SANTE-BENIN: Les malades du SIDA peuvent désormais connaître leur chargevirale sur place

COTONOU, 21 sep (IPS) – Un laboratoire de virologie est opérationnel à Cotonou, la capitale économique du Bénin depuis début septembre, et permettra d'améliorer le suivi biologique des patients vivant avec le VIH/SIDA dans ce pays d'Afrique de l'ouest, déclarent des spécialistes.

Financé par le programme "Ensemble pour une solidarité thérapeutique en réseau (ESTHER), avec l'appui du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, ce laboratoire permettra désormais aux porteurs du VIH/SIDA de connaître leur charge virale sur place, au lieu de se rendre dans un autre pays mieux équipé, selon les mêmes sources.

Cela fait deux ans que le programme ESTHER appuie l'Initiative béninoise d'accès aux anti-rétroviraux (ARV) à travers des jumelages entre hôpitaux.

"Grâce à cette initiative, 1.437 personnes vivant avec le VIH/SIDA sont sous ARV depuis février 2002", indique Mathurin Lougbégnon, le chef service de la prise en charge au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS). Un bon suivi des patients implique des analyses régulières pour déterminer la charge virale. "Ces analyses se faisaient jusque-là à l'étranger", souligne un des techniciens du laboratoire, précisant que "grâce à ce laboratoire de virologie, les patients bénéficieront d'un suivi biologique adéquat".

Cossi A., 40 ans environ, une des personnes vivant avec le SIDA, a exprimé à IPS, sa joie de voir implanté au Bénin un tel laboratoire. "Nous pourrons désormais faire ici nos analyses pour connaître la charge virale.

Le médecin m'avait demandé de faire ça, mais il fallait aller en Côte d'Ivoire pour le faire. Je n'en ai pas les moyens. J'espère seulement que les coûts de ces analyses seront à notre portée", déclare-t-il. Cossi est sous ARV depuis près de trois ans, il déplore la cherté des frais d'analyses préalables au traitement par ARV. "Le patient doit débourser entre 30.000 et 35.000 FCFA (entre 56 et 66 dollars environ) pour ces analyses, c'est trop demander aux malades qui sont déjà sans moyens et abandonnés de tous", se plaint-t-il.

Dame Y.A., 30 ans environ, membre de l'association Espoir et vie – une association de personnes vivant avec le VIH/SIDA – se réjouit également de la création de ce laboratoire au Bénin. "Les médecins nous ont souvent dit qu'il y a des analyses qu'on ne pouvait pas faire sur place; très souvent, ils se passent de cela", raconte-t-elle à IPS. Elle se dit désormais confiante : "Le traitement qu'on va nous donner sera plus précis et mieux ciblé en fonction de la charge virale de chaque malade". La directrice du programme ESTHER, Anne Petitgirard, souligne qu'en dehors des analyses de comptage de lymphocytes CD4 nécessaires aux décisions thérapeutiques pour le médecin, la possibilité est donnée au Bénin de faire le diagnostic du VIH plus précocement chez les jeunes enfants et de mieux mesurer l'impact des trithérapies sur le virus du SIDA. (Les lymphocytes sont des globules blancs qui ont un rôle d'induction de la réaction immunitaire et qui sont les cibles du virus du SIDA).

Pour le directeur du laboratoire de virologie, Edgard Lafia, "la mesure de la charge virale est essentielle pour ceux qui sont sous traitement. Avec ces équipements, nous allons indéniablement gagner en qualité dans le suivi des patients". Selon Petitgirard, ce laboratoire est le fruit d'un partenariat dynamique entre plusieurs structures de lutte contre le SIDA. Elle soutient que ESTHER fonde ses actions sur le principe de partenariat et de réseau. Avec la mise en service de ce laboratoire, "tous les volets d'une prise en charge sont réunis", affirme-t-elle.

Construit par le gouvernement du Bénin, le laboratoire est équipé par le programme ESTHER à hauteur de 35.000 euros (42.630 dollars) et par le Fonds mondial pour 77.000 euros environ (93.786 dollars). "La Banque mondiale, à travers le projet plurisectoriel de lutte contre le SIDA, assurera l'approvisionnement en réactifs", indique Céline Kandissounon Seignon, ministre béninois de la Santé publique. Selon le responsable du laboratoire, il est difficile d'évaluer la contribution financière exacte du Bénin puisque, en plus de la construction du bâtiment et de l'achat d'un groupe électrogène, le gouvernement a pris en charge également la formation des techniciens et le paiement de leurs salaires.

Présidé par l'ancien ministre français de la Santé, Bernard Kouchner, le programme ESTHER créé en 2002 vise à renforcer les capacités des pays en développement à traiter les personnes atteintes du VIH/SIDA. Au Bénin, le taux de prévalence du VIH/SIDA est estimé à 4,1 pour cent, selon le PNLS. Sur les quelque 170.000 personnes vivant avec le SIDA, moins de 1.500 ont pu bénéficier d'un traitement par ARV par le biais du PNLS. Grâce à l'Initiative d'accès aux ARV, des réductions substantielles ont été faites sur le coût du traitement mensuel qui était de 566 dollars environ.

Le traitement coûte aujourd'hui entre 1,8 et 37,7 dollars par mois et par malade en fonction du niveau de vie du patient. Il est gratuit pour les enfants de moins de dix ans. Seuls les patients éligibles au traitement peuvent bénéficier des ARV; cette éligibilité dépend de plusieurs paramètres dont le nombre de lymphocytes CD4 chez le malade. Selon des spécialistes du SIDA, "ce traitement n'est bénéfique pour le patient qu'à partir du moment où sa charge virale augmente et que les moyens de défense de son organisme commencent à chuter". Pour la seule mesure des CD4, les patients payaient jusqu'ici environ 22,6 dollars, mais avec l'ouverture du nouveau laboratoire moderne, ils souhaitent, sinon la gratuité de l'analyse, du moins une importante réduction de son coût. Ils trouvent encore élevés ces frais qui, selon eux, sont partiellement pris en charge dans d'autres pays de la sous-région, comme au Mali. Trois sites de santé assuraient la prise en charge médicale pour le compte du PNLS jusqu'en juin 2004 où elle a été généralisée dans tout le pays, avec un total de 14 centres aujourd'hui. Selon le PNLS, les fonds mobilisés pour le Bénin, pour la période 2003-2005, s'élèvent à 11,384 millions de dollars disponibles au Fonds mondial contre le SIDA.