ECONOMIE-AFRIQUE AUSTRALE: Les commerçants transfrontaliers ne sont plusde menus fretins

PRETORIA, 16 août (IPS) – Arrête-toi à n'importe quel poste frontière en Afrique australe et observe ceux qui le traversent : des femmes la tête et les bras chargés, des gens à vélos et des voitures transportant des tas de marchandises qui vacillent, des taxis mini-bus avec des toits remplis, des remorques qui se suivent.

Plusieurs de ces voitures transportent des vendeurs informels qui gagnent leur vie grâce au commerce transfrontalier. Sous-estimés par le passé, ils sont vus de plus en plus comme une source de développement et une source de réduction de la pauvreté : une partie de la solution, en d'autres termes, aux problèmes économiques de la région. Le commerce informel transfrontalier a été placé sous le feu de la rampe la semaine dernière à un atelier tenu à Pretoria, la capitale sud-africaine, par 'Action Aid' – une organisation internationale de charité. La réunion de trois jours a débuté le mercredi, 11 août.

Sally Peberdy, un délégué du Projet de migration de l'Afrique australe, basé à Johannesburg, qui observe des commerçants transfrontaliers pour la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) depuis plusieurs années, croit que ce secteur a besoin qu'on lui accorde plus d'attention.

"Malheureusement, les activités des gens engagés dans le commerce informel transfrontalier semble être négligées", fait-elle remarquer. Ceci bien que des initiatives politiques, nationales et régionales, en particulier, le Protocole du libre marché de la SADC, présentent le commerce régional comme un moyen important d'encourager la croissance – et réduire la pauvreté.

"On estime que 40 pour cent des 200 millions d'habitants de la SADC vivent dans la pauvreté. Ces chiffres sont alarmants…La croissance régionale en 2002 était de 3,2 pour cent, ce qui était inférieur au sept pour cent nécessaire pour diminuer de moitié la pauvreté en 2015", a indiqué Moono Mupotola, du programme de Partenariat de 'Action Aid' pour l'Afrique Australe.

Les Nations Unies ont fixé 2015 comme date à laquelle huit objectifs principaux connus sous le nom des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), seraient atteints. Parmi ces objectifs, figurent la réduction de moitié du nombre de personnes qui vivent avec moins d'un dollar par jour, la réduction de trois-quarts de la mortalité maternelle, et la garantie de l'éducation primaire pour tous. Les OMD ont fait l'objet d'un accord des Etats membres de l'ONU au sommet du millénium tenu, en 2000 à New York. La plupart des pauvres des régions d'Afrique australe vivent en campagne et sont hautement tributaires du secteur agricole pour leur survie. "Plus de 70 pour cent des habitants de l'Afrique australe dépendent de l'agriculture", a déclaré Rangarirai Machenedze de Seatini, une organisation – basée à Harare – qui mène une campagne pour un commerce mondial équitable.

Toutefois, la pauvreté est en train de gagner de plus en plus de terrain dans les grandes et les petites villes. Un certain nombre d'études ont prouvé que dans certaines régions frontalières, le petit commerce contribue à plus de 50 pour cent au commerce général dans la région. "Clairement alors, il est nécessaire que les préoccupations de la politique de ce secteur soit reconnues", a dit Helena McLeod, un expert en commerce basé en Afrique du Sud. Chris Landsberg, du Centre d'études politiques à Johannesburg, a indiqué que le fait, pour la SADC de ne pas prendre en compte les petits commerçants, provenait de sa concentration sur le développement des grandes industries dans les Etats membres qui, rendrait la région immédiatement attractive pour les investisseurs étrangers.

Il a également accusé la SADC d'être trop bureaucratique, et indifférente aux besoins des pauvres "Je ne pense pas que les pauvres aient une voix à la SADC", a observé Landsberg. "Ils acceptent à peine que la société civile recherche des voies pour réduire la pauvreté". Mais, John Mwaniki, de l'Organisation irlandaise pour le développement économique, estime que ceux qui se sentent écartés par la SADC, doivent prendre l'initiative de reformer l'organisation. Citant l'ancien secrétaire général de la SADC Simba Makoni, il a déclaré : "N'attends pas que la SADC t'invite. Prends contacte avec eux".

Landsberg a indiqué que le commerce informel transfrontalier est davantage sapé par des lois sur l'immigration, qui entravent la libre circulation des personnes : "L'Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie embauchent des travailleurs qualifiés de cette région, ils sont encore les seuls peu disposés à s'ouvrir et à autoriser la libre circulation des populations".

Les pauvres rencontrent des difficultés lorsqu'ils recherchent des prêts pour démarrer des affaires transfrontalières, les banques étant peu disposées à débloquer des fonds aux individus disposant de peu de garantie – s'il en y a parmi eux.

Selon Peberdy, le manque d'attention aux activités des commerçants transfrontaliers de la part des décideurs reflète, en partie, une insuffisance d'information sur leurs activités – et sur qui ils sont.

Personne ne sait exactement le nombre de commerçants informels qui traversent la frontière dans la région. Landsberg croit qu'ils contribuent pour une large part au commerce de la SADC. "Je considère que cela varie entre 30 et 40 pour cent…(mais) en fait, nous ne le savons pas".