POLITIQUE: Kofi Annan reçoit un vote de confiance de son continentd'origine – Analyse

JOHANNESBURG, 17 déc (IPS) – Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a fait l'objet de débats houleux aux Etats-Unis et en Europe, ces dernières semaines ceci après avoir été accusé de négligence dans sa gestion du programme irakien 'pétrole contre nourriture' entre 1996 et 2003.

Des allégations de conflit d'intérêts dans la famille d'Annan concernant l'initiative ont été également faites.

Etant donné que cette question donne lieu à des discussions à New York et à Londres, elle fait également monter les températures plus au sud, en Afrique.

Le fils d'Annan, Kojo, a travaillé pour Cotecna – une firme suisse qui est accusée d'avoir profité de cette association pour obtenir un contrat d'inspection des produits dans le cadre du programme. Alors que Kojo avait quitté Cotecna au moment où la société a décroché le contrat, il a continué à recevoir des paiements de sa part. Un porte-parole de l'ONU affirme que ceci faisait partie d'un contrat légitime 'sans compétition', du type souvent utilisé pour empêcher les travailleurs d'entrer en concurrence avec leurs anciens employeurs.

"C'est un tout petit montant", déclare David Monyae, un professeur de relations internationales à l'Université de Witwatersrand en Afrique du Sud, en référence aux 2.300 dollars de salaire mensuel de Kojo. "Mais ils l'ont recruté. Ce n'est pas de la corruption. Kojo a travaillé pour cela".

"Je pense que c'est un genre raciste de campagne contre Kofi Annan. Il doit être défendu. L'Union africaine doit veiller à ce que Annan aille complètement au terme de son mandat", a indiqué Monyae à IPS, jeudi. Le mandat actuel du secrétaire général – qui est le premier de l'Afrique subsaharienne – prend fin en décembre 2006.

Le scandale 'pétrole contre nourriture' s'étend au-delà de la famille d'Annan. L'ancien président irakien Saddam Hussein avait apparemment pu gagner des milliards de dollars à travers une mauvaise gestion du programme. Les détracteurs d'Annan allèguent qu'il devrait assumer la responsabilité du dossier, puisque cela s'est passé sous sa direction. Et certains, comme le sénateur américain Norman Coleman, ont réclamé la démission du secrétaire général.

Mais, plusieurs Africains croient que Coleman et ceux qui partagent ses points de vue fomentent autant une conspiration que celle qui se serait développée autour de l'initiative 'pétrole contre nourriture'.

"Le complot qui est en train d'être ourdi par des sympathisants de droite aux Etats-Unis pour évincer le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan doit être déjoué", a écrit Farouk Araie dans le journal sud-africain 'Sowetan' du 15 décembre.

"Plus que quiconque, (Annan) a compris la signification première des droits de l'Homme dans le travail des Nations Unies. L'Afrique doit soutenir Kofi Annan", a-t-il ajouté.

Un groupe de Sud-Africains bien en vue au nombre desquels l'ancien président Nelson Mandela, son épouse Graca Machel, l'archevêque anglican à la retraite – Desmond Tutu, le prix Nobel de littérature Nadine Gordimer et le célèbre avocat des droits de l'Homme George Bizos ont également apporté personnellement tout leur appui à Annan. La semaine dernière, ils ont signé une lettre ouverte condamnant les tentatives pour le contraindre à démissionner.

"Ceux qui réclament sa démission trahissent l'objectivité qu'exige sa position de secrétaire général et considèrent les Nations Unies comme un organe devant vanter et exonérer les politiques des Etats-Unis d'Amérique, bonnes ou mauvaises", ont-ils indiqué dans leur lettre.

"Kofi Annan a fait beaucoup pour créer un bon moral au sein des Nations Unies, consacrant sa vie, avec toute son énergie, son intelligence et une grande compréhension humaine, à l'énorme tâche de justification de la nécessité plus que jamais croissante des Nations Unies dans un monde de conflit permanent", a ajouté la lettre.

Plus au nord, au Nigeria, le journal 'Vanguard', connu pour son franc-parler, a dit que Annan était actuellement jugé au "tribunal des racistes et des hypocrites".

Monyae croit qu'une partie de la colère dirigée actuellement contre Annan a ses racines dans l'incapacité des Etats-Unis à obtenir un mandat de l'ONU pour faire la guerre en Irak.

"Kofi Annan a également joué un rôle critique à un moment critique pendant les élections américaines de 2004. Il a exprimé sa préoccupation par rapport à la guerre en Irak. Il a déclaré : 'La guerre en Irak est illégale. Elle n'est pas conforme aux lois internationales'. Sa déclaration a porté quelque préjudice à la campagne de Bush", note Monyae.

Bush a finalement gagné l'élection, battant son challenger démocrate, John Kerry. Mais, plusieurs croient que les Républicains n'ont pas pardonné – ou oublié – les déclarations d'Annan, et qu'ils saisissent le scandale du 'pétrole contre nourriture' pour le punir pour n'avoir pas apporté son soutien sans équivoque à Washington.

Dans certains cas, ce n'est pas seulement Annan, mais toute l'ONU qui est devenue l'objet de la colère.

Un groupe basé en Californie, 'Move America Forward', aimerait voir le siège de l'institution mondiale déplacé de New York dans une ville hors des Etats-Unis. Le groupe veut également que les agents de l'ONU soient expulsés des Etats-Unis parce que l'ONU n'a pas supporté la guerre américaine contre l'Irak.

'Move America Forward' dit qu'il a recueilli plus de 50.000 signatures comme partie intégrante d'une campagne visant à chasser l'ONU du pays.

Le fait que Bush ait besoin d'un soutien international pour les efforts de reconstruction de l'Irak assurera probablement la non-accréditation de cette initiative dans les couloirs de Washington. Néanmoins, les sentiments exprimés par 'Move America Forward' ont été notés – avec inquiétude – par plusieurs hors des frontières américaines.