MONROVIA, 21 sep (IPS) – Avec des élections générales prévues l'année prochaine, des femmes libériennes ardents défenseurs de la paix dans leur patrie – sont en train de réclamer une plus grande participation à la politique de leur pays, dominée par les hommes.
Elles ont présenté, la semaine dernière, leur résolution au président du parlement George Dweh, réclamant une réforme de la loi électorale en vue de leur donner une chance de participation égale à la politique nationale.
"Nous exigeons que chaque parti politique, qui se qualifie pour les élections, réserve un minimum de 30 pour cent de sièges pour les femmes sur la liste de leurs candidats. De même, que chaque parti politique qui se qualifie pour le processus électoral, réserve un minimum de 30 pour cent de représentation de femmes à des postes de prise de décision au sein de leurs partis", déclare Lema Gbowen, une militante des droits des femmes.
Les femmes libériennes, qui constituent 51 pour cent des 3,5 millions d'habitants du pays, se sentent marginalisées dans le processus de prise de décision. L'article 28 de l'accord de paix – destiné à mettre fin à la dernière guerre du Liberia – signé au Ghana en août 2003, prévoit l'égalité de genre dans la politique nationale.
Mais les parties à cet accord ne semblent pas veiller à ce que les nominations et les représentations au sein du gouvernement couvrent pleinement l'équilibre de genre et l'équilibre national.
Sur les 75 membres du parlement, seuls quatre sont des femmes. Et il n'y a que trois femmes ministres dans un gouvernement qui compte 21 portefeuilles.
Selon la résolution lue par le ministre du Genre, Varbah Gayflor, les femmes estiment que si la loi électorale au parlement n'est pas révisée et adaptée, elles se verront toujours dénier leurs droits fondamentaux.
Les femmes affirment qu'une loi électorale, qui inclut leurs exigences, réalisera non seulement leur objectif de représentation totale et égale au processus électoral, mais "contribuera également de façon significative à une nouvelle société cohésive, unifiée, démocratique et pleine de vitalité".
Des politologues croient que les femmes réclament non seulement une plus grande participation aux prises de décisions, mais également l'émancipation politique.
Dweh a indiqué que le parlement soutenait la cause des femmes. "Vous êtes dynamiques dans les activités politiques de ce pays. Nous ferons en sorte que vous ayez tout ce que vous voulez. Nous vous soutiendrons pour que vous obteniez non seulement 30 mais 40 pour cent de ce que vous demandez. Nous vous admirons même pour prendre la présidence", a-t-il déclaré.
La pétition a déclenché un débat passionné au parlement lorsqu'elle a été abordée au cours de la session, le 17 septembre. Plusieurs députés se sont opposés aux exigences des femmes.
Le vice-président du parlement, Eddington Varmah, estime que la constitution du Liberia n'a marginalisé personne. Il a ajouté qu'il ne ferait pas partie de ceux qui toucheraient à la constitution en faveur d'un groupe particulier de personnes.
Le débat a continué hors des couloirs de l'assemblée, où le prêtre de l'église pentecôtiste, Christian Chea, a affirmé : "Si nous (acceptons le système de quota), ce sera comme si nous donnons aux (femmes) des cadeaux qu'elles ne méritent pas".
Le sociologue KH Morris de l'Université du Liberia n'est pas également d'avis que les femmes sont mises sur la touche au Liberia. "Le pouvoir d'Etat a été exercé une fois par une femme, Ruth Perry", a-t-il déclaré.
Perry a dirigé ce pays d'Afrique occidentale entre 1996 et 1997.
"Je crois que prochainement, plus de femmes réaliseront ce qu'elles auraient dû et ce qu'elles doivent réaliser. Mais nous ne devrions pas faire juste un système de quota pour cela : parce que cela va discréditer leur capacité", a-t-il ajouté.
Les femmes veulent une clause définie dans la loi électorale qui fera pression sur tous les groupes afin qu'ils reconnaissent le rôle qu'elles continuent de jouer au Liberia.
La nouvelle loi électorale actuellement au parlement n'a pas reconnu que les femmes étaient particulièrement affectées par les conséquences de la guerre civile du Liberia, de 1989 à 1996.
Durant la guerre, les femmes ont bravé les balles et de graves violations, y compris le viol lorsqu'elles allaient chercher du bois pour leurs enfants et maris qui se tenaient cachés. Elles étaient également au premier plan de tous les plaidoyers et l'activisme en faveur de la paix au Liberia.
Bien qu'elles aient souvent été ignorées par le gouvernement de l'ancien président Charles Taylor, les femmes ont fait preuve d'acharnement dans leur plaidoyer en faveur de la paix et de la bonne gouvernance. "Nous ferons une grande différence si nous sommes placées à des postes de responsabilité", a affirmé Gbowe.
Selon les femmes, la plupart des hommes au gouvernement ont eu leurs postes sur un plateau en argent. "Nous ne disons pas de nous donner cela dès les prochaines (élections) de 2005 sur un plateau en argent. Nous demandons qu'il y ait des lois – que les femmes soient reconnues par les parties prenantes dans ces lois", indique Josephine Nimely, une militante des droits de l'Homme, dans la capitale, Monrovia.
"Donnons aux femmes l'opportunité d'aller de l'avant", souligne-t-elle.
Le ministre du Genre Gayflor a dit à IPS samedi : "Nous (les femmes) n'allons plus sacrifier nos droits".
Cecelia Massaquoi, une militante des droits de l'Homme, regrette que la plupart des femmes n'aient pas confiance en elles. Mais elle croit que les femmes "sont sur le chemin. Après une guerre violente, une place spéciale devrait être faite pour les femmes dans la loi parce que les conséquences du conflit sur les femmes sont tout à fait différentes des conséquences sur les hommes ".
Mais Andrew Lamin, un fonctionnaire, craint que si le système de quota de 30 pour cent pour les femmes est accepté, l'intérêt de la communauté ne soit compromis avec le plus grand groupe ethnique exigeant un pourcentage plus élevé de postes dans le gouvernement.
"Si nous cédons à l'exigence des femmes, tout le monde va maintenant demander son propre pourcentage du système de quota", a-t-il souligné.
Peter Tarley, un étudiant, a exhorté les femmes à suivre leur formation universitaire pour se qualifier pour des postes au gouvernement. "Elles doivent faire tout leur possible pour obtenir la qualification et l'émancipation comme moyens d'exceller. Si nous avons plus de femmes qualifiées, elles prendront leurs places autour de la table. Nous devons faire cela en les formant. Pendant longtemps, les femmes ont été maintenues hors de l'école, parce qu'elles pensaient ne pas vouloir faire partie de 'cette chose moderne'," explique-t-il.
Margaret Boima, une secrétaire particulière dans une firme industrielle, à Monrovia, est critique à l'égard du leadership masculin. "Les hommes ont ruiné ce pays et ont transformé le pouvoir en tyrannie. Les hommes ont exploité le pouvoir en le transformant en tyrannie. Les femmes peuvent faire encore mieux. Elles peuvent éradiquer la corruption. Ils doivent alors se joindre aux femmes pour réaliser nos objectifs", affirme-t-elle.

