POLITIQUE-LIBERIA: Maintenir l'ordre dans la police

MONROVIA, 4 août (IPS) – Depuis le démarrage d'un programme de désarmement des Nations Unies au Libéria, en décembre 2003, le difficile et pénible processus de réintégration des troupes rebelles du pays dans la société ne cesse d'attirer beaucoup d'attention.

Une autre – et également importante – opération est aussi en cours, cependant : la réforme de la police libérienne qui est décriée pour ses innombrables violations des droits de l'Homme durant la guerre civile du pays. Quatorze ans d'intermittents combats dans cet Etat ouest-africain ont créé une situation où la force de police est devenue un outil privilégié d'intérêts politiques.

"Lorsque (les gens) demandent d'être servis, ils sont souvent maltraités.

Lorsqu'ils demandent de l'aide, ils sont frappés. Plutôt que d'être les protecteurs de la population, les policiers deviennent des agents au service d'un Etat policier", déclare Jacques Klein, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, au Libéria. Avec des élections programmées pour octobre de l'année prochaine, l'ONU a commencé à bâtir une force de police qui "incarnera des valeurs démocratiques, le respect pour des droits humains (et une) approche non partisane dans ses tâches", a dit Mark Kroecker, commissaire de police pour la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL).

"Nous sommes ici pour bâtir une police que nous laisserons entre les mains du people libérien. Il y a un an, l'Etat de droit était désintégré au Libéria, mais la MINUL est en train de bâtir, développer et reformer la police libérienne".

Le commentaire de Kroecker se réfère au fait que vers juillet 2003, les forces rebelles avaient avancé vers les périphéries de la capitale Monrovia, et se sont battues pour le contrôle de la ville. Leur avancée a contraint l'ancien président Charles Taylor à céder le pouvoir à son vice-président, Moses Blah, et à quitter le Libéria pour s'exiler au Nigeria. La MINUL compte environ 1.070 agents internationaux de police au Libéria, qui ont été déployés sur 26 sites dans Monrovia – et 23 emplacements hors de la capitale. Leur responsabilité est de conseiller, de surveiller et de bâtir la capacité de la police libérienne – avec laquelle la MINUL mène également des patrouilles communes.

L'espoir des responsables onusiens est de former plus de 2.000 agents de police avant les prochaines échéances électorales. A ce jour, 646 personnes ont reçu des diplômes leur permettant de servir en tant qu'officiers intérimaires.

Un contingent de 150 comprenant d'anciens policiers et de nouvelles recrues se trouve également dans le processus et reçoit une instruction sur le maintien d'ordre général, la prévention contre le crime, le contrôle des émeutes et sur des tactiques essentielles de défense. Après trois mois, ils seront déployés sur les différents sites où ils opèreront sous la supervision d'experts internationaux de police (instructeurs venus de 36 pays différents participant à ce processus). La police et les recrues sont ensuite programmés pour retourner en classe pour un dernier mois d'instruction.

Par ailleurs, la MINUL a entrepris une campagne de recrutement pour la police à travers tout le pays, et mène des enquêtes dans les régions d'origine de chaque candidat pour s'assurer qu'ils remplissent effectivement les critères de recrutement pour intégrer ce corps. Ces conditions exigent d'avoir un haut niveau d'instruction scolaire et d'être libre vis-à-vis de toute association pratiquant la corruption ou la violation des droits humains.

Cette force de police élargie reflétera également une large représentation des 16 groupes ethniques du Libéria, et ils recevront de nouveaux uniformes.

Les efforts de l'ONU concernant la police libérienne font partie des engagements pris lors de la signature des accords de paix entre le gouvernement et les rebelles en août 2003. En plus de mettre sur pied un gouvernement de transition et de partage de pouvoir, l'accord donne le pouvoir aux Nations Unies de restructurer le corps de sécurité au Libéria.

La réforme de la police apparaît comme un soulagement pour plusieurs dans le pays.

"La police libérienne s'est toujours montré brutale sous les régimes successifs et a besoin de se bâtir une image", a déclaré Henry Jones, un étudiant d'université.

L'ancien chef de la police, Brownie Samukai, croit qu'une absence de réforme de la police avait également contribué à la reprise de la guerre civile après les élections présidentielles et législatives de 1997. Il affirme que la MINUL a élaboré un programme pour s'assurer que la police libérienne "sera crédible, respectée et répondra aux besoins et aux aspirations des communautés". Certaines voix s'élèvent toutefois contre la durée de la formation donnée aux nouvelles recrues dans la police – indiquant qu'elle devrait être plus longue.

Kroecker n'a pas révélé le coût du processus de restructuration de la police, financé grâce aux dons promis par des bailleurs en février au cours d'une rencontre internationale sur la reconstruction du Libéria.

Quel que soit le montant de l'argent dépensé, il ne sera jamais assez pour couvrir efficacement tous les coûts. Clarence Massaquoi, directeur de la police libérienne, a déclaré à IPS, le vendredi 30 juillet, que la police continuait d'être handicapée par des problèmes logistiques. Massaquoi a appelé le gouvernement pour qu'il place, dans les priorités, les besoins de la police nationale plutôt que de compter simplement sur la communauté internationale pour une assistance. Les policiers ne disposent actuellement que de trois véhicules patrol. De plus, ils travaillent sans torches, ni bâtons et autres équipements nécessaires.

Kroecker, un policier américain retraité de Los Angeles, a servi en qualité d'officier de la police des Nations Unies en Amérique du sud et du centre.

Mais, il déclare qu'il n'avait jamais vu auparavant une police aussi démunie en équipements que celle du libéria.

Le responsable américain a prévenu que les crimes ont tendance à resurgir après la fin du conflit dans un pays, et cela accroît le besoin d'instaurer une force de police efficace sur le terrain au Libéria. "Une fois la priorité accordée aux organisations de sécurité, les rues seront sûres, les enfants pourront se rendre dans les écoles sans crainte et librement, et des élections démocratiques seront organisées", souligne Kroecker. Les nouvelles recrues seraient heureuses d'être intégrées dans la force de police réorganisée du libéria. "Nous sommes heureux de faire partie intégrante de cela et d'être capables de servir notre pays avec fierté et dignité", a indiqué James Farkollie l'un des stagiaires.

Au cours des derniers mois, le Libéria a enregistré une grande amélioration par rapport au respect des droits de l'Homme. Cependant, le taux de chômage du pays est autour de 80 pour cent – et cela est inquiétant car ce manque d'emploi entraînera le potentiel pour une reprise de la violence dans le pays.