SANTE-AFRIQUE AUSTRALE: Rôle de la marijuana dans le traitement du SIDA

MBABANE, 5 août (IPS) – Les partisans des nouveaux traitements médicaux pour les personnes vivant avec le VIH et le SIDA sont en train de mettre en commun des études scientifiques et des témoignages anecdotiques pour plaider en faveur de l'usage de la mauvaise herbe illégale 'dagga' (marijuana) cultivée localement pour venir en aide à ceux qui ont contracté le virus ou développé le SIDA.

Actuellement, il est illégal de cultiver, transporter et de posséder la dagga dans les 14 Etats membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC). Les pays sont également signataires des différents accords internationaux qui les engagent à éradiquer cette plante toxique. Au Swaziland, où 70 pour cent des paysans dans la région septentrionale de Hhohho, cultivent la marijuana, la police locale applique vigoureusement ces accords, travaillant en collaboration avec la police sud-africaine à détruire les cultures où elles sont plantées dans les montagnes. La dagga est brûlée dans un gigantesque feu contrôlé sous l'observation des médias.

Tout effort pour légaliser la dagga pour usage médical en Swaziland et partout ailleurs en Afrique australe serait controversé, parce qu'une telle mesure susciterait l'espoir des gens qui se procurent de la drogue pour un usage récréatif.

Les chercheurs en médecine ne demandent pas la légalisation de la dagga pour un usage récréatif. Mais ils soulignent que ce qu'ils disent qui est d'établir l'évidence que la drogue a un rôle à jouer dans la préservation des vies.

Quelques-uns des arguments ont été introduits dans "SIDA Afrique : Continent en Crise", publié par le Bureau de diffusion et d'information sur le VIH et le SIDA en Afrique australe (SAFAIDS) basé au Zimbabwe.

L'auteur Helen Jackson a écrit : "La plupart des drogues prises par occasion sont illégale. La marijuana a besoin d'une considération particulière. Même si l'usage excessif de la drogue (par les personnes vivant avec le VIH et le SIDA) devrait être évité, la marijuana aide à la détente, agit comme un anti-convulsant, réduit la nausée et procure un air de bien-être. Elle stimule l'appétit et fait donc gagner du poids".

La perte de poids est un danger crucial pour les personnes vivant avec le VIH et le SIDA. La maladie leur donne la nausée, et les médicaments anti-rétroviraux (ARV) peuvent ôter aux gens leur appétit, juste au moment où ils ont besoin de manger pour permettre aux médicaments de faire leur travail, et pour maintenir leur poids.

Jackson a noté que dans certains pays, comme les Pays-Bas, le Canada, et dans les Etats américains de Californie et de l'Arizona, la dagga est prescrite légalement pour les malades du cancer et du SIDA, et les personnes en fin de traitement. "C'est très indiqué pour ce but", écrit-il.

Le rapport a fourni ce témoignage d'un homme séropositif : "Lorsque j'étais jeune enfant vivant en Afrique du Sud, j'étais régulièrement averti des dangers que représentait la consommation de la drogue. Si je fumais une fois, je ne pouvais plus reculer, j'étais condamné. C'était avant que le SIDA n'arrive dans ma réalité.

"Ce n'est que lorsque j'ai commencé à prendre une grande quantité de drogue toxique pour soigner le VIH/SIDA que j'ai découvert les avantages surprenants de ce composé d'herbes providentiel. Je ne le recommande pas pour une consommation générale; je le recommande pour ses qualités médicinales.

"Avez-vous subi la chimiothérapie une fois? Des vomissements pendant des jours et des jours? Des nuits blanches pendant des semaines d'affilée?.

Incapable de manger pendant deux ou trois semaines par crainte de perdre votre nourriture quelques minutes après l'avoir consommée?. La recherche menée et financée par l'Etat du Nouveau Mexique a conclu que la marijuana était non seulement efficace comme un médicament anti-nausée, mais était de loin supérieure au meilleur médicament conventionnel disponible, le Compazine. Une étude menée sur 169 malades, tous affectés par la nausée et le vomissement, a conclu que 90 pour cent des participants signalent un soulagement significatif des symptômes, sans effets secondaires majeurs".

Le professeur Lester Grinspoon de Harvard a déclaré, dans son commentaire publié dans le journal de l'Association médicale américaine : "L'un des plus grands avantages médicinaux de la marijuana est sa remarquable sécurité. Elle a un effet mineur dans les grandes fonctions physiologiques.

Aucun décès par surdose n'a encore été connu. La marijuana est également de loin la drogue qui crée moins de dépendance et de loin moins sujette à l'abus que beaucoup d'autres drogues utilisées dans le monde comme relaxants pour les muscles, et comme hypnotiques et analgésiques".

Jackson écrit : "La caféine, la nicotine, l'alcool, la marijuana, la cocaïne et l'héroïne sont les six drogues qui créent plus une dépendance parmi les drogues en usage dans le monde; cependant, des six drogues, la marijuana est considérée comme la drogue qui crée moins de dépendance".

Le juge Francis L. Young, un consultant cité à travers l'Agence américaine d'imposition de la drogue, a conclu, après deux ans d'audition sur le statut légal de la marijuana, que 'La marijuana, dans sa forme naturelle, est l'une des substances thérapeutiques actives les plus sécurisantes connues pour l'homme".

Hannie Dlamini, la première personne porteuse de VIH ayant publiquement dévoilé sa condition médicale au Swaziland, dirige maintenant le bureau de conseil, l'Organisation du soutien pour le SIDA au Swaziland (SASO), et est d'accord pour que l'usage soit abondant si la culture locale de la marijuana devrait être un moyen pour des personnes fragiles vivant avec le VIH et le SIDA.

"Il y a un médicament synthétique appelé Marinol qui a perdu tous ses éléments psychoactifs, alors il peut être prescrit par les médecins, mais il n'est pas disponible ici, et là où il est disponible, il coûte cher. Nous avons beaucoup de plantes de dagga poussant à l'état sauvage dans les montagnes.

Les gens peuvent être aidés en l'utilisant. Nous devrons être pratiques au sujet de la dépénalisation", a indiqué Dlamini.

Un autre activiste anti-SIDA a dit à IPS : "Les lois sont tout le temps déformées en cas d'urgence de SIDA. Des personnes sans scrupule avec de faux remèdes les vendent aux gens désespérés, et les ministères de la Santé se taisent. Avec la dagga, nous avons une thérapie prouvée. Les gens vont l'utiliser pour retrouver leur appétit – et la nourriture est indispensable pour que le système ARV fonctionne".

Ceci est une exigence que les agents chargés de l'application des lois dans la Communauté de développement de l'Afrique australe, qui a le taux plus élevé de prévalence de VIH/SIDA en Afrique, ne toléreraient pas.