NAIROBI, 24 sep (IPS) – Le conflit dans le nord de l'Ouganda, qui a fait des milliers de morts et déplacé environ un million de personnes, est en perte de vitesse et prend lentement fin, affirment des leaders religieux et des groupes de défense des droits de l'Homme.
"La situation dans le (nord de l'Ouganda) est calme. Il y a un climat d'optimisme qui fait penser que la guerre est dans ses dernières phases", a dit à IPS, le prêtre catholique, Révérend père Carlos Rodriguez, dans un entretien téléphonique depuis la ville de Gulu, la principale ville du nord de l'Ouganda, le 21 septembre.
Rodriguez, un haut responsable de la Commission justice et paix de l'archidiocèse de Gulu, vit dans cette ville où le principal groupe ethnique de la région, les Acholi, a payé le plus lourd tribut à la guerre des rebelles de l'Armée de résistance du seigneur (LRA) depuis 1986.
Plus de 850.000 Acholis, sur une population d'environ 1,2 million, ont été déplacés par les combats entre l'armée et les rebelles.
"Parmi les déplacés, 80 pour cent sont des femmes et des enfants. Le nombre d'enfants déplacés par la guerre est de 300.000", a déclaré à IPS depuis Kampala, la capitale ougandaise, Anne Sekandi, l'adjointe au chargé de communications du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, le 21 septembre.
Dirigée par l'ancien catéchiste de l'église catholique romaine, Joseph Kony, lui-même un Acholi, la LRA cherche à renverser le gouvernement du président Yoweri Museveni et à installer un système de gouvernement basé sur les Dix commandements de la Bible.
A la grande consternation des groupes de défense des droits de l'Homme, les rebelles attaquaient et enlevaient des enfants qu'ils recrutent comme combattants, ouvriers agricoles et esclaves sexuels.
Plus de 50 pour cent des soldats de la LRA sont des enfants âgés de six à 17 ans, selon des groupes de défense des droits humains.
"Les rebelles ont kidnappé 10.000 enfants entre juin 2002 et octobre 2003, une augmentation par rapport aux 101 en 2002. Ceci a amené le nombre total de personnes enlevées par la LRA depuis le début de la guerre à plus de 20.000", a indiqué le Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), dans une publication : 'Lorsque le soleil se couche, nous commençons par nous inquiéter', parue en janvier.
Craignant l'enlèvement, des milliers de civils pris dans le conflit font jusqu'à 10 kilomètres à pied, pour aller de la campagne dans des villes plus sûres ou des camps chaque nuit, dormant à la belle étoile dans des enceintes d'école, des hôpitaux et des églises. Ceci leur a valu le nom de 'navetteurs de nuit'.
"Il y avait 44.000 enfants "navetteurs de nuit" à la fin d'août 2004 dans les districts (de Gulu, Pader et Kitgum) accablés par la guerre", a indiqué Sekandi.
Rodriguez a souligné que le nombre d'enfants enlevés s'est réduit considérablement. "Il y a deux semaines, il y a eu 20 enlèvements à Kitgum, contrairement aux précédentes fois où il y avait cinq à 10 kidnappings par jour", a-t-il souligné.
Peut-être, le refus du gouvernement du Soudan, d'autoriser la LRA à opérer de son territoire a pu affaiblir le mouvement rebelle.
"La LRA a été militairement affaiblie par le gouvernement", a affirmé dans une interview à IPS, depuis Gulu, le Révérend père Macleord Baker Ocholla, vice-président de l'Initiative des leaders religieux Acholi pour la paix (ARLPI). Son groupe rassemble des leaders religieux dans le nord en vue d'œuvrer pour la paix.
Alors que les leaders religieux font pression pour la tenue des pourparlers, l'armée a annoncé qu'elle a attaqué une planque rebelle dans le Sud-Soudan la semaine dernière, tuant au moins 25 rebelles et capturant sept autres, au nombre desquels le médecin personnel de Kony, selon des articles de la presse locale. Les articles indiquaient que l'armée n'avait subi aucune perte dans les attaques perpétrées contre le repaire de la LRA, à quelque 150 kilomètres au nord de la frontière ougandaise.
Les efforts pour avoir les commentaires de l'attaché de presse du président sur les tentatives du gouvernement pour contenir les rebelles ont été vains puisque son téléphone portable était constamment sur répondeur.
Ne voulant pas abandonner, les leaders religieux disent qu'ils ont tenu une série de rencontres avec la LRA. Le gouvernement a également invité les rebelles à discuter d'une formule de paix. Mais les insurgés se sont moqués des deux ouvertures.
Leur refus a amené les leaders religieux à exiger qu'une tierce personne fasse pression pour faciliter l'avancée du processus de paix. "Nous avons proposé à chacune des parties de choisir un tiers pour assurer la médiation entre elles. Nous avons suggéré une liste de médiateurs au nombre desquels Graca Machel, l'épouse de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela et Betty Bigombe avec qui les rebelles sont en pourparlers. Le gouvernement (dit qu'il) n'a aucune objection", a déclaré Ocholla. Bigombe est un ancien ministre de la Paix en Ouganda.
Toutefois, la pression des leaders religieux semble avoir payé. Selon la Commission justice et paix de l'archidiocèse de Gulu, les rebelles ont envoyé une lettre le 20 septembre demandant à se rendre aux Nations Unies.
Il y a quatre ans, le gouvernement avait accordé une amnistie aux combattants de la LRA pour qu'ils se rendent. Depuis lors, l'amnistie a été prolongée, la dernière fois le 17 août, pour la douzième fois, pour trois autres mois.
Le résultat de l'amnistie, selon les leaders religieux, a été le retour des rebelles, la plupart des enfants, du maquis. "Plus de 400 enfants sont retournés à la maison au cours des deux derniers mois", a indiqué Ocholla.

