POLITIQUE-SOUDAN: Un ''objectif précis d'extermination'' dans le Darfour

NAIROBI, 12 août (IPS) – La situation politique et humanitaire dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, était encore sous les projecteurs, mardi (10 août), grâce à la visite, dans le Sud-Soudan et au Tchad, de William Frist, chef de la majorité au Sénat américain.

"Ce qui se passe là (au Darfour) est un génocide. Je ne suis pas d'accord avec la déclaration de l'UE (Union européenne) qui disait hier (lundi, 9 août) qu'il ne s'agit pas de génocide. La communauté internationale ne doit pas tourner dos à cette crise", a déclaré le sénateur républicain de l'Etat du Tennessee, aux journalistes, à une conférence de presse dans la capitale du Kenya, Nairobi.

Une campagne de terreur dans le Darfour par les milices arabes qui sont, seraient soutenus par le gouvernement, a déplacé 1,2 million de personnes parmi lesquelles environ 200.000 ont fui vers le Tchad voisin.

La crise a commencé l'année dernière quand les rebelles de l'Armée de libération du Soudan et du Mouvement de la justice et de l'égalité ont pris des armes pour protester contre la négligence présumée du Darfour par les autorités. Khartoum est accusé de fournir de l'aide aux paramilitaires arabes, connus sous le nom Janjaweed (cavaliers) – qui sont impliqués dans des meurtres, viols et enlèvements. Ils sont également accusés d'incendier des maisons, de voler le bétail et de détruire des récoltes qui appartenaient aux trois tribus qu'ils soupçonnaient de soutenir les rebelles.

Certains gouvernements ont été prudents par rapport à l'usage du terme "génocide" pour décrire les événements du Darfour. Car une telle acceptation les obligerait à prendre des mesures préventives dans la région.

Mais Frist, qui a visité des camps de réfugiés au Tchad et interrogé des résidents du Darfour, a indiqué que leurs témoignages fournissaient une preuve suffisante que le génocide est en marche dans l'ouest du Soudan.

"Les Etats-Unis et l'ONU (les Nations Unies) ont des gens sur le terrain qui ont interrogé les réfugiés et ont rapporté ces événements. En outre, pour moi-même comme quelqu'un ayant été sur le terrain et informé de ce qui se passe, il y a une nette intention d'extermination des civils", a-t-il souligné.

Ces déclarations sont intervenues après la résolution du mois dernier, prise par le Congrès américain, indiquant que le génocide est en train de s'installer dans le Darfour. Cependant, l'administration Bush dément qu'il y ait de preuve de génocide.

Le 30 juillet, l'ONU a pris une résolution pour imposer des sanctions contre le Soudan vers la fin d'août s'il n'arrive pas à désarmer les Janjaweed, (Khartoum a démenti toute collaboration avec les Janjaweed).

S'exprimant mardi, Frist s'est montré sceptique par rapport à un quelconque effet des sanctions sur Khartoum. Le déploiement des troupes étrangères pour rétablir la sécurité au Darfour a été également débattu – bien que les autorités soudanaises et la Ligue arabe aient rejeté cette proposition. Les ministres membres de cette organisation, qui se sont réunis dans la capitale égyptienne, Le Caire dimanche, pour débattre de la crise du Darfour, ont déclaré qu'un pareil déploiement aurait un impact négatif sur le peuple soudanais – et empirait la situation dans le Darfour.

Khartoum a été plus souple aux tentatives de l'Union africaine (UA) d'envoyer 2.000 soldats dans la région pour protéger les observateurs qui surveillent un cessez-le-feu signé en avril 2004 entre le gouvernement et les rebelles.

Le mois dernier, l'UA a échoué dans sa tentative d'amener les deux parties à la table de négociation pour mettre fin à la rébellion. Les rebelles ont demandé qu'on démobilise d'abord les Janjaweed, et que les auteurs des crimes contre l'humanité soient poursuivis.

L'UA a toutefois annoncé lundi que les deux parties se sont entendues depuis pour avoir des pourparlers au Nigeria le 23 août.

Les développements au Darfour ont sapé l'optimisme né des efforts déployés pour régler un autre conflit au Soudan, dans le sud du pays.

Depuis 2002, l'Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA) est en pourparlers avec Khartoum au Kenya afin de mettre fin à 20 ans de guerre civile – Ceci sous les hospices de l'Autorité intergouvernementale de développement. Environ 2 millions de personnes sont mortes et plus 4 millions sont déplacées par le conflit qui oppose les autorités islamiques aux rebelles chrétiens et animistes.

Les négociateurs au Kenya ont déjà obtenu des accords sur les questions principales, y compris le partage des revenus du pétrole de la partie du sud du Soudan, la création d'une armée commune et la formation d'un gouvernement d'unité nationale. Un cessez-le-feu final et complet devrait être signé le mois prochain. Toutefois, les discussions sur l'accord piétinent.

"Nous divergeons sur de petits détails par rapport à la question, mais nous espérons que ce sera réglé bientôt", a dit le porte-parole du SPLA, Samson Kwaje, à IPS mardi.

Néanmoins, Frist émet une note de garantie. "Un accord global des pourparlers de paix entre le nord et le sud mettra fin à la guerre au Soudan. Mais, je sens que maintenant, les choses évoluent plus lentement que quiconque parmi nous ne l'aurait voulu", a-t-il déclaré.

"Nous encourageons les deux parties à trouver un accord aussi hardi que possible", a ajouté Frist.