JOHANNESBURG, 6 août (IPS) – Lorsque deux reporters et un avocat ont voyagé au Zimbabwe récemment, pour une mission d'information, ils ont trouvé que c'était l'un des voyages les plus ardus.
La délégation – venue du Botswana, du Mozambique et de Zambie – a été envoyée par l'Institut des médias d'Afrique Australe (MISA), avec l'appui du Projet de médias d'Afrique Australe d'une fondation allemande : la Friedrich Ebert Stiftung. (Le MISA est une organisation non-gouvernementale basée dans la capitale namibie, Windhoek). Le but de cette équipe était d'examiner de première main l'état de la liberté de presse au Zimbabwe dans la marche vers les élections législatives programmées pour mars 2005 "Nous l'avons effectué dans une condition très difficile et dans un environnement hostile", a déclaré Fernando Goncalves, éditeur du journal Savanah au Mozambique. Il s'adressait aux journalistes au lancement d'un rapport de 22 pages sur les conclusions du groupe, 'Mission d'information au Zimbabwe : juin 2004'. L'évènement s'est déroulé dans le centre commercial sud-africain de Johannesburg, le mercredi 4 août. Au lendemain de l'arrivée de l'équipe, les médias d'Etat étaient invités pour la fermeture du bureau local du MISA, a indiqué Goncalves.
Sa collègue, Pamela Dube, éditrice du journal Mokgosi au Botswana, a utilisé le mot "chaos" pour décrire l'état de la presse au Zimbabwe. Elle a dit aux reporters que les nouveaux débouchés sont polarisés suivant les lignes politiques.
"La bataille des lignes n'est plus sur le terrain des opposants politiques – la presse est le champ de bataille…Dans la lutte pour la domination d'un côté et pour la survie de l'autre, l'éthique journalistique est en train d'être compromise", a-t-elle observé.
Goncalves a ajouté : "L'environnement politique au Zimbabwe est extrêmement explosif et polarisé. Les deux principaux partis politiques (la ZANU-PF au pouvoir et le Mouvement pour le changement démocratique, de l'opposition) chacun voit sa survie et sa domination possibles seulement par l'élimination de l'autre. Cela engendre la violence". Le rapport du MISA accuse les médias contrôlés par l'Etat de publier des messages d'incitation à la haine contre des opposants politiques.
"La violence semble être encouragée par les messages de haine qui sont diffusés par les médias d'Etat, particulièrement la Radiodiffusion du Zimbabwe (ZBC) et le principal quotidien du pays, The Herald", indique-t-il. Selon le MISA, les médias d'Etat mentionnent à peine les activités menées par l'opposition. Quand ils le font, les reportages sont invariablement remplis de termes péjoratifs qui décrivent les leaders d'opposition et leurs supporters comme des antipatriotiques, des éléments subversifs qui cherchent à pousser à la violence et à renverser le gouvernement.
L'un des exemples cités était la couverture réservée à l'archevêque catholique de la deuxième plus grande ville du Zimbabwe, Bulawayo, Pius Ncube. L'ecclésiastique a été l'objet d'une campagne de diffamation et ridiculisé à cause de ses opinions sur la violence au Zimbabwe.
"La violence et l'intimidation sont étendues aux journalistes et aux avocats. Les journalistes indépendants ne sont pas autorisés à couvrir certains évènements, tandis que les avocats rencontrent de plus en plus de difficulté à accéder à leurs clients arrêtés pour des accusations politiques montées de toutes pièces", note le rapport.
Selon le MISA, le Zimbabwe a enregistré 102 attaques contre les médias en 2003 – le nombre le plus élevé dans la Communauté de développement de l'Afrique Australe (SADC). Cela concerne également les agressions, les emprisonnements et les menaces légales.
L'organisation estime que cela a provoqué un sentiment d'incertitude parmi les reporters – nombre d'entre eux perdu également confiance les uns envers les autres. Les journalistes se sentent limités, et trouvent difficile de tenir le gouvernement pour responsable.
Le rapport du MISA note que les reporters, de la presse gouvernementale en particulier, sont tombés dans l'habitude de supporter les autorités et la ZANU-PF sans poser de question, et prennent souvent des positions sur des factions au sein du parti au pouvoir. Par ailleurs, le MISA déplore la fermeture de l'unique quotidien privé du Zimbabwe, 'The Daily News', l'année dernière. Parmi d'autres choses, des groupes indépendants chargés de l'éducation électorale sont privés du forum où ils peuvent placer des annonces pour encourager les Zimbabwéens à s'inscrire.
La fermeture est survenue sous la loi draconienne sur la presse du Zimbabwe – la Loi sur l'accès à l'information et sur la protection de la vie privée.
Basildon Peta, un journaliste zimbabwéen basé en Afrique du Sud, a déclaré aux reporters à la réception du 4 août que "le Zimbabwe, qui va loin dans le durcissement de ses lois sur la presse, a sombré dans un totalitarisme comparable seulement à la Birmanie (Myanmar)".
Le gouvernement serait en train d'envisager d'acquérir un équipement destiné à la surveillance des communications par Internet.
En l'absence de toute radio ou de station de télévision privée, Internet se présente comme la seule source d'information populaire pour les Zimbabwéens. Il sert également de précieux moyen de communication pour bon nombre des 3,5 millions de citoyens qui ont fui le pays pour des raisons politiques ou économiques.
Les électeurs des campagnes qui dépendent des radios ont été particulièrement et durement frappés par l'absence des médias audiovisuels indépendants, déclare Goncalves : "Les gens dans des zones rurales ont tellement peur d'écouter une radio en onde courte à cause des conséquences.
Ils écoutent en cachette ou à l'intérieur des maisons – pas en public – à cause de la peur".
Selon le MISA, "les radios en onde courte ne sont pas autorisées dans le pays par les dirigeants zimbabwéens. Ceci pour empêcher largement la population d'écouter une station de radio basée à Londres, dirigée par des Zimbabwéens, SW Radio Africa – et une autre qui émet du Zimbabwe : la Voix du Peuple".

