CONAKRY, 29 oct (IPS) – Les défenseurs de la nature affichent une prudence mesurée après l'annonce, début-octobre, de grands projets d'exploitation de la bauxite et du fer en Guinée, suite à l'organisation d'un Forum international sur le secteur minier (FISM) dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
L'organisation non gouvernementale (ONG) Guinée-Ecologie, la seule active sur le terrain dans le pays, n'a pas été invitée au forum, selon ses responsables. "Nous n'avons pas été au FISM. Néanmoins, si tout ce qui a été arrêté auparavant avec les grandes compagnies minières est respecté, nous n'avons aucune raison de nous inquiéter. Dans le cas contraire, les risques environnementaux sont évidents", a déclaré à IPS, Mamadou Saliou Diallo, coordonnateur de Guinée-Ecologie, qui se dit néanmoins "préoccupé"..
Le forum, organisé à Boffa, dans le nord-est du pays, à environ 130 kilomètres de Conakry, la capitale guinéenne, a permis à des multinationales comme Alcoa (Etats-Unis), Alcan (Canada), Rio Tinto (Grande-Bretagne) et EuroNimba, de présenter de grands projets miniers susceptibles de doper l'économie de ce pays en difficulté, mais riche en ressources naturelles.
Le directeur général d'Alcoa Guinée, Ibrahima Danso, a indiqué à IPS que sa compagnie veut "contruire pour un coût d'un milliard de dollars une raffinerie d'alumine de 1,5 million de tonnes par an à Kamsar, à Boké", dans le nord du pays, à environ 300 km de Conakry.
Dans la zone de Boké, Alcoa et Alcan exploitent déjà une usine de bauxite, la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), la plus grande exportatrice de bauxite au monde, avec 12 millions de tonnes par an.
La bauxite est la matière première de base pour la production de l'alumine qui permet de fabriquer l'aluminium métal. "Une fois la bauxite extraite du sous-sol, nous avons des équipes de reboisement qui travaillent pour la restauration de la nature", soutient Bachir Diallo, directeur adjoint de la mine de Sangaredi (dans la même région de Boké), une propriété de la CBG.
Toutefois, à l'instar de la CBG qui utilise la méthode du dynamitage pour l'exploitation de ses concessions minières, les autres compagnies pourraient perturber la tranquillité des espèces de faune vivant dans les zones ciblées en Guinée.
"Le dynamitage chasse les espèces animales et les effraie. C'est l'une de nos principales inquiétudes quand il s'agit d'exécuter les projets miniers.
Car si nous prenons, par exemple, les crapauds vivipares du Mont Nimba, qui constituent la principale richesse de cette région du sud du pays, ils ne peuvent pas vivre en dehors de leur environnement naturel", souligne Ibrahima Sory Conté, de Guinée-Ecologie.
Pour environ deux milliards de dollars, la 'Global Alumina Corporation' (GAC), basée à New York, compte également construire, dans la zone de Sangaredi, une raffinerie d'alumine d'une capacité de 2,8 millions de tonnes par an.
Pour leur part, EuroNimba et de Rio Tinto désirent exploiter les ressources en fer du Mont Nimba – une montagne partagée entre la Guinée, le Liberia et la Côte d'Ivoire – et du massif montagneux du Simandou, pour un coût total de plus de cinq milliards de dollars. Le Simandou est une chaîne montagneuse qui s'étale sur plus de 100 km dans le sud-est de la Guinée, où des gisements de fer (d'une teneur exceptionnelle de 66 pour cent), estimés à plus d'un milliard de tonnes, ont été découverts par Rio Tinto.
EuroNimba et Rio Tinto ont entamé des négociations en vue de construire le transguinéen (plus de 1.000 km de chemin de fer) pour relier le sud du pays au port en eau profonde de Matakan, dans l'ouest, et assurer le transport de la production minière. "Au stade actuel, nous nous impliquons pour minimiser les dégâts sur l'environnement car le risque zéro n'existe pas", explique Saliou Diallo.
Plus de 40 pour cent de la population guinéenne vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, et seulement 16 pour cent des Guinéens ont accès à l'électricité, selon des chiffres fournis par la Banque mondiale, cette année. Les initiatives des compagnies minières risquent de se heurter à la faiblesse de la production énergétique du pays et la Guinée compte sur le projet de barrage sur le fleuve Konkouré – d'une valeur de plus de 2,5 milliards de dollars – pour les résorber.
"Nous ne pouvons pas nous permettre de rater cette occasion à un moment où nous avons autant de problèmes de satisfaction de besoins primaires. En plus, les prix de l'alumine et du fer sont très intéressants sur le marché international. Nous souhaitons seulement que les autorités ne recherchent pas seulement les effets d'annonce, sans aucune suite concrète", estime Jacqueline Soumah, économiste basée à Conakry.
Depuis le début de 2004, les tarifs de l'acier ont grimpé de 40 pour cent, et les industriels s'attendent à une nouvelle hausse de 20 pour cent d'ici à la fin de l'année, en grande partie à cause de la forte demande chinoise, selon le quotidien français 'Les Echos" du jeudi, 28 octobre. La compagnie Rio Tinto a déjà demandé et obtenu de l'ONG 'Conservation International' un Rapport d'évaluation rapide, répertoriant toutes les espèces végétales et animales vivant sur la chaîne du Simandou. Plus de 400 espèces vivent dans la zone.
"C'est cette zone qui nous préoccupe le plus car là-bas, vivent les espèces protégées par les conventions internationales", ajoute Saliou Diallo.
Avec 17 millions de tonnes de bauxite par an, la Guinée est la seconde productrice de ce minerai au monde après l'Australie (55 millions de tonnes).
Si la production guinéenne de bauxite a relativement augmenté depuis 1974 – passant de 7,6 millions de tonnes à 17 millions de tonnes en 2003, elle n'a pas vraiment varié dans les domaines de l'alumine (de 0,64 millions de tonnes à 0,67 millions de tonnes pour la même période), selon le secrétariat général du ministère des Mines.
Les recettes minières en Guinée en 2003 étaient de l'ordre de 580 millions de dollars, soit 85 pour cent des recettes d'exportation et 16 pour cent du produit intérieur brut (PIB), ajoute le ministère.
"Le prix de la tonne d'alumine (environ 290 dollars) est beaucoup plus élevé que celui de la tonne de bauxite (environ 35 dollars). La tonne d'alumine elle-même est près de cinq fois moins chère que l'aluminium (environ 1.450 dollars)", indique le ministre des Mines, Alpha Mady Soumah. "La Guinée, qui consomme de l'aluminium, ne gagne pas grand-chose en exportant uniquement de la bauxite", souligne Mady Soumah, expliquant que cette seule exportation de la matière première est "sans aucune valeur ajoutée".

