BULAWAYO, 23 sep (IPS) – Entretenu par le problème de SIDA en plein essor, la tuberculose connaît une résurgence en Afrique australe où des responsables sanitaires commencent par parler d'intégration des programmes pour combattre les deux maladies.
Au cours de la dernière décennie, le nombre de cas de tuberculose (TB) a quadruplé dans la sous-région, l'épicentre actuel du VIH/SIDA dans le monde. Bien qu'elle représente 30 pour cent de la population africaine, l'Afrique australe compte 70 pour cent des cas de tuberculose du continent.
Au Zimbabwe, l'un des 22 pays les plus touchés par la TB au monde, il y a maintenant 462 nouveaux cas pour 100.000 habitants par an, une augmentation de sept fois depuis 1982, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
En comparaison, l'Europe de l'ouest et l'Amérique du nord enregistrent moins de 20 cas pour 100.000 habitants.
"Le VIH est à lui tout seul, le facteur le plus important pour la résurgence de la TB en Afrique", affirme Dr Robert Makombe, un directeur de santé publique au bureau régional Afrique de l'OMS basé à Harare. La TB est également la plus grande maladie meurtrière parmi les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
L'OMS a encouragé des efforts visant à associer les soins de la TB et du VIH, en organisant des ateliers et des conférences, notamment en Afrique subsaharienne. L'organisation a également développé des directives et des recommandations sur l'association des soins de la TB et du VIH/SIDA.
"Il y a eu une période où tout le monde (se voilait la face et disait la 'TB est éradiquée au Zimbabwe'. Malheureusement, c'était l'époque où le VIH faisait son apparition", affirme Ellen Ndimande, coordonnatrice nationale de 'Réhabilitation et prévention de la tuberculose' (RAPT), une organisation non gouvernementale (ONG) qui a lutté contre la TB pendant un demi-siècle.
Basée à Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, la RAPT a construit des centres de convalescence (lorsque les malades de TB étaient encore isolés), des centres de loisirs et des laboratoires qui ont aidé à endiguer la TB depuis la création de l'organisation par des citoyens préoccupés en 1954.
Citant diverses études, Ndimande affirme que jusqu'à 80 pour cent de malades de TB ont le VIH. En conséquence, le principal centre d'intérêt de la RAPT est maintenant la dissémination de l'information sur les deux maladies.
"Nous nous rendons compte que pour vaincre la pandémie actuelle de la TB, nous devons nous attaquer aux questions liées au VIH/SIDA", déclare-t-elle. "Nous ne pouvons pas parler de TB uniquement; nous devons parler des deux, de la TB et du VIH, parce que l'épidémie actuelle de TB est une conséquence de l'infection du VIH".
Makombe affirme qu'il est également possible de traiter les deux maladies ensemble puisque la TB et le VIH sont extrêmement liés sur le plan biologique.
Des programmes nationaux efficaces de TB, souligne Makombe, sont bien indiqués pour identifier les patients de TB qui sont infectés par le VIH et, ceux qui sont éligibles pour la thérapie anti-rétrovirale.
Toutefois, malgré une telle possibilité de combinaison des programmes de TB et de SIDA, plusieurs pays continuent de gérer des programmes de lutte séparés pour les deux maladies.
Parmi les insuffisances de soins communs, figurent les médicaments et la logistique inadéquats, ainsi que des contraintes liées aux ressources financières. Par ailleurs, les institutions sanitaires sont déjà submergées par des maladies liées au VIH au moment où les programmes nationaux de TB se battent pour faire face aux cas croissants de TB.
Cependant, les insuffisances dans la collaboration ne sont pas dues au manque de compréhension de la corrélation. Au niveau politique, la lutte contre la TB et le VIH/SIDA est intégrée au Zimbabwe, à partir de 'l'Unité conjointe SIDA et TB', le département gouvernemental responsable de la lutte contre les deux affections. Malgré l'ouverture, par le gouvernement, des cliniques pour des infections opportunistes dans les principaux centres urbains, où la TB est la maladie la plus courante parmi les personnes vivant avec le VIH/SIDA, une intégration complète tarde toujours à venir.
