ENERGIE-NIGER: Le charbon minéral carbonisé pour sauver le couvert végétalmenacé de disparition

NIAMEY, 30 sep (IPS) – Pour prévenir la menace de disparition totale du couvert végétal consécutive à la forte consommation de bois de chauffe au Niger, les autorités veulent introduire le charbon minéral carbonisé comme produit de substitution au bois énergétique dans les foyers.

"Le bois constitue la première source d'énergie au Niger et représente 95 pour cent du bilan énergétique global. Son implication dans l'équilibre environnemental de la région sahélienne n'est plus à démontrer", a déclaré Oumarou Hammadou, secrétaire général du ministère nigérien des Mines et de l'Energie.

Hammadou a fait cette déclaration, au cours du mois de septembre, à l'occasion des réunions de concertation et de sensibilisation entrant dans la campagne en faveur de l'utilisation du charbon minéral carbonisé à la place du bois.

Le charbon minéral carbonisé est produit par la Société nigérienne de charbon (SONICHAR) à partir du charbon brut extrait à Anou-Araren, dans la région d'Agadez, à environ 960 kilomètres au nord de Niamey.

Pour la campagne, les autorités ont élaboré un plan qui vise à accompagner les institutions de l'Etat, les associations socioprofessionnelles, les opérateurs économiques et tous les partenaires œuvrant dans le domaine de l'énergie domestique. L'objectif est d'organiser durablement l'approvisionnement des ménages en charbon minéral carbonisé, et l'utilisation rationnelle des énergies domestiques, indique le ministère des Mines et de l'Energie.

"Au nombre des actions déjà menées, il y a la réhabilitation de l'unité pilote de production (la SONICHAR) de 3.000 tonnes par an à Anou-Araren, la distribution de plus de 300 tonnes de charbon carbonisé dans les régions de la communauté urbaine de Niamey (la capitale), la production de 3.800 foyers à charbon destinés à l'utilisation collective et individuelle dans les ménages", a expliqué Hammadou à IPS.

Selon Issaka Mallam Garba, directeur départemental des mines et de l'énergie à Niamey, environ deux millions de tonnes de bois de chauffe sont consommés chaque année dans le pays, dont plus 100.000 tonnes par les grosses institutions consommatrices de bois. Hammadou a averti : "Si aucune mesure n'est prise, le déficit en bois énergétique serait de trois millions de tonnes en 2010, soit 2,5 fois l'offre soutenable actuelle, et le déboisement qui en découlerait aura un double impact sur l'environnement, avec la réduction très significative des superficies agricoles et pastorales ainsi qu'une baisse non négligeable des rendements des terres".

Les animateurs de la campagne tentent d'assurer le "passage de l'utilisation du bois au charbon minéral dans les institutions grosses consommatrices de bois comme l'hôpital de Niamey, la maternité Issaka Gazobi, les hôpitaux de l'intérieur du pays, la création de points de vente", a-t-il ajouté. Ils ont également organisé des séances de démonstration de l'utilisation du charbon minéral carbonisé dans les foyers, la formation des forgerons et des animatrices ainsi que des démonstrations culinaires.

Mais pour Mallam Garba, il est difficile de parvenir à remplacer totalement le bois par le charbon minéral carbonisé. "En fait, l'ambition du gouvernement, à travers la campagne de vulgarisation du charbon minéral carbonisé, c'est d'arriver à remplacer l'utilisation du bois à hauteur de 25 pour cent, en touchant notamment deux pour cent des ménages urbains", a-t-il confié à IPS. "Pour couvrir tous les ménages nigériens", explique-t-il, "il faudrait une production de charbon minéral carbonisé de l'ordre de 600.000 tonnes par an. Or, la capacité actuelle de production de la société n'est que 3.000 tonnes de charbon minéral carbonisé par an. Mais des dispositions sont en train d'être prises pour amener ce volume à 33.000 tonnes d'ici à la fin de l'année", a-t-il ajouté.

Maman Ibrahim, directeur départemental de l'environnement à Niamey, déclare à IPS : "L'utilisation de ce charbon, qui est d'un coût relativement abordable pour les ménages nigériens, va contribuer à lutter contre la dégradation continue de notre couvert végétal et à endiguer le phénomène de la désertification".

Selon les animateurs de la campagne, "Le sac de 40 kilogrammes de charbon minéral carbonisé est vendu à 4.000 francs CFA (environ 7,5 dollars) sur le marché et le foyer spécial dont la fabrication est subventionnée par l'Etat coûte, lui, 2.000 FCFA (environ 3,7 dollars)". Fati Abdou, une restauratrice de Niamey, qui utilise le nouveau combustible, apprécie à IPS : "Le charbon minéral carbonisé est plus économique que le bois. Avec le sac de 40 kg, j'en ai pour presque trois semaines de cuisine, tandis qu'avec le bois de chauffe, je dépensais au moins 5.000 FCFA (environ 9,4 dollars) par semaine". "Le seul problème qui rebute les gens vis-à-vis de ce charbon, c'est son allumage qui est difficile quand on ne maîtrise pas la technique pour y parvenir; mais une fois que ça prend, vous en avez pour toute la journée", souligne-t-elle.

Le charbon minéral carbonisé étant en phase de vulgarisation, il n'existe pas encore de statistiques sur son utilisation dans les foyers ou les hôpitaux, a indiqué Mallam Garba. Toutefois, les spécialistes soutiennent que 40 kilogrammes de ce charbon permettent de couvrir les besoins en énergie domestique, pendant plus d'un mois, pour une famille d'une dizaine de personnes. Pour une famille de cette taille, la consommation mensuelle moyenne de bois avoisinerait 150 kg. Pour Elhadj Dodo Mahaman Abdou, président de l'Association nationale des exploitants de bois (ANEB), basée à Niamey, "ce recours au charbon minéral carbonisé comme source d'énergie domestique constitue une initiative salutaire en ce sens qu'il va permettre de préserver nos forêts d'une disparition totale".

"Dans notre pays, il existe actuellement des villages où, par manque de bois de chauffe, les habitants sont obligés de recourir à la bouse de vache et aux tiges de mil comme combustible. La vulgarisation du charbon minéral carbonisé dans les foyers contribuera à alléger les souffrances de ces populations, tout en préservant notre pays de la désertification, qui gagne de plus en plus du terrain", déclare-t-il à IPS. Mahaman Abdou ajoute que son association "est disposée à accompagner l'Etat dans cette entreprise louable, en prenant en charge, notamment le placement et la vente du produit sur le marché".

"La SONICHAR a une capacité de production de charbon minéral brut de l'ordre de 300.000 tonnes par an; et elle a jusqu'ici transformé une partie de cette quantité extraite en énergie électrique, pour alimenter les usines de la région d'Agadez et ses environs, dont les besoins se chiffrent à seulement 160.000 à 170.000 tonnes par an", selon le secrétaire général de l'entreprise, Mohamed Haïdara, contacté au téléphone par IPS. La transformation du surplus de charbon minéral brut en charbon minéral carbonisé à des fins d'énergie domestique permet à la SONICHAR de "réduire substantiellement ses pertes", a-t-il ajouté.