LOME, 30 juil (IPS) – "Nous voulons des médicaments, faites quelque chose", a lancé Augustin Kokouvi Dokla, un porte-parole des personnes vivant avec le VIH au Togo à l'occasion de l'installation officielle du Conseil national de lutte contre le SIDA et les infections sexuellement transmissibles (CNLS-IST).
"Je pense que si nous disposons de médicaments, beaucoup de personnes vivant avec le SIDA seront soulagées et beaucoup de gens auront le courage de faire le test de dépistage pour connaître leur statut sérologique", a déclaré Dokla devant un parterre de personnalités politiques, diplomatiques, religieuses et de la société civile, le mardi 27 juillet à Lomé, la capitale togolaise.
Koffi Kossi (un surnom), qui est une personne vivant avec le VIH (PVVIH), a expliqué à IPS qu'aucune action concrète n'était menée pour l'instant au Togo pour l'accès aux anti-rétroviraux (ARV).
Les anti-rétroviraux permettent, à défaut de guérir complètement les malades du SIDA, de les soulager en prolongeant leur vie.
"Nous n'avons droit qu'à de beaux discours alors que nous avons besoin de médicaments", s'est plaint Kossi. Il a déploré la cherté du traitement anti-rétroviral dont le coût mensuel varie actuellement entre 18.000 et 99.000 francs CFA (entre 34 et 187 dollars environ). "C'est une revendication qui est fondée et nous sommes conscients de la situation", a dit à IPS, Suzanne Aho, ministre de la Santé du Togo. Elle se réjouit de la mise à la disposition du Togo de moyens financiers, par le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA), pouvant permettre d'acheter des ARV.
De son coté, Tagba Abi Tchao, coordonnateur du secrétariat permanent du CNLS-IST, trouve normal que les PVVIH se plaignent car tout malade a besoin de traitement. "Il faut reconnaître que les médicaments coûtent chers et c'est pourquoi nous saluons l'aide de l'ONUSIDA", a dit Tchao à IPS. Quelques jours avant l'installation du CNLS-IST, le Fonds mondial de lutte contre le Sida a offert au Togo des anti-rétroviraux estimés à 1,5 milliard de FCFA (environ 2,8 millions dollars). Ce lot d'anti-rétroviraux permettra de prendre en charge près de 1.500 malades. Selon le médecin-commandant Léon Wiyao Adom, directeur du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), ils seront gratuitement pris en charge dans les jours à venir. Les malades, qui bénéficieront de ce traitement, seront sélectionnés à partir du mois d'août sur proposition des médecins traitants.
Un document définissant les critères de sélection des malades à traiter, ainsi que le mode de gestion des médicaments, a été élaboré par le PNLS.
Seuls les malades présentant un état avancé d'infection pourront bénéficier de ce traitement gratuit.
"Toute personne infectée n'a pas besoin d'ARV, il faudrait en arriver à un stade de la maladie pour bénéficier des ARV", a expliqué Adom à IPS. "Des anti-rétroviraux pour 1.500 personnes seulement, c'est trop peu, nous en voulons plus", a fait savoir Dokla, le porte-parole des PVVIH.
Dr Arnold Ahiatsi, coordonnateur de l'Unité de gestion du programme (UGP) du Fonds mondial au Togo, a indiqué à des journalistes que ce geste s'inscrivait dans le cadre d'un accord de deux ans renouvelable. "Il permettra de traiter 1.500 malades dès la première année", a-t-il ajouté.
"C'est vrai que c'est un pas qui vient d'être franchi avec la prise en charge des 1.500 personnes, mais nous pensons que c'est très peu face au nombre total de cas de SIDA déclarés au Togo", estime Kossi. Selon le Premier ministre Koffi Sama, le Togo, qui a une population de près de cinq millions d'habitants, est passé de six cas de SIDA en 1987 pour atteindre aujourd'hui 15.000 cas déclarés et environ 160.000 personnes vivant avec le VIH. Il a appelé tous ses concitoyens à la mobilisation, dans son discours d'installation du CNLS-IST.
Le CNLST-IST, présidé par le chef de l'Etat togolais, Gnassingbé Eyadema, se compose des représentants de toutes les couches de la population. Il aura pour mission de définir les orientations politiques en matière de lutte contre le VIH/SIDA et les IST. Le conseil a également pour mission de mobiliser des ressources pour la mise en œuvre du plan stratégique national de lutte contre le SIDA.
"La cérémonie de ce jour est chargée de symbole … Elle montre que le Togo est résolument engagé à lutter contre le SIDA", a affirmé Sama qui a appelé les Togolais à adopter un comportement sexuel responsable. "Car, si le SIDA est l'affaire de tous, il est aussi l'affaire de chacun individuellement".
Selon le Premier ministre, la lutte contre le SIDA doit tenir compte des principaux déterminants qui entretiennent la pandémie. II s'agit de l'activité sexuelle élevée au sein de la population des jeunes, de la subordination socio-économique des femmes, de la pauvreté, de l'existence de groupes vulnérables, et de l'insuffisance de la prise en charge.
Par manque de moyens financiers, le Togo ne dispose pas de centres anti-SIDA spécialement chargés de traiter les séropositifs.
"Nous souhaitons qu'en plus des opérations de sensibilisation, des moyens soient déployés sur l'ensemble du territoire national pour la prise en charge effective des malades", a insisté Kossi.

