FREETOWN, 13 août (IPS) – Evoquez l'expression "exploitation minière" dans le contexte de la Sierra Leone, et vous pensez immédiatement au commerce ruineux du pays sur des diamants de guerre. Toutefois, l'exploitation minière d'un autre minerai le rutile – constitue également la source d'une certaine controverse dans cet Etat ouest-africain.
Récemment, le secteur du rutile a reçu un coup de fouet lorsque l'Union européenne (UE) a accordé 31 millions de dollars pour financer la reprise de l'exploitation dans le sud de la Sierra Leone par la compagnie 'Sierra Rutile'. "C'est une assistance majeure accordée par les bailleurs à notre économie fragile", a souligné le ministre des Ressources minières, Mohamed Swarray Deen.
En mars 2003, une compagnie étrangère d'investissement privé, une agence de développement du gouvernement des Etats-Unis, avait fourni 25 millions de dollars pour financer la Sierra Rutile : un consortium d'intérêts américains et européens qui était créé en 1979 dans le district de Bonthe riche en rutile.
Au cours de janvier 1995, au moment où la guerre civile battait son plein à propos du contrôle des ressources du diamant, les mines de Bonthe étaient attaquées par des forces rebelles et leurs équipements saccagés. Sierra Rutile a cessé sa production, et se prépare seulement maintenant à reprendre les opérations.
Avant le conflit, les exportations de rutile étaient la principale source de recette du gouvernement, engrangeant 75 millions de dollars de revenu en 1990 seule. "Sierra Rutile a fourni plus de 50 pour cent de recette au gouvernement, et un emploi à plus de 1.000 Sierra Léonais", a déclaré Deen. "(C'était) le plus gros secteur privé pourvoyeur d'emplois".
Le directeur des questions d'entreprise de la compagnie, John Sesay, indique que les machines existantes dans les mines de rutile sont actuellement en réparation, et un nouvel équipement importé. La production est prévue pour recommencer dans six mois. "Le capital total nécessaire à la compagnie pour une reprise effective des opérations est dans l'ordre de 64 millions de dollars, et nous nous efforçons pour atteindre cet objectif", a-t-il souligné.
Mais, pendant que le gouvernement se bat pour que l'exploitation de la mine de rutile reprenne, certains activistes de l'environnement ne partagent pas le même enthousiasme. C'est le cas de Leslie Nestor Mboka, qui combat aux côtés du Groupe populaire des Indigènes préoccupés de Bonthe, pour empêcher la mine de rouvrir. "Nous nous opposons à la reprise des opérations par la compagnie Sierra Rutile dans le district de Bonthe. La dernière fois qu'ils étaient là, ils ont détruit des terres arables cultivables et nous ont laissé rien que des lacs et des marres", affirme Mboka, faisant remarquer que la terre gâchée par des opérations d'exploitations minières, était supposée avoir été défrichée, en fonction des règlements du gouvernement.
"Ils affirment être en train d'aider la communauté, mais ils laissent notre peuple pire qu'il était avant l'arrivée de l'entreprise dans la communauté". Mboka ajoute : "Le Groupe populaire des Indigènes préoccupés n'arrêtera pas notre campagne car nous ne croyons pas que la compagnie nous offrira quelque chose de bon en ce moment. Notre peuple est un peuple de cultivateurs traditionnels et, par conséquent, nous ne pouvons pas nous asseoir les bras croisés et les voir devenir malheureux". Sesay dément que Sierra Rutile se conduise de façon irresponsable – ou qu'elle va ignorer ses obligations environnementales maintenant. "Une fois que les opérations débuteront, nous adhérerons strictement aux règlements mondiaux de l'environnement…Nous ferons de notre mieux pour mettre en valeur ce que nous utilisons", a-t-il dit à IPS.
Sesay a indiqué également que la priorité sera accordée aux ressortissants du village en fonction des opportunités d'emplois, notamment du côté des travailleurs non qualifiés (beaucoup de gens qui vivent dans le voisinage de la mine sont analphabètes). "C'est leur seul espoir pour un rajeunissement économique et un emploi durable dans le district de Bonthe", déclare-t-il.
Le rutile est utilisé essentiellement pour la pigmentation de la peinture et le revêtement de la tige de soudure. La Sierra Leone possède l'un des plus grands gisements du minerai – et également l'une des meilleures qualités de rutile.
Deen dit que le nouveau contrat entre la compagnie et le gouvernement prévoit une évaluation et une réhabilitation obligatoires de l'impact sur l'environnement.
"La compagnie doit défricher les terres d'où la mine est déjà extraite et réhabiliter la communauté. Si elle ne le fait pas, nous allons alors louer des entrepreneurs privés pour le faire sur le compte de la compagnie", a-t-il observé.
Néanmoins, le Groupe populaire des Indigènes préoccupés est en train de mettre la pression, écrivant des articles pour les journaux dans lesquels il critique Sierra Rutile, et incitant les autorités à suspendre le contrat d'exploitation de la mine. Dans un pays désespérément pauvre où le chômage est une tentation au crime, le gouvernement s'accroche à ses armes, malgré tout. Environ 57 pour cent des Sierra Léonais vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour, selon le Rapport de 2004 sur le développement humain élaboré par le Programme des Nations Unies pour le développement.
"Nous sommes satisfaits du contrat sur le rutile, et nous encourageons d'autres investisseurs à venir nous aider à réorganiser notre économie en péril", déclare Deen.

