BRUXELLES, 16 déc (IPS) – Louis Michel, le responsable chargé de l'aide à l'Union européenne, recommandera vivement à la République démocratique du Congo et au Rwanda de chercher une solution pacifique à leurs problèmes lorsqu'il se rendra en Afrique de l'est cette semaine.
Michel, qui a pris fonction en tant que commissaire au développement et à l'aide humanitaire de l'Union européenne (UE) le mois dernier, cherchera à apaiser "l'escalade des tensions" entre les deux pays après la reprise des combats.
Michel a débuté une tournée de cinq jours dans la région africaine des Grands Lacs – qui comprend la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda – mercredi (15 décembre), juste quelques jours après des rapports indiquant l'entrée de troupes rwandaises dans le pays voisin.
Michel, un ancien ministre belge des Affaires étrangères, rencontrera le président de la RDC Joseph Kabila samedi (18 décembre) et le président rwandais Paul Kagame dimanche (19 décembre) en vue de "rapprocher les positions" entre les pays en conflit.
Parlant aux représentants des médias lundi (13 décembre), suite aux rapports de combats du week-end, Michel a déclaré que l'UE s'était engagée à mettre fin à l'instabilité dans la région.
"Les nouvelles qui nous parviennent de là-bas sont très alarmantes", a dit Michel. "L'Union européenne est extrêmement préoccupée par la situation en RD Congo et il est important que je rencontre tous les principaux partenaires impliqués dans les discussions".
Le Rwanda a, à plusieurs reprises, menacé d'envoyer des hommes de l'autre côté de la frontière pour tuer des extrémistes hutus, mais il soutient que ses troupes ne sont pas impliquées dans les derniers combats signalés dans la région.
Plusieurs Hutus ont fui vers le Congo après avoir pris part aux tueries au Rwanda en 1994 quand quelque 800.000 Tutsis minoritaires et Hutus modérés ont été massacrés.
Depuis lors, le Rwanda a envahi la RDC en 1996 et encore en 1998. La deuxième attaque a conduit à une guerre civile de cinq ans dans le pays, qui a coûté la vie à quelque trois millions de personnes.
Les combats entre les deux ont diminué après la signature d'un accord de paix en novembre de l'année dernière.
Michel est particulièrement préoccupé par la présence de la milice ex-Far (Forces armées rwandaises) dans la région, a indiqué, à IPS, son porte-parole Amadeu Altafaj Tardio. Les ex-Far et les Interahamwe sont des mouvements rebelles extrémistes originaires du Rwanda et tenus, en grande partie, pour responsables du génocide rwandais.
Selon des articles de presse, très peu de choses ont été faites pour désarmer les rebelles hutus, comme l'exigeait l'accord de paix.
Selon Tardio, Michel va officiellement exhorter les deux parties à ratifier l'accord de paix qui a été signé dans la capitale tanzanienne Dar-es-Salaam il y a un peu plus d'un an.
Lundi (13 décembre), alors que les rebelles rwandais avaient pris le contrôle de la ville orientale de Kanyabayonga, la Mission de maintien de paix des Nations Unies en RD Congo a lancé un appel à un cessez-le-feu immédiat dans la région.
La mission connue par son acronyme français MONUC a déclaré qu'elle avait reçu des témoignages faisant état de la distribution, par des groupes armés, d'armes aux civils, et a exigé un arrêt immédiat à cela.
"La MONUC lance un appel urgent au calme à toutes les factions engagées dans ces combats et à une cessation immédiate des hostilités", a indiqué la mission dans un communiqué.
Michel a repris en écho ces préoccupations et a exhorté la communauté internationale à agir sur ce qu'il a appelé les "relations empoisonnées" entre les deux pays.
"Si la communauté internationale ne prend pas en mains la situation là-bas, l'instabilité demeurera. Nous devons prendre les taureaux par les cornes pour trouver une solution une fois pour toutes", a-t-il dit.
En plus de la négociation avec Kabila et Kagame, Michel évaluera également l'impact que la guerre du Congo a eu sur la situation humanitaire dans la région.
Bien que la fin de la guerre du Congo ait été officiellement déclarée en 2004, la crise humanitaire qui s'en est suivie, a été considérée comme la pire au monde avec quelque 3,8 millions de personnes — la plupart victimes de famine et de maladie.
"Des centaines de milliers de personnes sont déplacées ou réfugiées dans des pays voisins et beaucoup d'autres les rejoignent chaque jour à cause des combats ou des pillages perpétrés par des groupes armés incontrôlés", a indiqué Michel.
La Commission européenne, l'organe exécutif de l'UE, estime qu'il y a actuellement quelque 3,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur de la RDC.
Pour coïncider avec la visite de Michel dans la région, la commission a annoncé lundi qu'elle a affecté 34 millions d'euros (45 millions de dollars) pour développer les soins de santé pour les 8,5 millions de Congolais dans la région affectée, et pour fournir des soins de base à ceux qui sont déplacés.
L'UE est notamment préoccupée par les régions de l'Ituri et des deux Kivus où elle estime que la situation est particulièrement alarmante.
"Malgré les progrès considérables auxquels est parvenu le Congo dans la recherche de la paix et de la démocratie, et le soutien politique et financier considérable de la communauté internationale, la vie quotidienne de la majorité de la population reste très précaire", a souligné Michel.

