DROITS-AFRIQUE: La mutilation génitale chez les femmes sous les feux desprojecteurs

NAIROBI, 20 sep (IPS) – Difficile à aborder et atroce à subir, la mutilation génitale féminine fait de nombreuses victimes dans les rangs des femmes d'Afrique.

Selon l'organisation 'No Peace Without Justice' (Pas de paix sans la justice), basée à New York, environ deux millions de filles et de femmes sont soumises à la mutilation génitale féminine (MGF) chaque année – la plupart d'entre elles en Afrique subsaharienne et dans des pays de la péninsule arabe.

L'émigration de ces régions vers l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Australie et la Nouvelle-Zélande a également entraîné l'exportation de la pratique vers des contrées plus lointaines. 'No Peace Without Justice' est composée de parlementaires, de maires et autres qui œuvrent pour la création d'un système international de justice qui inclut une cour pénale internationale efficace.

Toutefois, une conférence s'est déroulée dans la capitale kényane, Nairobi, la semaine dernière pour débattre des moyens par lesquels la MGF peut être éradiquée.

En particulier, la réunion de trois jours (qui a pris fin le 18 septembre) s'est focalisée sur des stratégies qui permettront la mise en œuvre du 'Protocole de Maputo relative à la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples sur les droits des femmes en Afrique'.

L'article cinq du protocole stipule que la MGF devrait être interdite, et que la pratique devrait être condamnée.

Bien que le protocole ait été adopté par les chefs d'Etat de l'Union africaine (UA), à leur réunion annuelle dans la capitale mozambicaine, Maputo, en juillet 2003, trois pays seulement ont ratifié le document (les Comores, la Libye et le Rwanda). Pour entrer en vigueur, le protocole doit être ratifié par 15 pays membres de l'UA.

"Tant que le protocole n'entrera pas en vigueur, même les quelques pays qui l'ont signé n'en auront aucun effet. Ce n'est qu'un bout de papier et cela a des implications négatives sur la lutte pour un continent sans excision", a déclaré à IPS, Faiza Jama Mohamed, directeur Afrique de 'Equality Now' (Egalité maintenant), à la conférence de Nairobi.

"Il est important que nous prenions conscience de l'urgence de cette question et que d'autres pays se joignent à la ratification", a-t-elle ajouté. 'Equality Now', qui a son siège à New York, fait pression en faveur des droits des femmes.

La MGF implique la suppression d'une partie, ou de tous les organes génitaux de la femme. Selon l'organisme d'observation des droits humains, basé à Londres, Amnesty International, la forme de MGF la plus sévère – l'infibulation – représente 15 pour cent des cas où la pratique est effectuée.

L'infibulation consiste en la suppression d'une partie, ou tout, du clitoris – ainsi que des bourrelets de peau autour des ouvertures de l'urètre et du vagin. Les blessures sont alors cousues, laissant seulement une petite ouverture pour le passage de l'urine et des menstrues.

"Dans certaines formes d'infibulation moins conventionnelles", affirme Amnesty, "on enlève moins de tissu et on laisse une ouverture plus large".

Le groupe note que la manière dont la MGF est pratiquée, varie en grande partie selon l'endroit et la situation financière – tandis que le groupe d'âge des filles et femmes impliquées peut aller des nouveaux-nés aux femmes qui font l'expérience de leur première grossesse.

Des couvercles de boîte, des ciseaux – même des verres cassés – peuvent être utilisés pour pratiquer l'opération, souvent sans anesthésie.

La MGF peut conduire à une variété de complications physiques et d'infections – et même à la mort. La transmission du VIH peut se faire entre des filles et des femmes qui sont excisées avec les mêmes instruments, par exemple. La MGF peut également provoquer des difficultés pendant les relations sexuelles et l'accouchement.

Dans les pays où les lois anti-MGF existent déjà, affirment des délégués présents à Nairobi, il y a quelques succès dans la réduction de la pratique. L'Ouganda, où la MGF a été proscrite par la constitution, est un exemple typique.

