DROITS: L'UE avertit le Soudan des sanctions

BRUXELLES, 29 juil (IPS) – L'Union européenne (UE) augmente la pression sur le gouvernement soudanais pour faire arrêter les violations des droits de l'Homme dans le Darfour sous peine d'être soumis aux sanctions.

Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis à Bruxelles le lundi, 26 juillet, ont recommandé aux Nations Unies de voter une résolution menaçant de sanctions le Soudan s'il ne mettait pas fin au conflit du Darfour.

Le Conseil de sécurité de l'ONU débat actuellement sur une résolution parrainée par les Etats-Unis, qui impose des sanctions aux milices et à leurs sponsors.

Les sanctions peuvent inclure la pression commerciale et économique ainsi que des restrictions sur les voyages et le renforcement d'un embargo existant sur les armes.

Au début du mois, le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a imposé un délai de 90 jours au Soudan pour contrôler les milices arabes, améliorer la sécurité et assurer que les travailleurs humanitaires accèdent à la région.

L'UE a dit dans une déclaration : "Il y a des rapports continus sur les violations massives des droits de l'Homme par la milice armée, y compris les Janjaweed, de même que le viol systématique des femmes".

Le bloc a ajouté qu'il "s'attend à ce que le gouvernement du Soudan assure que ces violations prennent fin avec effet immédiat".

Les 25 ministres des Affaires étrangères de l'UE disent qu'ils sont mécontents que le gouvernement soudanais n'ait pas encore accompli les autres obligations plus urgentes auxquelles il est astreint. "Il n'y a aucune indication que le gouvernement du Soudan ait pris des mesures concrètes et vérifiables pour désarmer et neutraliser les milices armées, y compris les Janjaweed", ont-ils indiqué dans une déclaration, lundi.

Etant donné la coopération insatisfaisante de la part de Khartoum, l'UE a prévenu qu'elle pourrait être forcée à prendre des mesures plus drastiques.

"Le conseil des ministres de l'UE appelle le Conseil de sécurité de l'ONU à voter une résolution avec l'indication de prendre d'autres mesures, y compris d'imposer des sanctions, au cas où le gouvernement du Soudan ne remplirait pas immédiatement ses obligations et ses engagements", ont-ils ajouté.

Depuis que le conflit du Darfour a commencé en février 2003, il y a eu des rapports continus sur les violations massives des droits de l'homme par les milices armées.

L'ONU a décrit la situation au Darfour comme la crise humanitaire la plus grave du monde.

Les milices arabes appelées les Janjaweed sont accusées de tuer des milliers de gens et d'en forcer plus d'un million à fuir leurs maisons. Le gouvernement de Khartoum est subit des pressions pour désarmer les Janjaweed et les autres milices. Beaucoup d'agences humanitaires et gouvernements accusent le gouvernement du Soudan de supporter les milices contre les rebelles noirs africains. Mais le gouvernement soudanais a constamment rejeté les accusations, affirmant qu'il contrôlait les Janjaweed.

Les ministres des Affaires étrangères ont entre-temps convenu également d'envoyer 36,5 millions de dollars (30 millions d'euros) supplémentaires pour atténuer la crise humanitaire dans la région.

Ils ont convenu également d'envoyer une équipe au Darfour pour évaluer la logistique et d'autres appuis que le bloc pourrait fournir à l'Union africaine, la seule force militaire indépendante travaillant présentement dans la région.

S'exprimant après la réunion des ministres des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie néerlandaise, Bernard Bot, dont le pays préside actuellement l'UE, a déclaré que le gouvernement soudanais était conscient de l'imminence des sanctions s'il n'accomplissait pas les obligations.

"Nous contrôlerons très soigneusement… chaque jour, chaque semaine, le progrès sur le terrain. De cette manière, nous pouvons voir à quel moment d'autres mesures doivent être prises", a-t-il dit aux journalistes après les entretiens.

L'UE semble suivre les pas des Etats-Unis qui ont déjà déposé un projet de résolution à l'ONU demandant que le Soudan désarme les Janjaweed ou soit soumis aux sanctions.

Selon Javier Solana, le chef de la diplomatie de l'UE, bien que la situation dans le Darfour se soit un peu améliorée, le risque d'une catastrophe potentielle restait "très élevé".

L'UE est en train également de dresser une liste des leaders janjaweed "responsables des manquements et violations des droits de l'Homme, du droit humanitaire international et de ceux qui les guident et les supportent".

Le bloc a indiqué qu'il presserait le gouvernement soudanais "à arrêter ces personnes ou à les démettre de leur fonction et à les traduire en justice".