JOHANNESBURG, 3 août (IPS) – "Avant d'obtenir leur liberté, les Sud-Africains ont combattu l'apartheid sans reculer. Utilisons alors la même méthode pour vaincre la tuberculose", souligne une vidéo clip préparée pour la campagne contre la tuberculose dans le pays.
Dans cette vidéo clip, Dr Moji Mogari, secrétaire général de l'Association médicale sud-africaine (SAMA) et président du comité de pilotage de la Coalition contre la tuberculose (CAT), déclare : "Nous avons vaincu d'autres défis dans le passé. Mais celui-ci est guérissable. Nous pouvons atteindre cet objectif". L'année dernière, on a diagnostiqué la tuberculose chez 250.000 personnes en Afrique du Sud, a indiqué Dr Lindiwe Mvusi, directeur du Programme de contrôle de la tuberculose, en réponse à une question posée par IPS, avant la signature d'un accord pour le soutien de la coalition, à Johannesburg, au cours du week-end.
Mvusi a déclaré : "C'est parce que nous avons découvert avec du retard le rythme croissant de l'infection du VIH que certains maladies manquent de traitement".
"Certains en manquent à cause de la pauvreté. Ils n'ont rien à manger ou les comprimés leur donnent la faim. Ainsi, quand ils n'ont pas de nourriture, ils ne prennent pas de traitement", a expliqué Mvusi.
"Certains ne dévoilent pas leur statut de peur d'être licenciés du travail. Ils sont les soutiens de la famille. Ainsi nous pensons que le secteur privé devrait nous aider dans la résolution de ce problème".
La CAT, soutenue par le gouvernement, est composée d'entreprises, d'associations de la société civile, d'organisations non gouvernementales et d'églises – presque le même type de coalition mise sur pied au plus fort de l'apartheid, qui a conduit à sa disparition finale en 1994. A la grande satisfaction des militants, Nelson Mandela, le symbole de la lutte anti-apartheid, qui a été lui-même diagnostiqué de tuberculose lorsqu'il était emprisonné à cause de son opposition à l'apartheid, a déjà jeté son poids dans la campagne. "Nous ne pouvons pas gagner le combat contre le SIDA si nous ne combattons pas également la tuberculose. La tuberculose constitue très souvent la sentence de mort pour les personnes malades de SIDA", a déclaré Mendela à une conférence de presse juste à la fin de la 15ème Conférence internationale sur le SIDA dans la capitale thaïlandaise, Bangkok. La conférence mondiale s'est tenue du 11 au 16 juillet.
Mandela a indiqué : "Nous avons su guérir la tuberculose depuis plus de 50 ans. Ce qui nous a manqué, c'est la volonté et les ressources pour vite diagnostiquer les personnes malades de tuberculose et leur donner le traitement qu'il faut". Mandela a remercié la Fondation Bill et Melinda Gates pour son appui au Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme par un don de 50 millions de dollars.
"Cependant, nous aurons besoin davantage que les ressources de la Fondation Gates pour atteindre l'échelle nécessaire pour financer la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Nous avons besoin d'établir un partenariat entre le public et le privé qui est la vision du Fonds mondial", a ajouté l'ancien président sud-africain. Selon Manto Tshabalala-Msimang, ministre sud-africaine de la Santé, le secteur privé et la société civile sont des partenaires cruciaux qui peuvent aider le gouvernement à gérer et à réduire la vitesse de la tuberculose dans le pays. Elle regrette que l'Afrique du Sud n'ait pas mis sur pied un programme de lutte contre la tuberculose, quelque chose auquel, selon elle, la coalition cherche à s'atteler. Thsabalala-Msimang a ajouté : "Nous n'avons pas réduit de façon significative les taux d'infection de la tuberculose, ni obtenu beaucoup de succès dans le traitement".
"Les Sud-Africains infectés par la tuberculose continuent de manquer de traitement, ou ne cherchent jamais à se faire diagnostiquer en premier lieu. Cela accroît le champ du bacille de la tuberculose dans le pays et affecte cruellement nos efforts pour réduire l'existence de la tuberculose résistant aux médicaments multiples", a-t-elle souligné à IPS.
Elle met l'échec du traitement de la tuberculose sur le stigmate et l'ignorance.
"Par exemple, si je suis atteint par la tuberculose et que je dois prendre un traitement pour la tuberculose, très souvent, ceux qui m'entourent vont supposer que je suis forcément séropositif ou que je vis dans la pauvreté", a-t-elle expliqué. "Ainsi en tant que malade, il ne sera pas aisé pour moi de prendre mon traitement chaque jour, et dès que je me sens de mieux en mieux – ce que je fais presque aussitôt après avoir commencé le traitement – je cesserai de le prendre", a indiqué Tshabalala-Msimang.
Chaque année, à peu près deux millions de personnes se trouvant en Afrique au sud du Sahara, meurent de tuberculose malgré la disponibilité des soins bon marché qui sont efficaces à plus de 95 pour cent, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Plus de 1,5 million de cas de tuberculose surviennent chaque année en Afrique subsaharienne. Ce nombre s'accroît rapidement, largement en raison de la haute prévalence du VIH, déclare l'OMS, une agence des Nations Unies.
En Afrique du Sud, le taux de tuberculose s'accroîtra de 10 pour cent en l'an 2010 à cause de la pandémie du VIH/SIDA, indiquent des responsables de santé.
La pauvreté, le manque de soins de santé primaires, la malnutrition, les conditions de vie précaires contribuent tous à répandre la tuberculose. A tour de rôle, la maladie et la mort due à la tuberculose renforcent et approfondissent la pauvreté dans plusieurs communautés, déclare le Partenariat pour l'arrêt de la tuberculose — un réseau international engagé dans la lutte contre la maladie.
Le réseau dit que la moyenne des malades perde trois à quatre mois du temps de travail à cause de la tuberculose. La perte de leurs gains peut s'élever à 30 pour cent du revenu du ménage. Certaines familles perdent 100 pour cent de leur revenu, ajoute-t-il.
Des partenariats avec des hommes d'affaires sont en train de naître également au sein de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).
En Namibie, par exemple, la coalition des hommes d'affaires contre le SIDA, créée en 2002 pour accroître les ressources et les techniques afin de s'occuper de la pandémie aussi bien sur les lieux de travail que dans la communauté, est activement engagée dans la lutte contre la tuberculose et le VIH/SIDA. La coalition est active dans la bande de Caprivi qui fait frontière avec les trois des pays les plus affectés au monde – Zambie, Zimbabwe et Botswana.
Le taux de prévalence du VIH parmi les femmes enceintes dans la région de Caprivi s'élève à 43 pour cent et est plus élevé que celui de toute la Namibie qui est de 22,5 pour cent, selon le rapport des services du ministère de la Santé en 2002.
Des entreprises privées en Zambie ont également formé une Coalition commerciale sur la tuberculose et le VIH/SIDA. Ses objectifs comprennent une action de plaidoyer des milieux d'affaires sur la tuberculose et le VIH/SIDA, contribuant à réduire l'impact de la maladie sur les employés des entreprises, ainsi qu'à renforcer et appuyer les réponses visant la prévention et le contrôle de l'infection du VIH. La coalition, sous le parrainage de l'ancien président Kenneth Kaunda, devenu maintenant un militant actif contre le SIDA, regroupe plus de 40 compagnies.

