DROITS-BURKINA FASO: Elle récidive dans l'excision, elle restera plus longtemps en prison

OUAGADOUGOU, 29 sep (IPS) – Adama Barry, une dame de 55 ans, a été condamnée par un tribunal du Burkina Faso à trois ans de prison ferme pour avoir excisé 16 fillettes âgées de deux à dix ans, malgré l'interdiction des mutilations génitales féminines par la loi.

Domiciliée au quartier Tanghin, à Ouagadougou, la capitale burkinabé, Barry est une récidiviste notoire pour avoir été déjà condamnée à quatre reprises par la justice à des peines de prison allant de quatre à six mois fermes.

Après l'excision des 16 fillettes, Barry a été arrêtée, pour la cinquième fois, par la gendarmerie nationale, le 16 août. Approchée par la presse à la gendarmerie pour comprendre les raisons qui l'ont poussée à commettre encore un tel acte, Barry a affirmé avoir été encouragée par d'autres personnes.

"Je ne suis pas coupable, c'est Aoua Sanfo (une complice de Barry) et les autres qui m'ont forcé la main. Je leur ai dit que j'ai déjà fait la prison et que la pratique de l'excision est interdite. On m'a assuré que je n'aurais pas de problèmes", a-t-elle déclaré. Selon Barry, Aoua lui a dit, le dimanche 15 août, que c'était une enfant qui devait être excisée, mais à sa grande surprise, elle constate le lendemain que les enfants étaient nombreuses.

"Je n'ai plus de matériel, c'est aux parents d'acheter eux-mêmes les lames. Avec ces outils, je coupe un peu seulement en haut et je laisse le reste. J'ai appris ça de ma tante", a ajouté Barry.

Barry précise qu'elle prend généralement "500 FCFA (94 cents US) pour chaque enfant", mais que cette fois-ci, elle avait demandé la moitié.

Le même jour, les 16 fillettes ont été conduites d'urgence dans une clinique de la capitale burkinabé, où elles ont été immédiatement prises en charge par Dr Michel Akotionga, professeur de gynécologie-obstétrique à l'Université de Ouagadougou. Après les examens, le diagnostic du médecin indique que 15 des patientes souffraient d'une lésion au premier stade (ablation du clitoris), et qu'une seule, la petite de deux ans et demi, souffrait d'une lésion plus profonde. Dr Akotionga a ensuite informé la presse que "c'est le clitoris seulement qui a été sectionné, il n'y a pas d'hémorragie pouvant conduire à la mort.

Cependant, il y a la douleur et des risques d'infection, c'est pourquoi j'ai prescrit du sérum et du vaccin antitétanique".

Hortense Palm, secrétaire permanent du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE), une créé en 1990, explique à IPS : "J'ai été très indignée et choquée par ce qui s'est passé. C'est à se demander, après toutes ces activités (de sensibilisation et d'éducation) menées, ce qui ne va pas et ce qui a bien pu pousser des parents à soumettre leurs filles à cette pratique".

"Je pense que l'excision des 16 filles a interpellé les comités provinciaux de lutte contre la pratique de l'excision sur le fait q'ils doivent redoubler de vigilance et développer des initiatives tendant à la mise en place de comités de vigilance dans les quartiers", ajoute Palm.

"Nous allons en outre tenter de comprendre pourquoi, malgré le travail (d'éducation) mené sur le terrain, il y a des poches de résistance".

Mariam Koala, la secrétaire générale de l'association Wend-Panga (une ONG qui signifie la puissance de Dieu en langue nationale Moré), renchérit : "Nous n'allons pas baisser les bras. Nous avons déjà enregistré des progrès et ce ne sont pas les quelques poches de résistance qui vont nous arrêter". "Une peine maximale dans ce dernier cas sera une belle leçon pour les récidivistes. Ce qui nous manque, c'est l'appui financier et le suivi de la formation", a-t-elle déclaré.

Selon Ramata Ouedraogo, habitante du quartier Tanghin, "Ce sont les parents eux-mêmes qui sont les premiers coupables et il faut qu'ils soient sanctionnés au même titre que l'exciseuse, parce que ce n'est pas possible qu'on continue d'exciser en plein Ouagadougou. On va emprisonner l'exciseuse, c'est bien, mais si les parents aussi sont condamnés, cela servira de leçon".

