KINSHASA, 18 déc (IPS) – Une mission mixte composée de parlementaires et de membres du gouvernement congolais est arrivée vendredi à Goma, dans la province du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) où elle est chargée de calmer la situation de guerre qui y prévaut.
Conduite par le président du sénat, Mgr Pierre Marini Bodho, la commission a pour principale mission de s'enquérir de la situation réelle créée par l'envoi, parle gouvernement, d'un contingent militaire chargé de sécuriser la frontière entre le Rwanda et la RDC. La mission doit ensuite trouver une issue politique à la crise. Contre toute logique, le contingent militaire a été attaqué par d'autres soldats congolais dissidents de l'armée régulière, qui protestaient contre l'envoi des militaires dans la province du Nord-Kivu qu'ils étaient supposés venir renforcer contre une imminente invasion des troupes rwandaises. La ville de Kanyabayonga, théâtre des affrontements, constitue un verrou stratégique sur la route vers Goma et les dissidents voulaient, à tout prix, empêcher ces militaires de franchir cette étape.
Les combats auraient fait, au total, une cinquantaine de morts et de nombreux blessés, d'après les rares sources d'information, du reste souvent contradictoires, selon qu'il s'agit des sources gouvernementales ou celles des troupes mutinées.
Dans la délégation de la commission mixte parlement-gouvernement, se trouvent notamment les ministres congolais de l'Intérieur, Théophile Mbemba Fundu, et de la Justice, Honorius Kisimba Ngoy ainsi que le vice-ministre de la Défense nationale, Mohamed Bule. Il s'agit, pour les officiels de Kinshasa, de calmer la situation dans une région où les divergences sur la question de la sécurité des communautés ethniques vivant sur place, sont pratiquement inconciliables. Avec cette nouvelle guerre et ses nombreuses victimes, l'écheveau devient encore plus difficile à démêler. Mgr Marini Bodho, président de la délégation, ne se fait pas beaucoup d'illusions sur les chances de réussite de la mission à son arrivée à Goma.
"Nous sommes en mission de conciliation", a-t-il déclaré à la presse à l'aéroport de Goma. "Laissez-nous le temps d'écouter les parties en conflit. Il est trop tôt, pour le moment, de porter un jugement de valeur sur la situation". Ce samedi, 18 décembre, il est prévu que la délégation se rende à Kanyabayonga, à environ 160 kilomètres au nord de la ville de Goma.
C'est depuis le samedi, 11 décembre, que de violents affrontements armés opposent, à Kanyabayonga, les forces loyalistes aux soldats dissidents appartenant à l'ex-rébellion RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Les dissidents s'identifient à la communauté des Banyarwanda, de souche rwandaise, qui regroupe essentiellement un courant d'acteurs politiques ex-RCD, essentiellement des Tutsi qui préfèrent prendre le terme générique de "communauté rwandophone". D'utilisation très récente, ce terme cache mal une coalition de circonstance entre communautés hutu et tutsi, qui, sous la bannière du RCD/Goma, ont décidé d'enterrer la hache de guerre. Ces ceux communautés se sont toujours mené une guerre atroce, aussi bien au Congo qu'au Rwanda ou au Burundi. Ainsi, au Nord-Kivu, la gestion politique de la province est dirigée par les Tutsi et l'administration par les Hutu. En fait, cette entente est dirigée contre toutes les autres communautés ethniques de la région, accusées d'être favorables au gouvernement en place à Kinshasa, la capitale congolaise. "Nous avons trop souffert d'être toujours montrés du doigt comme étant de nationalité rwandaise alors que nous sommes des Congolais authentiques", a déclaré à IPS, Léon Muheto, chef de la société de distribution de l'électricité à Goma. "Nous avons été maltraités à Kinshasa, sous Mobutu, mais maintenant, il n'est plus question de nous retrouver, à Goma, dans la même situation de parias et d'apatrides. Notre lutte est une lutte pour notre survie physique". Se retrouvent également dans cette "rwandophonie" de circonstance, les Tutsi-banyamulenge ressortissants de la province du Sud-Kivu, qui vivent à Goma, sous le parapluie protecteur du Rwanda, prêt à intervenir au moindre incident. De là à conclure que le Rwanda officiel gère toute cette crise, il n'y a qu'un pas. Les autres communautés ethniques de la province, dont les Nande du nord ainsi que les Hunde et Nyanga de l'ouest du Nord-Kivu, sont plus ou moins exclues de la gestion de cette province aux allures d'un micro-Etat communautaire. Pour ces communautés, le comportement des militaires rwandophones, dans cette crise de Kanyabayonga, ne diffère en rien de celui des militaires banyamulenge insurgés dirigés par le colonel Jules Mutebusi et le général Laurent Nkunda, qui avaient défrayé la chronique en mai et juin à Bukavu, dans le Sud-Kivu. La hantise des autres communautés est de se retrouver, un jour, coupés du reste du Congo par une sécession de fait dans une province du Nord-Kivu inféodée ou carrément rattachée au Rwanda. "Le danger est plus que réel", explique Jeanine Kamavu, de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Umoja wa Wamama wa Kivu' (Union des femmes du Kivu). "Depuis le déclenchement de la rébellion du RCD, en août 1998, il n'existe pratiquement plus de frontière entre le Rwanda et la RDC au niveau de la ville de Goma. La preuve, c'est que les jeunes militaires rwandophones ne veulent plus participer aux opérations de brassage de l'armée. Ils ne veulent pas quitter Goma et ses environs. Ce sont là des signes qui ne trompent pas".
A Goma, les écoles demeurent inopérantes à tous les niveaux depuis la crise, à l'instigation des étudiants non-rwandophones, mécontents, disent-ils, de la main-mise rwandophone sur les affaires de l'Etat dans la province.
Les populations non-rwandophones de Goma disent ne plus s'accrocher qu'à un espoir. Celui de voir le nouveau commandant de la 8ème région militaire, le général Gabriel Amisi, qui vient également d'arriver de Kinshasa, dans le Nord-Kivu, le jeudi 16 décembre, faire entendre raison aux extrémistes rwandophones. Le général Amisi, alias "Tango Fort", s'était déjà racheté, aux yeux du gouvernement de Kinshasa, en prêtant le serment de loyauté aux institutions de la République après avoir été impliqué dans le massacre, par le RCD, des officiers à Kisangani, en mai 2002. Il dirigeait, jusqu'ici, la 5ème région militaire dans la province du Kasaï Oriental, dans le centre-sud de la RDC..

