NAIROBI, 20 déc (IPS) – Pour les femmes en Afrique australe, c'est 30 pour cent. Plus au nord, en Somalie, l'objectif est plus modeste, 12 pour cent. Cependant, cet objectif n'est pas en train d'être atteint.
La nouvelle constitution de la Somalie, adoptée en janvier de cette année, stipule que 12 pour cent des postes de prise de décision au gouvernement devraient être occupés par des femmes. Cela signifie que 33 sur les 275 sièges du parlement de ce pays est-africain sont destinés aux femmes.
Toutefois, les bonnes intentions n'ont pas été traduites en actes. Seuls 22 sièges ont été attribués aux femmes puisque le parlement a été inauguré en août. Les 11 postes restants sont allés aux hommes – à la grande colère de certains activistes des droits des femmes.
La question a maintenant été soulevée par le 'Women's Advocacy Group' (WAG), (Groupe de plaidoyer pour les femmes), qui a été créé en août pour lutter en faveur des droits des femmes somaliennes. Le WAG a fait pression sur les femmes qui ont réussi à aller au parlement pour qu'elles proposent une motion qui obligera le parlement à honorer ses obligations constitutionnelles concernant la représentation des femmes.
Selon la secrétaire générale du WAG, Amina Warsama, la motion sera introduite cette semaine.
"Nous mobilisons même les hommes députés, et jusqu'ici, la réponse est positive", a-t-elle dit à IPS jeudi (16 décembre), pendant la toute première rencontre entre les femmes parlementaires kényanes et leurs homologues somaliennes.
"Les femmes devraient obtenir leur quota au parlement où des décisions clés sont prises, puisque ceci aboutira, sans aucun doute, à des politiques sensibles au genre qui relèveront les niveaux de vie des femmes auxquels fera face un nouveau gouvernement", a ajouté Warsama. La réunion du 15 décembre, tenue dans la capitale kényane, Nairobi, avait pour but d'aider les femmes députées à échanger des points de vue, et à apprendre des expériences des unes des autres.
La création d'un parlement plus tôt cette année a marqué la fin d'une période de 14 ans pendant laquelle la Somalie était sans gouvernement central. Le pays a glissé dans des troubles en 1991 après le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre. Après son départ, différents leaders de faction ont fait valoir leurs droits sur des sections du territoire somalien.
Des conflits entre des factions, alimentés par un flux régulier d'armes dans le pays, ont créé un environnement où les violations des droits humains étaient répandues. Des femmes se trouvaient fréquemment être la cible de viol et de violence.
"Tout au long du conflit somalien, des factions ont utilisé le viol comme une arme de guerre pour punir et intimider des factions ethniques rivales.
La chute du gouvernement et la crise qui s'en est suivie ont permis aux combattants armés de violer impunément des femmes", a noté un rapport de 2003 sur la Somalie, produit par la branche néerlandaise d'Oxfam, une organisation internationale d'aide.
Selon le 'Rapport sur le statut des droits de l'Homme : la situation somalienne', des cas de viol en Somalie ont, en grande partie, été traités par le biais de lois coutumières et de lois religieuses islamiques. Ces lois considèrent l'abus sexuel et physique comme des questions de clan qui sont mieux réglées à travers des négociations entre hommes. Si quelqu'un est reconnu coupable de viol, son clan est autorisé à faire un paiement en guise de réparations pour le crime.
Le WAG aimerait voir ceux qui sont responsables d'abus soumis à des jugements formels.
"Nous voulons que de véritables systèmes judiciaires soient mis en place pour poursuivre ceux qui sont impliqués dans des crimes de viol, entre autres. Cette question n'a jamais été abordée assez à cause des lois inadéquates utilisées actuellement", explique Warsama.
Toutefois, les femmes ne pourront se servir des procédures légales formelles que si elles sont sensibilisées sur leurs droits concernant la violence sexuelle, et sur la nécessité de signaler les abus. Intervient alors le Fonds des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM), qui s'est joint aux groupes de femmes à la base pour promouvoir la sensibilisation sur les droits.
"Nous sommes sur le terrain, travaillant avec de grandes organisations de femmes regroupant de plus petites, dans différentes régions de Somalie, parce que nous avons réalisé que l'émancipation des femmes à travers l'éducation facilitera bien les choses, en les aidant à savoir comment faire face à la violence, à la discrimination – et comment avoir accès aux services juridiques", a dit à IPS, la directrice régionale de l'UNIFEM, Nyaradzai Gumbozvada.
Des statistiques du WAG indiquent qu'environ 80 pour cent des femmes somaliennes sont actuellement analphabètes, y compris quelques parlementaires : six seulement sur les 22 femmes députées peuvent lire et écrire.
"Nous voulons que ces députées aient le pouvoir afin qu'elles puissent tenir des discussions sensées qui influenceront le parlement dans le vote des lois qui seront favorables aux femmes", a fait remarquer Warsama.
Ces négociations peuvent inclure des pressions sur le gouvernement en vue de la ratification de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, une convention des Nations Unies qui oblige tous les signataires à promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes.
Mais, étant donné l'énorme tâche de reconstruction des services sociaux et de l'économie en ruine, les femmes députées auront probablement fort à faire pour essayer d'inclure les droits des femmes parmi les priorités du programme gouvernemental.
Alors que les discussions pour ramener la paix en Somalie avaient commencé depuis 2000, c'est seulement en octobre de cette année qu'un nouveau président a été finalement élu pour le pays.
Abdullahi Yusuf Ahmed a formé son cabinet au début de ce mois, mais doit encore établir son siège dans la capitale somalienne, Mogadiscio. A ce jour, des questions de sécurité ont maintenu le nouveau gouvernement à Nairobi.

