DROITS: Le Kenya renvoie des enseignants qui abusent sexuellement de leursélèves

NAIROBI, 17 août (IPS) – A un an seulement du délai imparti aux pays africains pour parvenir à la parité de genre dans les écoles, des doutes commencent à planer sur la capacité du Kenya à respecter ce délai.

L'initiative de l'Education pour tous (EPT), dont le Kenya est signataire, a été adoptée en 2000 par des chefs d'Etat africains à Dakar, au Sénégal.

L'initiative vise à s'assurer que toutes les nations africaines parviennent à un nombre égal d'inscriptions entre garçons et filles aussi bien dans les écoles primaires que dans les écoles secondaires en 2005.

Cette semaine, 110 enseignants ont été licenciés et 447 suspendus pour abus sexuel sur leurs élèves au Kenya. Annonçant la nouvelle le 10 août, le vice-ministre de l'Education du Kenya, Beth Mugo, a dit que les enseignants impliqués dans des indisciplines sexuelles avec leurs élèves, ne seraient pas tolérés. "Nous avons là des milliers de professeurs qualifiés sans emploi. Nous n'épargnerons pas ceux qui, de manière éhontée, profitent de leurs élèves", a-t-elle déclaré aux journalistes dans la capitale du Kenya, Nairobi. Elle a indiqué que 57 cas "d'acte charnel et d'indiscipline immorale" sur des écolières ont été rapportés à travers ce pays de l'Afrique de l'est, cette année seulement. Les remarques de Mugo surviennent dans le sillage des rapports de presse de la semaine dernière sur un incident dans lequel un enseignant était pardonné dans le centre du Kenya parce qu'il n'y avait personne d'autre pour continuer ses cours de science. L'association locale des parents et des enseignants a estimé que le licenciement du professeur affecterait la performance de l'école. Une source proche de l'école, qui parlait à IPS sous couvert de l'anonymat, a dit que l'enseignant a "engrossé plusieurs filles". Et, selon le ministère de l'Education, le professeur avait déjà été suspendu.

Mais le Syndicat national des enseignants du Kenya a indiqué que le gouvernement n'a pas bien géré la question. "Il y a plus de 200.000 enseignants (au Kenya) et un ou deux incidents d'enseignants dévoyés ne devraient pas ternir cette profession. Ce que le gouvernement aurait dû faire, était d'enquêter sur ces quelques cas et de commencer à déceler les causes profondes et d'y apporter des solutions, et non de diaboliser toute la profession des enseignants. Cela envoie de fausses alertes au public et à la communauté internationale", a déclaré Francis Ng'ang'a, secrétaire général du syndicat national des enseignants du Kenya. "Nous exigeons des enquêtes sur cette affaire. S'il y a des coupables, alors, une sanction disciplinaire pourrait être prise à l'encontre de tels enseignants", a-t-il indiqué à IPS. Mais certaines organisations se sont jointes au gouvernement. "Nous apportons notre soutien total à l'action du gouvernement qui vise à suspendre les enseignants qui ont abusé sexuellement des enfants.

Toutefois, l'interdiction ne suffit pas. Ces professeurs devraient être poursuivis", a dit Heimo Laakkonen, le représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) au Kenya.

La section du Kenya du Forum pour les femmes éducatrices africaines (FAWE-Kenya), qui est un défenseur des droits de fillettes, déclare que la législation kényane ne prévoit pas de mesures suffisamment punitives contre des enseignants dévoyés.

Le règlement sur le statut des enseignants du Kenya stipule que les enseignants ne devraient pas s'impliquer dans un quelconque harcèlement sexuel de filles ou de garçons. S'ils le font, ils risquent d'être suspendus. "Cela n'est pas assez sévère. Une mesure plus coriace devrait être prise pour dissuader d'autres délinquants éventuels", a fait observer Eliud Kinuthia, de FAWE-Kenya.

De telles mesures pourraient inclure l'instauration d'une peine de prison pour tout enseignant surpris en train d'agresser sexuellement les élèves, a-t-il dit. "Ceci est une sérieuse infraction, étant donné les conséquences subies, notamment chez les fillettes. Il est urgent, pour les responsables préoccupés, de revoir la politique autour de cette question et d'y trouvent des sanctions plus vigoureuses. Cela peut être une suspension et des années de prison", a déclaré à IPS Kinuthia dans un entretien le 13 août.

Selon des statistiques de 2004 dressées par FAWE-Kenya, 6,6 pour cent de filles, qui entrent en première classe du secondaire, se retirent en deuxième classe". Encore une fois, la grossesse est le plus grand indice de la cause de cet abandon", a dit Kinuthia. Dans une interview à IPS en juin, Penina Mlama, la directrice exécutive de FAWE a déclaré qu'entre 2.000 et 3.000 filles abandonnent l'école en Afrique chaque année à cause d'une grossesse.

Les militants estiment que la clé qui permet d'assurer un taux égal d'inscription à l'école entre les filles et les garçons est d'instituer une politique qui autorise les filles enceintes à retourner à l'école après la naissance du bébé.

Le Kenya a une telle politique. Sa Politique de mai 2004 pour le secteur de l'éducation stipule : "Le gouvernement renforcera la réinsertion des filles-mères qui ont fini de sevrer leurs bébés et ensemble avec d'autres responsables, sensibilisera la communauté sur les pratiques socioculturelles négatives qui réduisent la participation effective des enfants à l'éducation".

Mais cette politique n'est pas encore transmise officiellement aux chefs d'établissement, pour les contraindre à reprendre les filles-mères.

"Une déclaration doit aller vers tous ceux qui ont l'autorité, y compris les chefs traditionnels, les responsables d'éducation du district et les chefs d'établissement pour s'assurer que les filles-mères ont été intégrées dans des écoles. Un suivi doit être alors accompli pour s'assurer que chacun a adhéré à l'arrêté", a expliqué Kinuthia. "Alors seulement, le fossé de genre dans l'éducation sera comblé".

Le taux d'inscription des jeunes filles au Kenya en 2004 dans les écoles primaires, se maintient à 48,6 pour cent comparé aux 51,4 pour cent de garçons, selon le ministère de l'Education, alors que le chiffre des inscriptions en 2002 dans les cours secondaires (classes 1-4) était de 447.203 pour les garçons et 400.084 pour les filles.