Depuis l'adoption d'une loi anti-excision en 1996, les exciseuses sont passibles d'une "peine de trois ans maximum et d'une amende de 900.000 FCFA (environ 1.700 dollars US)". En cas de décès de la victime, la coupable encourt une peine de 10 ans d'emprisonnement. En 2003, une centaine d'exciseuses et leurs complices ont été arrêtés, jugés et condamnés à une peine d'emprisonnement et à une amende.

La loi ajoute : "Est puni d'une amende de 50.000 à 100.000 FCFA (de 94 à 188 dollars environ), toute personne qui, ayant connaissance des faits prévus à l'article 380, n'en avertit pas les autorités compétentes".

Ces amendes sont élevées pour les gens qui pratiquent l'excision au Burkina Faso où 46,2 pour cent des 12 millions d'habitants du pays vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, selon une enquête officielle réalisée en 2003. Le 21 septembre, le tribunal correctionnel de Ouagadougou a entendu Barry et ses 12 complices. Barry, actrice principale et récidiviste notoire, a été reconnue coupable et écope de la peine maximale de trois ans de prison ferme. Les 12 autres femmes (parents des filles excisées), dont la complicité a été établie lors du procès, ont toutes été condamnées à trois mois d'emprisonnement ferme.

Une relaxe a été toutefois prononcée en faveur de Rahamané Tiendrébéogo, propriétaire de la maison où les filles ont été excisées. Tiendrébéogo, qui était absent de son domicile au moment des faits et qui a juré n'être pas au courant de ce qui s'est passé chez lui, a été relaxé au bénéfice du doute.

Malgré-Naaba, chef coutumier et tradipraticien depuis plus de 30 ans, qui n'a pas voulu commenter la peine infligée à Barry, indique à IPS : "Il faut que nous continuions la lutte à tous les niveaux. Quand les gens viennent me solliciter pour leur prédire le sort de leur fille à exciser, je leur intime l'ordre de ne pas le faire, car l'enfant ne survivra pas.

Cette peur psychologique les amène à ne pas exciser leur fille".

La lutte contre la pratique de l'excision est une lutte de longue haleine et la première dame du Burkina, Chantal Compaoré, l'a reconnu le 3 juillet dernier, après la projection du film 'Moalaadé' du célèbre cinéaste sénégalais, Sembène Ousmane, qui a indiqué avoir consacré ce film à la lutte contre l'excision. "Le combat contre l'excision n'est pas un combat facile, mais j'espère qu'avec le film Moalaadé, on peut faire passer le message selon lequel la pratique de l'excision n'est pas une bonne pratique et qu'il faut l'enrayer de nos pays", a-t-elle déclaré.

L'excision consiste à enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines régions du Burkina, on pratique l'infibulation qui consiste à coudre les grandes lèvres du vagin de la fille et à ne réserver qu'un petit orifice pour l'urine et les menstruations. L'objectif de l'opération est d'empêcher les relations sexuelles, mais les risques sont nombreux, dont l'hémorragie, les infections et le VIH/SIDA.

Au début de la campagne contre les mutilations génitales féminines (MGF), en 1992, au Burkina Faso, le taux national de l'excision était de 66,35 pour cent, selon le CNLPE. Les autorités burkinabè comptaient en 1992 près de 100 pour cent de taux de prévalence de l'excision dans certaines zones de ce pays d'Afrique de l'ouest. Une conférence internationale sur les MGF a été organisée à Nairobi, la capitale kényane, du 16 au 18 septembre, pour discuter de la ratification et de la mise en œuvre du protocole de Maputo qui vise à proscrire cette pratique partout en Afrique.

Un sommet des chefs d'Etat de l'Union africaine (UA), tenue dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, a adopté le protocole de la "Charte africaine sur les droits des femmes en Afrique", dont l'article 5 interdit et condamne les MGF. Pour entrer en vigueur, le protocole doit être ratifié par au moins 15 pays de l'UA forte de 53 membres. Mais un an après son adoption, trois pays seulement, la Libye, le Rwanda et les Comores – l'ont ratifié.

La conférence de Nairobi, qui a réuni quelque 700 participants venus des quatre coins du monde, a décidé de faire pression sur les gouvernements africains pour qu'ils ratifient le protocole de Maputo, afin de donner de l'impulsion à la lutte contre les MGF en Afrique.