BAMAKO, 17 août (IPS) – La mort de quatre tonnes de poissons à Koulikoro et d'une personne à Ségou, la semaine dernière, a poussé les populations à alerter les autorités sur l'impact de la pollution industrielle du fleuve Niger dans ces deux villes du Mali.
"C'est révoltant, la situation ce qui se passe actuellement à Koulikoro!", s'est exclamé à IPS, Aly Diarra, un habitant de Koulikoro, la deuxième ville administrative du Mali, située à 60 kilomètres à l'est de Bamako, la capitale. A Koulikoro, la mort massive des poissons, constatée le 19 juillet, est considérée comme une catastrophe. Une situation que la presse malienne a qualifiée "d'hécatombe".
Elle a pour origine la pollution industrielle, selon les services chargés de la protection de l'environnement, qui estiment les dommages à "plus de 8,5 millions de francs CFA (environ 16.000 dollars).
"Cette situation est loin de refléter la réalité et toute la portée des dégâts", s'indigne Diarra à IPS, montrant du doigt des poissons morts qui flottaient encore à la surface de l'eau du fleuve à Koulikoro.
A Koulikoro, la population est formelle : les usines Huicoma (Huilerie cotonnière malienne), qui fabriquent du savon, les Grands moulins – une fabrique de farine – et Omnium qui fabrique des piles, constituent "une grosse source, pour ne pas dire l'unique source de pollution de cette ville". Cette pollution menace "sérieusement l'environnement dans toutes ses composantes (air, eau et le sol)", selon Ami Keita Dicko, de l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Bènso' qui œuvre pour la défense et la protection de l'environnement. C'est la santé des populations qui est sérieusement menacée, explique-t-elle. Le directeur de l'Assainissement et du contrôle des nuisances de Koulikoro, Nouhoum Théra, renchérit : "Aujourd'hui, toutes les hypothèses s'accordent à révéler une réalité déjà connue; les usines polluent l'atmosphère à Koulikoro par les aérosols et les fumées. Elles sont les sources de la raréfaction du poisson dans l'eau". Ces usines constituent également un danger permanent à la fois pour les populations, les poissons et même les animaux domestiques, ajoute Théra à IPS. Dès l'entrée de la ville, le premier décor à Koulikoro, c'est la fumée que crachent les usines et qui recouvre le ciel. L'odeur nauséabonde du souffre empeste la ville, a constaté IPS. L'usine Huicoma utilise le souffre comme matière première.
Le directeur de l'usine Huicoma, Daouada Touré, réfute toutes les accusations portées contre son entreprise. "Nous sommes des Maliens comme les autres, il n'est pas question pour nous d'empoisonner nos compatriotes", s'est-il défendu à IPS. Le ministre malien de l'Environnement, Nankouma Keita, qui s'était rendu sur les lieux pour constater de visu les dégâts, n'a pas caché sa colère.
Il a qualifié la situation de Koulikoro de "révoltante".
De sources proches du ministre, la visite du bassin de lavage des usines de Koulikoro – le traitement des rejets liquides – l'a irrité et, dans sa colère, Keita a donné des instructions sévères aux responsables de ces usines. Mais ces instructions n'ont pas été révélées à la presse. En aval du fleuve Niger, à 170 km de navigation de Koulikoro, dans la ville de Ségou, une dizaine de personnes avait été empoisonnée dont une était morte, à la suite de la consommation des poissons du fleuve Niger. Les autres victimes empoisonnées ont eu la vie sauve grâce à l'intervention rapide des services de santé, selon des témoins. Le médecin-chef du centre de santé de Ségou, Amadou Haidara, a déclaré, à la télévision malienne, que "les empoisonnements sont dus à la consommation de poissons contaminés par des substances toxiques". L'une des victimes sauvées a reconnu avoir acheté du poisson sur la berge du fleuve. A Ségou, se trouvent également des unités industrielles importantes du pays, dont la Compagnie malienne de textile. La situation survenue dans ces deux localités a relancé le débat sur la pollution industrielle des villes et sur la problématique des sites industriels au Mali. L'opinion publique tente, par exemple, d'établir un lien avec le cas de Koulikoro où, à cause de la récente montée des eaux, "les poissons, contaminés par des déchets industriels, se seraient retrouvés à Ségou, entraînés par le courant d'eau…" Ségou est en aval de Koulikoro sur le fleuve. Mais ce n'est qu'une hypothèse qu'aucune source officielle n'a encore confirmée. "Hypothèse ou pas, la vie des populations, voire de notre écosystème, est menacée par le fait des unités industrielles", a souligné à IPS, Adama Traoré, de l'Association malienne de défense des consommateurs. "A Koulikoro, comme à Bamako et ailleurs, compte tenu de leur degré de toxicité, les usines ne doivent plus cohabiter avec les populations. L'Etat doit y veiller", a-t-il martelé. Traoré a ajouté : "Il faut que les responsabilités soient situées, et que les sanctions tombent à la hauteur du désastre". "Malheureusement, l'Etat ne joue pas son rôle. Et les agents de l'Etat, censés contrôler les actions de ces industriels, se révèlent, dans la plupart des cas, leurs complices dans ces actes", s'indigne Aly Coulibaly, un soldat à la retraite, qui ajoute à IPS : "Le pauvre n'a qu'à se confier à Dieu!" "Faux", rétorque Ibrahim Maiga, chargé de mission au ministère de l'Environnement. "C'est pour exprimer son indignation au nom de la République, que le ministre ne s'était pas contenté de compte-rendu. Il s'est, lui-même, rendu sur les lieux". Et, a-t-il ajouté, des concertations sont en cours avec les ministères du Commerce et de l'Industrie pour trouver les mesures qui s'imposent. Mais, pour l'instant, le gouvernement n'a annoncé aucune mesure à la suite de la catastrophe survenue sur le fleuve Niger à Koulikoro.