"Vous trouverez que dans un ministère de la Santé qu'il y a un coordinateur IST (infections sexuellement transmissibles) et il y a un coordinateur TB", explique Ndimande. "Ainsi, pour que les deux s'intègrent réellement à la base, il y a encore des problèmes çà et là".
Une telle séparation, affirme Dr Zanele Hwalima, le directeur de la santé à Bulawayo, est devenue également apparente avec le Conseil national de lutte contre le SIDA qui s'est montré réticent à financer des activités devant commémorer la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose le 24 mars.
Dr Milton Chemhuru, qui est en charge de la TB au ministère de la Santé, qualifie le programme de TB au Zimbabwe de bien développé, avec des coordinateurs de TB travaillant jusqu'au niveau du village. Il dit que le centre d'intérêt est maintenant d'accroître également leur capacité dans la lutte contre le VIH/SIDA. "Il y a cette intégration", dit-il.
"Toutefois, nous essayons de nous étendre et ce n'est pas une chose facile".
Mais l'autorité sanitaire à Bulawayo semble être plus préparée pour à accueillir un traitement en collaboration. A travers ses réseaux de dispensaires, elle a juste commencé par administrer un traitement anti-rétroviral qui, pour le moment, est limité aux malades qui ont été traités pour la tuberculose.
Même le Botswana, jusqu'à récemment le plus touché par le VIH/SIDA avec une prévalence de 37,5 pour cent, reconnaît le lien entre la TB et le VIH/SIDA.
"Pour ce qui nous concerne, nous croyons qu'ils (TB et VIH/SIDA) affectent une personne au même moment, ils doivent être considérés de façon globale", a dit, à IPS, Dr Patson Mazonde, le secrétaire permanent adjoint au ministère de la Santé.
"Si quelqu'un a la TB, nous lui demandons s'il est séropositif, et si quelqu'un a le VIH ou le SIDA, nous les mettons sous une thérapie préventive", a déclaré Mazonde. Il a ajouté que le ministère de la Santé était en train d'être restructuré pour refléter de telles réalités. "La structure actuelle a été développée lorsque le VIH/SIDA n'était pas un facteur".
Makombe indique que le traitement commun avait tendance à se focaliser principalement sur les soins effectués au niveau de la maison, puisque plusieurs n'ont pas accès aux médicaments anti-rétroviraux (ARV) prolongeant la vie, qui conduisent souvent à un régime de traitement séparé.
Le médecin de l'OMS estime qu'à travers la région, certains programmes de lutte contre la TB et le VIH/SIDA sont maintenant dirigés par la même personne, et partagent la plupart de leur planification et autres activités. Par exemple, au Malawi, il y a un programme conjoint de soins TB et VIH/SIDA bien établi dans la plupart des districts.
Les preuves montrant l'efficacité d'une action conjointe TB-VIH s'accumulent, selon le groupe de travail 'Global TB-HIV', créé en 1998 comme une partie de 'Stop TB Partnership' (Partenariat international pour la lutte contre la tuberculose). Pour lui, la collaboration a modifié le comportement sexuel à risque au Malawi et a entraîné une augmentation de six fois le nombre de personnes retirant les résultats pour les tests de dépistage au VIH dans des projets à travers l'Afrique australe.
Le groupe ajoute que ce qui est beaucoup plus encourageant, c'est la découverte que la collaboration TB-VIH peut aider à atteindre l'objectif "3 X 5" – l'objectif de l'OMS consistant à mettre sous traitement anti-rétroviral trois millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA d'ici à 2005.
Il ajoute qu'on a diagnostiqué la TB chez plus de 300.000 personnes séropositives en Afrique seule; alors que quelque 400.000 autres cas ne sont pas encore identifiés ou signalés par des programmes nationaux.
"Si on offrait à tous ces patients le test de dépistage au VIH et des conseils, ils constitueraient, sans aucun doute, le plus grand groupe éligible pour la thérapie anti-rétrovirale", indique le groupe à travers sa page internet.

