre est toujours considéré tellement bas pour observer la paix la paix au Darfour, un territoire qui a la taille de la France ou de l'Irak.
Préoccupé par la violence croissante, le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé à Khartoum de redoubler ses efforts pour restaurer la loi et l'ordre au Darfour. Se réunissant à Nairobi, la capitale kényane le mois dernier, le conseil a exhorté le gouvernement et les rebelles à faire la paix d'ici le 31 décembre. Ceci était la troisième résolution votée après des résolutions similaires en juillet et en septembre.
Le conflit du Darfour a éclaté en février 2003 lorsque le SLM et le JEM ont pris les armes contre Khartoum, accusant le gouvernement dominé par les Arabes de marginaliser et de persécuter les tribus africaines noires dans la région.
Le gouvernement a réagi en armant des milices arabes (connues sous le nom de janjaweed ou cavaliers) qui attaquent les Noirs Fur, Masalit et Zaghawa.
Les janjaweed ont assassiné, violé et extirpé plus de 1,6 million de civils de leurs villages, selon les Nations Unies.
Le conflit a fait plus de 70.000 morts depuis qu'il a éclaté il y a 22 mois, selon des agences d'aide.
"C'est l'une des pires crises humanitaires avec une situation imprévisible sur le terrain", a indiqué à IPS, Roshan Khadivi, chargé des relations publiques extérieures du Fonds des Nations Unies pour l'enfance au Darfour, dans un entretien téléphonique, le 22 décembre.
"Environ deux millions et demi de personnes, la plupart des enfants, âgés de moins de 18 ans, ont été affectés par le conflit qui a entravé la fourniture de l'aide humanitaire", a-t-elle déclaré. "La situation est fluide et il y a un afflux de gens dans les camps au Darfour".
Selon elle, la situation au Darfour ne s'améliorera que si la sécurité est renforcée et l'accès aux personnes déplacées accru.
"Les parties doivent s'engager à travers un accord pacifique pour garantir la sécurité des travailleurs humanitaires et assurer que l'aide humanitaire arrive dans tous les camps", a déclaré Khadivi.
Le Darfour est en train de devenir un endroit dangereux pour les travailleurs humanitaires. Quatre travailleurs de 'Save the Children', une organisation caritative britannique, avaient été tués au Darfour, poussant l'organisation à se retirer le 21 décembre.
Un travailleur de MSF a également été assassiné le 17 décembre, le deuxième en trois mois.
Selon des analystes politiques, les parties en conflit doivent appliquer ce qu'ils ont signé en présence de la communauté internationale. "La communauté internationale aurait dû fixer des répercussions punitives au cas où les partis n'honoreraient pas leurs engagements, en particulier le gouvernement", a indiqué à IPS, David Mozersky, un analyste de 'International Crisis Group' (Groupe international pour le règlement des crises), une cellule de réflexion basée à Bruxelles.
Les Nations Unies tentent maintenant de se montrer dures avec le Soudan.
"Il arrive un moment où vous devez faire une ré-évaluation pour savoir si l'approche que vous avez adoptée est efficace ou non", a déclaré aux journalistes, Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, au siège de l'institution à New York, le 21 décembre.
Pour mettre fin au conflit, des groupes de l'opposition soudanaise croient que la cause sous-jacente du problème du Darfour devrait être abordée en premier lieu. "Les points essentiels doivent être abordés. Les Arabes dans le nord veulent voir le Darfour dépeuplé afin de pouvoir s'installer dans le Darfour qui possède des terres agricoles fertiles", a affirmé récemment le révérend Haruun Runn, directeur exécutif du Nouveau conseil des églises du Soudan.
Les Noirs au Darfour sont des musulmans qui ont adopté une certaine forme des cultures arabes.
"La crise du Darfour ne peut pas être réglée par l'approche miracle, c'est pourquoi elle se prolongera jusqu'à l'année prochaine", a souligné Runn.
Certains experts croient que le conflit du Darfour ne peut pas être réglé isolément. Il doit être réglé dans le cadre de l'accord de paix nord-sud – plus vaste – qui devrait être signé à Nairobi d'ici le 31 décembre. "Tant que le Darfour continuera à brûler, la mise en œuvre de l'accord nord-sud sera très difficile", a fait remarquer Mozersky.
Le conflit entre le nord et le sud fait rage depuis 1955, excepté pendant un intermède de paix qui a duré de 1972 à 1983.
La guerre civile actuelle, qui a éclaté en 1983, a tué plus de deux millions de personnes et déplacé plus de quatre autres millions. Les pourparlers de paix, qui ont commencé au Kenya en 2002, ont conduit à la signature de six protocoles sur des questions clés au nombre desquelles celle des richesses et une autre sur le partage du pouvoir. Ce qui reste maintenant est que le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) – rebelle – se mettent d'accord sur un cessez-le-feu global et les modalités pour la mise en œuvre des six protocoles.

