DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Louer leur capacité de résistance aux désastres

JOHANNESBURG, 30 oct (IPS) – Des images d'inondations, de sécheresse, de famine, de réfugiés et d'enfants malnutris en Afrique ont pendant longtemps fait passer cette dernière pour un continent inexorablement sujet au désastre.

Mais, déclare Françoise Le Goff, ces images ne racontent qu'une partie de l'histoire.

"Pendant tant d'années, des victimes de tels désastres ont été décrits comme des gens sans défense, désespérés et dépendants. Toutefois, nous voyons les mêmes personnes épargner et s'entraider mutuellement sur le plan financier, même lorsque tout semble perdu", a-t-elle souligné jeudi, lors du lancement du Rapport annuel de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg.

Le Goff, qui dirige les activités de la fédération en Afrique australe, n'adressait pas simplement un compliment aux victimes de désastre. Elle soulignait également la nécessité de reconnaître, pour des efforts d'aide futurs, leur résistance.

"Si nous ne pouvons pas comprendre les capacités locales et les renforcer, nous perpétuons l'idée que nous connaissons le mieux", a indiqué Le Goff, ajoutant : "La ressource la plus importante pour la gestion des désastres, ce sont les stratégies venant des populations elles-mêmes pour s'en sortir et s'adapter".

"La connaissance locale, les compétences, la détermination, les sources de revenus, la coopération et l'accès aux ressources sont tous des facteurs vitaux permettant aux populations de se remettre très vite du désastre", a-t-elle souligné, par ailleurs.

Le rapport de la fédération basée à Genève est intitulé 'Rapport sur le désastre dans le monde en 2004' : Accent sur la résistance des communautés'.

Le Mozambique, le Malawi et le Zimbabwe – qui ont connu de graves inondations durant les cinq dernières années – ont été cités comme des exemples de pays où les populations avaient fait preuve de courage alors que tout était contre elles.

"Pendant les précédentes années d'insécurité alimentaire, nous les avons vues imaginer encore des mécanismes pour compléter ce qu'elles ont obtenu des agences humanitaires. Au moment même où la région se débat avec des statistiques élevées sur le VIH/SIDA, elles jouent toujours un rôle actif dans nos programmes de soins à domicile", a indiqué le Goff.

Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), 70 pour cent de toutes les personnes séropositives vivent en Afrique subsaharienne. Plus de 25 pour cent de la population d'Afrique australe aurait contracté le virus.

La pandémie du SIDA a aggravé les effets de l'insécurité alimentaire en Afrique australe en invalidant plusieurs agriculteurs qui produisent le minimum vital. La pauvreté et les systèmes de soins de santé en dégradation ont ébranlé la capacité à faire face au VIH – alors qu'une urbanisation rapide a offert les conditions idéales pour la propagation du SIDA.

"Là où la prévalence du VIH est plus élevée, l'espérance de vie chutera en dessous de 20 ans d'ici à 2020. Par exemple, en Afrique du Sud, l'espérance de vie est passée de 53,7 ans à 47,7 – et le taux de prévalence est près de 22 pour cent sur une population de 44,8 millions", a déclaré le Goff.

Le résultat de ceci a été que les citoyens mouraient à un moment qui aurait dû être le plus productif de leur vie – alors que le nombre d'enfants ayant besoin de soins montait en flèche.

"Au moment même où nous parlons ici, quelqu'un a été enterré aujourd'hui et des arrangements sont en train d'être faits pour l'enterrement d'un autre demain. Le nombre de personnes à charge augmente quotidiennement, avec l'Afrique du Sud ayant déjà 1,1 million d'orphelins. Où est que cela nous mène?", a demandé Le Goff.

Leslie Mondo, secrétaire général de la Croix-Rouge sud-africaine, a exhorté les communautés à établir des partenariats avec des autorités locales, pour renforcer leur capacité à faire face à la situation.

"En s'associant avec des municipalités locales, les communautés ont accès à la planification et à la formation pour la réduction des désastres", a-t-il souligné, ajoutant que plus de 600 volontaires s'étaient impliqués dans le service communautaire cette année en Afrique australe.

Selon Mondo, ces personnes avaient fait plus de 13.000 visites à domicile par mois.

"Actuellement, nous travaillons avec près de 9.000 clients qui comptent sur nos volontaires pour la fourniture d'aides alimentaires et d'aides non alimentaires comme des couvertures et des vêtements – ainsi que le soutien moral pendant qu'ils luttent contre le trouble émotionnel et la dévastation découlant de la perte d'êtres chers", a-t-il souligné.

"Notre base actuelle de clients est à 33 pour cent séropositive – 65 pour cent de nos clients sont des femmes", a ajouté Mondo.

Le Goff a exhorté la communauté industrielle à jouer un plus grand rôle dans la lutte contre le SIDA, soulignant que cela était dans ses propres intérêts : "Si les hommes d'affaires n'investissent pas dans la prévention du VIH/SIDA, dans les soins et le soutien – alors ils investissent dans leur propre chute".

Toutefois, des stratégies novatrices, qui ne reposaient pas simplement sur la distribution d'aide alimentaire, étaient nécessaires.

"Seule une approche de développement, ajoutée aux priorités et capacités locales, peut faire en sorte que les interventions soient efficaces et durables", a déclaré Le Golf.

"Une réponse multidimensionnelle est nécessaire, pour appuyer les sources de revenus, l'irrigation, la nutrition, l'éducation, l'eau potable et les installations sanitaires – ainsi que la prévention de maladies et les soins".