NAIROBI, 21 déc (IPS) – Avec Noël juste dans quelques jours, et des nouvelles d'une prolongation du cessez-le-feu entre le gouvernement et les rebelles, on pourrait s'attendre à ce que les habitants du nord de l'Ouganda se mettent dans le bain de la période festive.
Au lieu de cela, on craint que des combattants affamés de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) ne sortent du maquis dans une humeur combative, assez désespérés pour prendre la nourriture partout où ils peuvent la trouver – ou pire.
"Je suis heureux que le président ait prolongé le cessez-le-feu jusqu'à la fin de ce mois. Ceci montre un certain niveau d'engagement du président à régler de façon pacifique le conflit dans le nord de l'Ouganda", a déclaré à IPS, Macleord Baker Ocholla, vice-président de l'Initiative des leaders religieux Acholi pour la paix, dans un entretien depuis la ville de Gulu, dans le nord de l'Ouganda.
"Notre principale crainte est que certains rebelles qui ne sont pas dans le camp de Kony ne viennent encore attaquer les gens. Les rebelles ont faim et nous ne savons pas s'ils viendront ou non chercher de la nourriture maintenant que c'est la période de Noël", a-t-il ajouté.
Joseph Kony est le leader de la LRA, un groupe qui lutte depuis 18 ans pour renverser le gouvernement du président Yoweri Museveni.
La LRA a dit qu'elle voulait gouverner l'Ouganda selon les dix commandements de la Bible. Toutefois, le groupe s'est plus fait connaître pour ses violations des droits de l'Homme que par sa piété. Des milliers d'enfants ont été enlevés par la LRA pour servir comme soldats, tandis que d'autres ont été transformés en esclaves sexuels.
Des autorités ougandaises ont également été accusées d'utiliser des enfants dans ce conflit. Un rapport de 2004 de la 'Coalition pour mettre fin à l'utilisation des enfants soldats' affirme que le gouvernement recrute des enfants qui échappent à la captivité de la LRA, et les force à prendre part à des opérations contre le groupe rebelle.
"Lorsqu'on l'interroge, le gouvernement dit que le recrutement est fait par une unité locale de défense, soutenant que l'unité ne fait pas partie de la police – alors que nous savons très bien que l'unité fait partie intégrante de la police ougandaise", a noté Geofferey Oyat, un chargé de programme en Ouganda pour 'Save the Children', le 17 novembre pendant le lancement du rapport. Cet événement s'est déroulé dans la capitale kényane, Nairobi.
La guerre dans le nord de l'Ouganda a donné lieu à l'émergence des soi-disant "navetteurs de nuit", des gens qui quittent des zones rurales et font de longues distances pour passer la nuit dans des enceintes d'écoles, d'églises ou d'hôpitaux où il y a moins de risque d'être attaqués par des rebelles.
Actuellement, les sentiments d'incertitude dans la région ont provoqué la montée en flèche du nombre de navetteurs de nuit.
"J'étais à Kitgum (une ville du nord) la semaine dernière, et le nombre de personnes dormant dans des espaces découverts était impressionnant. Le matin, de six heures à huit heures, la route est inondée de gens qui ont passé la nuit dans les rues", a indiqué Ocholla.
Le 16 décembre, Museveni a annoncé qu'un cessez-le-feu avec la LRA avait été prolongé jusqu'à la fin du mois. La trêve a été initialement déclarée le 15 novembre pour un mois, afin de permettre aux chefs rebelles de discuter pour parvenir à un accord de paix permanent.
L'extension a fait l'objet d'une opposition de la part des militaires ougandais, qui se sont affrontés avec la LRA dans des zones qui n'étaient pas couvertes par le cessez-le-feu. Seize rebelles auraient été tués récemment dans cet accrochage. Alors que la LRA accuse le gouvernement de mettre en péril le processus de paix, ces arguments ont été balayés du revers de la main par l'armée..
"Ils (les rebelles) ont eu un mois depuis la déclaration du cessez-le-feu et c'est à peine s'ils ont fait quelque chose depuis ce temps. Ils ont même quitté la zone de paix", a indiqué à IPS, Major Shaban Bantariza, un porte-parole de l'armée, dans un entretien depuis la capitale ougandaise, Kampala.
"Ils ont jusqu'au 31 décembre pour proposer un programme de paix probant à discuter avec le gouvernement – pas ces jeux détournés auxquels ils jouent.
Nous attendons de voir; les mesures que nous prendrons à partir du 31 seront déterminées par leur réponse", a-t-il souligné.
Des informations indiquaient, le mois dernier, que des représentants de la LRA avaient rencontré Betty Bigombe, un ancien ministre du cabinet qui sert de médiateur dans les négociations entre le gouvernement et les rebelles, pour l'assurer de leur engagement à la paix.
Dans le passé, des critiques avaient accusé le gouvernement d'être léthargique dans sa réponse à l'activité rebelle dans le nord de l'Ouganda, qui a fait des milliers de morts – et déplacé environ 1,6 million de citoyens.
Mais, les autorités réfutent avec véhémence ces allégations. "Ce que le gouvernement a fait jusqu'ici est absolument suffisant. Combien d'interventions peut-il y avoir, autres qu'un cessez-le-feu et une amnistie offerts aux rebelles?", demande Bantariza.
L'amnistie en question, annoncée par le gouvernement en 2000, est offerte à tout combattant de la LRA qui renonce à la rébellion.
Selon Ocholla, des centaines de combattants ont profité de l'amnistie.
"Plus de 400 rebelles, y compris des enfants soldats, sont revenus ces derniers mois – et nous avons bon espoir qu'un plus grand nombre va déposer les armes, au moment même ou Betty Bigombe continue de lancer un appel à la paix", dit-il.
Il y a également des espoirs qu'une conclusion des pourparlers de paix pour le Sud-Soudan donnera une impulsion aux négociations entre le gouvernement et les rebelles de l'Ouganda.
Kampala a pendant longtemps accusé les autorités soudanaises d'autoriser la LRA à opérer depuis des bases dans le sud du Soudan, qui a une frontière avec l'Ouganda. A son tour, le Soudan a accusé l'Ouganda d'apporter son soutien au Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan – rebelle – qui a combattu Khartoum pendant plus de deux décennies.
Aux termes d'un accord signé le mois dernier en présence du Conseil de sécurité des Nations Unies, les parties en conflit dans le Sud-Soudan doivent conclure leurs discussions de paix d'ici à la fin de l'année. La stabilité dans la région pourrait la rendre moins favorable à l'activité de la LRA.
"C'est une bonne nouvelle de savoir que le gouvernement du Soudan et l'Armée/Mouvement populaire du Soudan doivent signer un accord de paix global d'ici à la fin de cette année. Nous attendons avec impatience cela", a déclaré Ocholla.

