JOHANNESBURG, 6 oct (IPS) – La semaine dernière, des idéaux s'étaient heurtés à la réalité sur la manière de faire les affaires au sein de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC).
Alors que la liberté de mouvement des personnes et des biens au sein de la région peut être quelque chose auquel aspire le groupe, une étude publiée à Johannesburg a montré que la SADC a du chemin à faire pour atteindre cet objectif.
Selon l'étude, menée par les Chambres de commerce et d'industrie de la SADC (ASCCI), les entrepreneurs font face à des difficultés inutiles dans la conduite quotidienne de leurs affaires au sein de la SADC, forte de 13 nations. (Même si Madagascar a été admis comme 14ème membre de la SADC pendant un sommet tenu à Maurice en août, cette décision ne prendra effet qu'à partir de l'année prochaine.) "Des fluctuations du taux de change, la criminalité, l'absence d'information sur le marché, les procédures douanières et économiques et l'incertitude de la politique de réglementation, sont les cinq grands obstacles à l'intensification du commerce avec d'autres pays de la SADC", a dit aux journalistes Cader Sayed-Hossein, vice-président de l'ASCCI, dans la capitale économique sud-africaine, le 30 septembre.
Il a ajouté que ces problèmes ne seraient pas faciles à résoudre, mais que l'expérience d'autres pays ailleurs avait démontré que de petits pas dans la bonne direction apportaient des récompenses : "Par exemple, l'amélioration des droits de propriété et les mesures votées pour assurer la sécurité de l'investissement en Chine ont lancé un processus qui a sorti 400 millions de personnes de la pauvreté ces dernières années".
L'étude a couvert neuf pays sur les 13 Etats membres, notamment le Botswana, le Lesotho, le Malawi, l'Ile Maurice, le Mozambique, la Namibie, l'Afrique du Sud, le Swaziland et la Zambie. Le fait que des pays clés de la SADC comme l'Angola, la République démocratique du Congo, la Tanzanie et le Zimbabwe aient été oubliés dans l'étude, constituait toutefois une source d'inquiétude.
"Je pense que neuf sur 13 est un chiffre raisonnable", a déclaré Sayed-Hossein. "Le Zimbabwe ne pouvait pas participer à cause de raisons logistiques. Cela n'a rien à voir avec la situation dans ce pays".
Martin Kanshichi, le président de l'ASCCI, est de cet avis. "Ceci est juste un projet pilote. Nous espérons y apporter des améliorations l'année prochaine en couvrant tous les 13 pays de la SADC", a-t-il indiqué à IPS.
Les commentaires des deux hommes viennent à un moment où le Zimbabwe est aux prises avec une crise économique et politique qui a vu sa suspension et son retrait du Commonwealth, et l'application de sanctions à l'encontre de hauts responsables – y compris une interdiction de voyager. Ceci, à la suite à deux élections gâchées par des allégations de violations des droits de l'Homme et de truquage de vote.
Le secteur agricole clé du Zimbabwe a été également ébranlé par des occupations de fermes qui ont commencé en 2000 – dirigées par des vétérans de la guerre de libération des années 1970, et d'autres militants du parti au pouvoir. Avant cela, la majorité des meilleures terres agricoles du Zimbabwe était contrôlée par la minorité blanche, un héritage des injustices coloniales. L'Etat connaît actuellement un important taux de chômage et une inflation à trois chiffres.
Malgré ces vastes ressources pétrolières et diamantifères, l'Angola présente également des défis pour d'éventuels investisseurs.
Human Rights Watch, une organisation non gouvernementale basée à New York, a attiré l'attention sur la corruption massive au sein de l'industrie pétrolière angolaise. Un rapport publié en janvier 2004 par le groupe indique que plus de quatre milliards de dollars de revenus pétroliers ont disparu des caisses du gouvernement entre 1997 et 2002.
De même, les diamants d'Angola – autrefois utilisés pour financer le mouvement rebelle, l'Union pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA) – doivent encore bénéficier largement aux citoyens ordinaires.
Un rapport publié en juin dernier sous les auspices de l'Institut des études sur la sécurité, basé à Pretoria affirme : "Malgré le retour théorique de la paix à Lundas (une région productrice de diamant en Angola), la gestion de l'industrie diamantifère garde plusieurs des caractéristiques qu'elle a acquises durant la période où les champs diamantifères constituaient à la fois un lot à gagner et une arme dans la guerre civile…" Le rapport note, par exemple, que le secteur est contrôlé par "des réseaux secrets" qui opèrent dans l'intérêt des "élites politiques".
Toutefois, "nous espérons que l'Angola sera couvert dans l'étude de l'année prochaine", a dit aux journalistes, Thomas Bedenbecker de la Coopération technique allemande – une agence de développement du gouvernement d'Allemagne.
En août, le vice-président sud-africain, Jacob Zuma, a conduit une délégation de haut niveau en Angola pour explorer les possibilités d'investissement dans le pays. La guerre civile de trois décennies en Angola a pris fin en 2002. Sayed-Hossein a exhorté les gouvernements d'Afrique australe à s'occuper des plaintes formulées par les entreprises au sujet de la corruption, mais a souligné que les difficultés à cet égard n'étaient pas exclusives à la région.
"Nous ne sommes pas la seule région du monde qui souffre de ces types de problèmes", a-t-il déclaré. "Nous sommes sûrs qu'il y a plusieurs opportunités pour les sociétés voulant investir et étendre leurs structures de production et marchés en Afrique australe".
L'étude s'est focalisée sur le secteur de la fabrication, qui est au centre de la réduction du chômage dans les Etats membres de la SADC. Au total, 333 sociétés ont pris part à l'étude, la plupart d'entre elles des firmes privées.
Un peu plus de 42 pour cent des personnes interrogées venaient d'Afrique du Sud. La Namibie a apporté le deuxième plus grand nombre de sondés (16,2 pour cent), tandis que 13,5 pour cent des entreprises participantes venaient d'Ile Maurice.
Selon l'Institut sud-africain des affaires internationales, basé à Johannesburg (SAIIA), le fait que l'Afrique du Sud domine sur les marchés régionaux peut représenter un défi supplémentaire à la création d'un marché commun au sein de la SADC.
Bien que l'Afrique du Sud ait ouvert son marché aux fournisseurs régionaux, sa part des échanges commerciaux dans la SADC est passée à environ 80 pour cent entre 1995 et 2000, selon la SAAIA. Ceci pourrait amener, de la part de certains gouvernements, une réticence à réduire les barrières douanières, puisque certains pourraient craindre que leurs industries ne puissent pas survivre à la concurrence des firmes sud-africaines.