Le gouvernement a soutenu la disposition constitutionnelle en prévoyant, chaque année, une journée pour discuter de la MGF et des dangers qui y sont associés, entre autres.

"Ceci a montré que la pratique peut être éradiquée sans détruire nécessairement les valeurs réelles qui y sont associées", déclare Zoe Bakoko Bakoru, ministre ougandais du Genre, du Travail et du Développement social.

A Kapchorwa, dans le nord-est du pays, le nombre de cas de MFG est passé de 1.100 en 1998 à 647 en 2002, (la MGF affecterait quatre pour cent des 24 millions d'Ougandais).

La pratique a été associée à l'initiation à l'âge adulte et au maintien de l'hygiène chez une femme, même si certains leaders musulmans la perçoivent également comme une exigence religieuse. Plusieurs croient que la MGF réduit également le désir d'une femme à avoir des relations sexuelles et par conséquent sa capacité à être infidèle.

Moushira Khattab, directrice du Conseil national égyptien pour la mère et l'enfant, souligne que son pays a également utilisé une approche à multiples facettes pour réduire les cas de la MGF, qui est pratiquée sur la grande majorité des femmes et des filles du pays.

"C'est une approche intégrée où nous avons inclus des leaders religieux, des universitaires ainsi que des activistes des droits de l'Homme", a-t-elle dit à IPS. "Ceci implique l'établissement des profils des villages et l'évaluation des besoins socioculturels des villages donnés, après quoi nous adaptons l'intervention".

Sur une note moins douce, les hôpitaux ont également été mis en garde contre toute implication dans cette pratique. Ceux qui seront surpris en train de le faire peuvent se voir retirer leurs autorisations.

Khattab croit que les médias peuvent jouer un grand rôle dans cette campagne – notamment la télévision, qui atteint à peu près 97 pour cent de la population.

Des recherches menées en 2000 sur environ 2.400 jeunes âgés de 15 à 24 ans ont montré que 53 pour cent d'entre eux croyaient que la MGF était nuisible. Khattab dit que cela indique un changement clair de valeurs parmi les jeunes – et que cela survient bien qu'on ait appris à plusieurs d'entre eux à rejeter l'idée selon laquelle une femme "non-excisée" peut être mariée.

Ses points de vue ont été repris par Lina Kilimo, secrétaire d'Etat kényan aux Affaires internes, qui a parlé des défis impliqués dans le changement des croyances relatives à la MGF dans des communautés éloignées.

"Nous devons intensifier les campagnes d'éducation vers ces régions. Ces gens doivent savoir que la pratique est nuisible et mortelle, et que le gouvernement se fera de plus en plus entendre dans cette campagne", a-t-elle indiqué à IPS.

"Auparavant, le travail était laissé à la société civile. Mais nous allons prendre la relève à partir d'aujourd'hui. Nous avons déjà démontré notre sincérité par l'organisation de cette conférence", a ajouté Kilimo.

"Notre espoir est d'inclure le sujet de MGF dans le programme scolaire".

Les statistiques gouvernementales indiquent que 38 pour cent des femmes au Kenya ont été excisés, même si ce chiffre peut aller jusqu'à 90 pour cent dans les zones les plus reculées.

Des délégués ont également constaté que les taux élevés de MGF saperaient les tentatives des pays pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Huit OMD ont été arrêtés par les leaders du monde entier à la Conférence des Nations Unies en 2000 dans une tentative renouvelée pour réduire la pauvreté et le sous-développement dans le monde entier, d'ici à 2015. Au nombre de ces objectifs, figure la réduction de la mortalité maternelle, de trois quarts.

La conférence a drainé plus de 700 participants venus des structures gouvernementales, de la société civile et des organisations d'aide. Elle a été conjointement organisée par le gouvernement kényan et 'No Peace Without Justice'.