JOHANNESBURG, 28 oct (IPS) – Avec des électeurs américains regardant avec anxiété le décompte des morts provenant du déploiement des Etats-Unis en Irak ainsi que la menace terroriste qui y est associée – il fallait probablement s'attendre à ce que l'Afrique ait peu de "temps consacré à elle" dans l'élection présidentielle américaine.
Mais, alors que la campagne entre dans sa dernière semaine, le continent a fait l'objet de beaucoup moins d'attention qu'auraient pu l'espérer certains.
Dans le premier des trois débats entre les deux candidats, le président George W. Bush et son challenger John Kerry du Parti démocrate, la crise dans la région occidentale du Soudan, le Darfour, n'a été mentionnée que de façon passagère. Pour la plus grande partie, l'accent a été mis sur la prudence de la décision de l'administration Bush d'envahir l'Irak.
Certains observateurs croient toutefois que l'Afrique sera moins facilement mise sur la touche après le 2 novembre, le jour du vote.
"Il y a des domaines sur le continent africain qui sont d'importance critique pour les Etats-Unis", a déclaré à IPS, Claude Kabemba de l'Institut électoral d'Afrique australe, basé à Johannesburg. "Je ne crois pas en l'argument selon lequel l'Afrique n'a pas d'importance dans la politique étrangère des Etats-Unis".
Une question qui se révèlera probablement décisive à cet égard est le besoin américain du pétrole africain.
Les Etats-Unis importent actuellement 16 pour cent de leur pétrole d'Afrique subsaharienne. Un rapport de 2001 du Conseil national américain de renseignements, 'Tendances mondiales en 2015', prévoit que d'ici à 2015, un quart du pétrole américain viendrait d'Afrique, dépassant le pourcentage importé du Golfe Persique.
Par ailleurs, l'Afrique produit une portion substantielle de l'uranium du monde, un ingrédient clé dans les armes et les réacteurs nucléaires. Avec les inquiétudes sur le développement futur des armes nucléaires en Iran – et la prolifération probable de telles armes en Corée du Nord – ceci n'est pas un détail.
Les événements en Afrique sont également importants par rapport à la menace que constituent les terroristes internationaux. Comme l'aurait montré l'expérience de la Somalie, des Etats en faillite peuvent constituer des refuges pour des terroristes.
"Je pense qu'après le 11 septembre, il est dans l'intérêt des Etats-Unis d'échanger avec l'Afrique et de renforcer la démocratie – d'accroître en outre la capacité de l'Afrique à empêcher les terroristes d'y venir", a indiqué Dan Semuga, chercheur à l'Université d'Afrique du Sud dans un entretien avec IPS.
Osama ben Laden, le chef de 'al-Qaeda' et le cerveau présumé des attentats terroristes du 11 septembre contre New York et Washington, a vécu au Soudan entre 1991 et 1996.
Ilich Ramirez Sanchez, le terroriste de nationalité vénézuelienne, plus connu sous le nom de Carlos le chacal, a également trouvé refuge à Khartoum. En 1994, il a été extradé à Paris pour avoir planifié une série d'attentats à la bombe, d'enlèvements et de détournements d'avions à travers l'Europe dans les années 1970 et au début des années 1980.
Le danger que constitue, pour les Etats-Unis, l'activité terroriste en Afrique, n'a pas été limité au fait que ben Laden et d'autres ont trouvé refuge sur le continent.
En 1998, les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie ont été détruites par des attentats à la bombe. Il y environ trois mois, des autorités pakistanaises ont arrêté un membre tanzanien d'al-Qaeda – Ahmed Khalfan Ghailan – qui est accusé d'avoir joué un rôle clé dans la planification de ces attaques.
Même si les candidats à la présidentielle n'ont peut-être pas dit grand-chose sur l'Afrique, plusieurs Africains ont une idée sur celui qui devrait gagner l'élection de la semaine prochaine.
"Je pense que l'impact de la victoire de Bush sera négatif pour l'Afrique; le fait que l'administration Bush reste en dehors des fora internationaux ne semble pas bon. Mais les démocrates peuvent être accessibles et disposés à s'engager", a déclaré Kabemba.
En 2001, les Etats-Unis se sont retirés de la 3ème Conférence des Nations Unies contre le racisme qui s'est tenue dans la ville portuaire sud-africaine de Durban. Le retrait s'était fait en protestation contre une prétendue persécution d'Israël par rapport au traitement qu'il infligeait aux Palestiniens.
Les quatre dernières années ont vu l'administration Bush prendre un certain nombre d'initiatives sur l'Afrique – plus particulièrement le Plan d'urgence pour la diminution du SIDA (PEPFAR), qui a mis de côté près de dix milliards de dollars pour de nouveaux fonds destinés à combattre la pandémie du VIH.
L'Afrique subsaharienne compte un peu plus de 10 pour cent de la population mondiale, mais abrite près des deux-tiers des personnes vivant avec le VIH – quelque 25 millions, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).
Toutefois, des critiques accusent le gouvernement américain de s'incliner devant des éléments chrétiens de son soutien à la base en mettant un accent excessif sur des programmes basés sur l'abstinence dans des allocations de fonds du PEPFAR.
La Loi sur la sécurité et l'investissement rural, promulguée par Bush en 2002, a également accru les subventions aux fermiers américains – au détriment des producteurs africains. Ceci n'a pas rendu populaire le chef de l'Etat américain auprès de plusieurs personnes en Afrique. Il en est de même pour son refus d'adhérer à la Cour pénale internationale (CPI).
Washington dit qu'il craint que la cour ne soit utilisée pour intenter des poursuites malveillantes contre des militaires et responsables politiques américains. Des partisans de la CPI soutiennent que des garanties ont été introduites dans les procédures de fonctionnement de la cour pour éviter que cela n'arrive.
En outre, le retrait des Etats-Unis en 2001 du protocole de Kyoto de 1997 – qui vise à réduire les émissions à effet de serre – lui a valu une mauvaise presse en Afrique. Bush a dit que l'adhésion au protocole se révèlerait trop coûteuse pour les Etats-Unis, et que les pays en développement devraient également assumer une plus grande responsabilité pour la réduction des émissions.
"Je crois que les Africains seront portés vers une présidence Kerry. Si Bush gagne, ce sera une administration très autoritaire et de domination.
Les Africains ont peur de cela", souligne Kabemba.
Mais Semuga a un point de vue différent, affirmant que Bush offre la meilleure assurance pour les efforts de lutte contre le terrorisme international : "On peut ne pas être d'accord avec lui, mais Bush semble avoir des principes et ne cède jamais lorsqu'il croit fortement en quelque chose".

