NAIROBI, 9 août (IPS) – Pendant que le ballet diplomatique se poursuit autour des développements dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, de fortes pluies compliquent les efforts entrepris pour réduire la crise humanitaire qui y sévit.
"Les routes en mauvais état, ajoutées aux fortes pluies, ne permettent pas aux travailleurs humanitaires d'atteindre facilement les IDP (les personnes déplacées à l'intérieur)", a déclaré à IPS, Ben Parker, un porte-parole des Nations Unies au Soudan. En conséquence, a-t-il ajouté, le Programme alimentaire mondial de l'ONU avait recouru au parachutage dans les régions inaccessibles. Cependant, le défi de ravitailler en eau potable les personnes déplacées demeure, de même que le risque du choléra et de la diarrhée qui se déclarent parmi ceux qui n'ont pas de réserves. Parker, qui est basé au complexe des Nations Unies dans la capitale du Kenya à Nairobi, et qui a visité le Darfour le mois dernier, indique que les opérations ont été sapées par le manque de secours.
Parker a fait remarquer, par ailleurs, que des meurtres et cas de viol commis par des miliciens arabes janjaweed du Darfour continuaient d'être enregistrés en dépit des promesses soudanaises de se conformer aux résolutions de l'ONU exigeant que le gouvernement sévisse contre les forces paramilitaires. (Le terme "janjaweed" signifie "des cavaliers").
"Nous avons reçu de nouveaux rapports de femmes violées et d'autres battues au moment où elles allaient chercher du bois de chauffage. Nous espérons toutefois que les actes de torture cesseront avec l'imposition de la résolution (et) nous espérons que cela sera pris au sérieux par le gouvernement", a-t-il dit. La résolution du 30 juillet permet autorise des sanctions et d'autres mesures contre Khartoum s'il n'impose pas un contrôle sur les milices dans un délai de 30 jours. Le gouvernement est accusé de soutenir les janjaweed dans une campagne de terreur contre trois groupes ethniques au Darfour : les Fur, les Masaalit et les Zaghawa.
Ces groupes sont soupçonnés de fournir de l'aide à deux mouvements rebelles, le Mouvement/Armée de libération du Soudan, et le Mouvement de la justice et de l'égalité, qui ont commencé à lancer des attaques l'année dernière. Les mouvements prétendaient que le gouvernement avait négligé le développement du Darfour.
Selon les agences humanitaires, plus de 30.000 personnes ont été tuées dans la violence depuis 2003, et 1,2 million de déplacées. Environ 180.000 de ces personnes ont fui vers le Tchad voisin. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avait déjà laissé planer la possibilité d'une intervention militaire étrangère au Soudan pour assurer que la crise du Darfour ne dégénérera pas en un massacre du style rwandais.
La France a déjà stationné quelques troupes le long de la frontière avec le Tchad pour empêcher des incursions menées par des janjaweed. Karthoum a toutefois rejeté la possibilité d'un déploiement étranger : le 29 juillet, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mustafa Osman Ismail, a dit que toutes forces militaires étrangères seraient considérées comme des agresseurs. Le Soudan semble prendre une légère distance vis-à-vis de la proposition de l'Union africaine d'envoyer une force d'intervention de 2.000 hommes au Darfour pour protéger les observateurs – et intervenir pour prévenir d'autres conflits ultérieurs. "Le conflit du Darfour est une affaire soudanaise et africaine également.
On n'a pas besoin de forces militaires étrangères. Nous avons soutenu l'intervention de l'Union africaine parce que le conflit a des implications directes sur les nations africaines de la région", a déclaré à IPS, Neimat Bilal, porte-parole de l'ambassade du Soudan à Nairobi, le mois dernier (30 juillet). Annan a indiqué mercredi dernier que l'ONU allait envoyer une équipe à Addis Abeba, où siège l'UA, afin d'aider l'organisme africain à constituer sa force de maintien de la paix.
Les autorités soudanaises ont estimé qu'un mois n'était pas suffisant pour mettre en œuvre les exigences de la résolution de l'ONU. Cependant, Jamal al-Hueres, chef de la police du nord de l'Etat du Darfour, a dit au 'Media centre' du Soudan, une agence de presse gouvernementale, mardi dernier, que la tache de désarmement des janjaweed commencerait la semaine prochaine. Selon Bilal, le gouvernement a déjà déployé ses forces dans le Darfour.
"Nous faisons de notre mieux pour donner satisfaction par rapport à la résolution. Déjà, nous avons déployé 5.000 policiers au Darfour. Et le nombre va s'accroître dans les jours à venir", a-t-elle indiqué jeudi dernier.

