EDUCATION: Des leçons pour assurer un enseignement adéquat en Afrique

BERGEN CITY, Norvège, 4 oct (IPS) – Divers gouvernements africains ont reçu une réprimande cinglante la semaine dernière pour la non-tenue des promesses d'amélioration de l'éducation des enfants dans leurs pays. Ceci s'est passé à une conférence tenue le 29 septembre à Bergen City, dans le sud de la Norvège, qui a réuni 70 spécialistes en éducation d'Afrique, d'Europe et d'Asie.

Des gouvernements, la société civile et des agences de donateurs étaient représentés à la réunion, intitulée 'Qualité dans l'éducation pour tous'.

La conférence a été organisée par le Centre d'éducation internationale à 'l'University College' d'Oslo, avec l'appui du ministère des Affaires étrangères de la Norvège et de la Banque mondiale.

Les responsables kényans ont été critiqués pour avoir négligé l'éducation dans les zones rurales, dont certaines manquent même des infrastructures les plus fondamentales.

"Le gouvernement n'a fait que promettre du bout des lèvres à son électorat, (mais) tout ce que vous avez à faire, c'est d'aller dans les zones rurales et de voir la situation par vous-mêmes. Il y a des écoles là qui ont peu ou pas du tout d'enseignant", a indiqué à IPS, Penina Mlama, directrice exécutive du Forum des femmes éducatrices d'Afrique, basé à Nairobi.

"Comment est-ce que ces élèves apprendront-ils s'il n'y a pas d'enseignants?", a-t-elle demandé. Les remarques de Mlama font suite à des articles de presse décriant la situation dans une école, dans le nord-est du Kenya, où on a découvert que deux enseignants s'occupaient d'environ 2.500 élèves.

Le gouvernement a reconnu que les enseignants sont concentrés dans les villes et centres urbains – mais affirme que ses tentatives pour les déployer dans des zones plus éloignées se sont heurtées à l'opposition de certaines organisations d'enseignants.

"L'année dernière, nous avons commencé un programme où les enseignants devaient être affectés dans des zones rurales, mais il y a eu la résistance de certains enseignants. Toutefois, nous sommes très intransigeants là-dessus, et nous allons rester ferme", a déclaré Kilemi Mwiria, le vice-ministre de l'Education du Kenya, dans un entretien avec IPS.

"D'ici à la fin de cette année, l'opération devrait s'achever", a-t-il ajouté.

"Il n'est pas question que les enfants continuent de souffrir juste parce que des enseignants ne veulent pas travailler dans certaines zones".

Mwiria a cité l'introduction de l'enseignement primaire gratuit au début de l'année dernière comme preuve de l'engagement de son gouvernement vis-à-vis de l'éducation. A la suite de cette initiative, 1,3 million d'enfants, qui étaient précédemment refusés d'accès à l'école, ont été inscrits.

Toutefois, le programme a également connu sa part de problèmes initiaux, comme les pénuries d'enseignants et de salles de classe. Certaines écoles ont plus d'une centaine d'écoliers dans une classe, tandis que d'autres sont obligés d'enseigner aux élèves en classes tournantes, certains le matin et d'autres l'après-midi. Certains enfants reçoivent également l'enseignement en plein air, quel que soit le temps qu'il fait.

Divers observateurs de l'éducation estiment que l'une des clés pour régler ces problèmes est d'encourager plus de gens à venir dans l'enseignement et à y rester à l'aide de mesures incitatives. Toutefois, les salaires des enseignants consomment environ 80 pour cent du budget de l'éducation au Kenya – qui représente 30 pour cent du budget national, selon Mwiria.

A première vue, la Tanzanie voisine semble avoir fait un meilleur travail pour attirer des gens dans la profession enseignante. Des rapports indiquent que le gouvernement a accru le nombre d'écoles dans le pays, de 11.654 en 2000 à 13.689 – et que 8.000 maisons ont été construites pour loger des enseignants conformément au Plan de développement de l'école primaire.

Cependant, certains délégués à la conférence de Bergen City ont rejeté ces chiffres, les qualifiant de mensongers.

"Ils brossent un tableau idyllique qui est complètement différent (sur) le terrain. C'est un fait qu'il n'y a pas d'école dans les zones rurales difficiles d'accès. L'écart éducationnel entre les zones rurales et les zones urbaines est si grand", a déclaré à IPS, Titus Tenga, un Tanzanien qui est professeur assistant au Centre d'éducation internationale.

Parmi d'autres initiatives en matière d'éducation mises en exergue à la conférence, figurait l'initiative du Burkina Faso pour accroître le taux d'inscription à travers l'enseignement dispensé aux élèves dans leurs langues maternelles – plutôt que le français.

Même si le gouvernement revendique quelques succès avec ce programme, l'Afrique subsaharienne continue d'avoir l'un des taux d'inscription les plus bas au monde.

Selon l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA) basée à Paris, 35 pour cent des 115 millions d'enfants non scolarisés dans le monde vivent en Afrique subsaharienne.

Les insuffisances dans les politiques d'éducation des gouvernements africains surviennent quand bien même plusieurs ont pris l'engagement d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), au nombre desquels une promesse de mettre en œuvre l'éducation gratuite pour tous d'ici à 2015'.

Les huit ODM ont été adoptés en 2000, par les chefs d'Etat du monde entier au Sommet du millénaire des Nations Unies à New York. Les objectifs prévoient un cadre pour s'attaquer à la pauvreté et au sous-développement, en traitant de questions comme l'éducation, la mortalité maternelle, la dégradation environnementale et la faim.

Un bon nombre de gouvernements africains sont également signataires du Cadre d'action de Dakar qui a été adopté au Forum mondial sur l'éducation – tenu dans la capitale sénégalaise en avril 2000. Ce document, 'Education pour tous : Honorer nos engagements collectifs', engage également les leaders du monde à atteindre l'éducation primaire pour tous d'ici à 2015.

En outre, les délégués au forum avaient promis d'atteindre un taux d'inscription égal entre les filles et les garçons d'ici à 2005 – ceci en reconnaissance du fait que les filles continuent de subir des discriminations par rapport à l'éducation.

Ceci provient en partie du fait que les parents peuvent avoir un point de vue traditionnel sur la place des hommes et des femmes dans la société et voient l'éducation des filles comme superflue pour leurs futurs rôles d'épouses et de mères. La pandémie du SIDA a également créé une situation où plusieurs filles sont contraintes d'abandonner leur scolarisation pour prendre soin des parents souffrants ou des frères orphelins.