KINSHASA, 27 sep (IPS) – Environ 300 des réfugiés congolais tutsi-banyamulenge du camp de Gatumba, au Burundi, après avoir échappé aux massacres du 13 août, sont encore exposés à des difficultés inattendues lors de leur rapatriement en République démocratique du Congo (RDC).
Le samedi, 25 septembre, ces réfugiés se sont vu refuser l'entrée à Uvira, la ville congolaise frontalière avec le Burundi, par la population locale qui exigeait que priorité soit d'abord accordée à d'autres réfugiés congolais qui avaient fui l'avancée des troupes du RCD-Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) lors du déclenchement de la guerre d'août 1998 en RDC. Ces Congolais se trouvent présentement dans des camps de réfugiés à Kigoma, en Tanzanie. Cette animosité des populations d'Uvira s'explique par le fait que la plupart des réfugiés congolais, qui se trouvent dans les camps de Tanzanie, viennent de cette ville et des environs. Pour les populations de la ville frontalière, si leurs frères vivent dans de mauvaises conditions, c'est par la faute des militaires tutsi du RCD-Goma, le RCD étant tout simplement considéré comme un groupe tutsi – donc rwandais – au Congo. La RDC ne sort donc pas du prisme tribal qui est à la base de l'éternelle crise dans la région des Grands Lacs. Toutefois, selon Lubunga by'a Ombe, un journaliste congolais correspondant de la radio britannique BBC, qui se trouve sur place, une solution venait d'être trouvée le dimanche, 26 septembre, en début de soirée et les premiers réfugiés commençaient à être conduits à Uvira, sous haute surveillance, vers des centres de transit érigés à leur intention. Plusieurs incidents ont émaillé les opérations de retour, les populations d'Uvira ayant érigé des barrières pour empêcher l'entrée des réfugiés. Les militaires, qui ne sont pas intervenus directement contre les manifestants, ont dû tirer en l'air pour dégager des foules qui commençaient même à lapider les arrivants. Vers trois heures, ce lundi matin, 27 septembre, tous les réfugiés étaient casés dans les centres de transit, indique Ombe contacté par IPS au téléphone. Quelque 160 réfugiés tutsi-banyamulenge avaient péri d'une mort atroce quand le camp de Gatumba, où ils s'étaient réfugiés, avait été attaqué, dans la nuit du 13 août, à l'arme de guerre et à la machette par un commando qui n'a, jusqu'ici, jamais été clairement identifié. Toutefois, 'Human Rights Watch', un organisme de défense de droits basé à New York, a accusé le Front national de libération), un mouvement rebelle extrémiste hutu, d'en être l'auteur. Le drame avait été à l'origine d'une brouille diplomatique entre Kigali, Bujumbura et Kinshasa, le Congo ayant été accusé d'être le pays d'origine du commando tueur. L'onde de choc a même failli fortement perturber le déroulement normal de la transition politique en RDC. L'un des quatre vice-présidents de la République, en charge des questions de défense et sécurité, Azarias Ruberwa, lui-même tutsi-munyamulenge (singulier de Banyamulenge) a personnellement accusé l'armée congolaise d'avoir participé aux massacres. Le rapatriement de ces réfugiés, rescapés des tueries de Gatumba, avait été négocié par les autorités provinciales du Sud-Kivu, de l'est de la RDC, au moment où le Burundi s'apprêtait à les déplacer vers le camp de Moaro, situé plus à l'intérieur du pays, se conformant ainsi aux normes internationales relatives à la gestion des réfugiés. Mais, le gouverneur de la province, Augustin Bulaimu, et le vice-gouverneur, Thomas Nziratimara, de tribu banyamulenge, n'avaient pas accordé leurs violons sur la manière de gérer les réfugiés et l'agenda de leur rapatriement. Autant le vice-gouverneur optait pour un rapatriement rapide du fait, a-t-il déclaré, que celui-ci était volontaire, autant le gouverneur tenait à une opération planifiée. "Je crois qu'il est trop tôt pour pouvoir envisager le retour de nos compatriotes, réfugiés à Gatumba", a expliqué Bulaimu. "Ce n'est pas que je suis contre leur rapatriement, mais je pense qu'il faut d'abord préparer les conditions minimum pour les recevoir en toute dignité". Le résultat, c'est la cacophonie à la frontière, à la porte de la ville d'Uvira. Mais, les réfugiés avaient refusé le déplacement du camp de Moaro, préférant regagner leurs collines sur les hauteurs d'Uvira, en RDC, plutôt que de risquer d'autres attaques commando dans le nouveau camp. Ils ont dû passer deux jours dans le no man's land de la zone frontalière entre le Burundi et la RDC. Bien entendu, la réaction des populations d'Uvira à ce rapatriement pose un nouveau problème que le gouvernement congolais doit pouvoir résoudre dans les meilleurs délais. Environ 5.000 Congolais vivent dans des camps de réfugiés dans la ville tanzanienne de Kigoma, attendant leur retour au pays, la guerre étant pratiquement terminée. Contacté par IPS, Malinga Dunia, un activiste des droits de l'Homme, habitant Uvira, estime qu'il y a un risque de considérer qu'il y a deux poids deux mesures si le gouvernement de la RDC ne procédait pas dans, les tous prochains jours, au rapatriement des réfugiés congolais de Tanzanie..
"Les Congolais réfugiés à Kigoma ont toujours demandé que le gouvernement congolais pense à les rapatrier étant donné les conditions atroces qu'ils endurent en Tanzanie", a indiqué Dunia.
"Rien n'a été fait jusqu'ici. Ils sont ressortissants d'Uvira, de Fizi et de Kalemie. Nous estimons que le rapatriement des Banyamulenge est un test qui édifiera la population d'Uvira sur la bonne foi du gouvernement à considérer tous les Congolais sur un même pied d'égalité", a-t-il ajouté.

