POPULATION-RD CONGO: Des milliers de personnes exposées aux risques d'irradiation à l'uranium

KINSHASA, 30 juil (IPS) – Trois personnes sont mortes à la suite d'un glissement de terre, dans la mine souterraine de Tshinkolobwe, le lundi, 26 juillet, dans la province du Katanga, dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RDC).

C'est le deuxième accident du genre, en moins d'un mois, après celui survenu au cours du week-end du 10 au 12 juillet 2004 qui, dans les mêmes circonstances, avait coûté la vie à au moins neuf personnes, toutes des exploitants clandestins d'uranium. Situé à près de 160 kilomètres au nord-ouest de la ville Lubumbashi, capitale de la province du Katanga, le site minier de Tshinkolobwe a été rendu tristement célèbre dans l'histoire de l'humanité pour avoir fourni les 1.500 tonnes d'uranium qui avaient servi à fabriquer les bombes atomiques que les Américains avaient, en 1945, larguées sur les villes japonaises d'Hiroshima et de Nagasaki, mettant ainsi fin à la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945). Pour des raisons de sécurité et pour le bien des populations locales, la mine avait été scellée par le gouvernement belge, sous la colonisation, en 1956. Depuis, le relâchement de la surveillance a permis à des mineurs clandestins d'exploiter illégalement la mine, principalement à la recherche du cobalt à forte concentration à Tshinkolobwe. Ils sont estimés entre 15.000 et 20.000 mineurs clandestins qui travaillent sur le site en dépit du risque majeur d'irradiation. "Le risque d'irradiation est réel", a déclaré le professeur Loris Nda Tung, un géologue de l'Université de Lubumbashi, qui a étudié le taux de radioactivité dans la mine ainsi que dans les carrières environnantes.

Selon Tung, ce taux se situe entre 10.000 et 15.000 coups par seconde alors qu'à partir de 100 coups, le taux est jugé déjà dangereux. La population habitant Tshinkolobwe et dans les alentours a plusieurs fois été sensibilisée sur le danger de la radioactivité dans le secteur, mais elle ne veut pas quitter les lieux. "Pour des raisons de patrimoine culturel", estime Petwe Kapande, le maire de la ville voisine de Likasi à 15 km du site minier, "mais aussi pour des objectifs purement mercantilistes et commerciaux. Sous prétexte d'exploiter le cobalt, beaucoup de ces exploitants, clandestins, en fait, courent après l'uranium, très recherché sur le marché international". Pour bon nombre de ces mineurs, les raisons relèvent tout simplement de la survie quotidienne, ceux qui avaient fermé la mine ne s'étant jamais soucié de la condition sociale des travailleurs et des habitants de la zone. "Les gouvernements belge et congolais ont désaffecté la mine pour des raisons de sécurité, certes, mais ils n'ont pas créé d'autres activités pourvoyeuses d'emplois", explique Muland Tshanda, ingénieur agronome, originaire de Tshinkolobwe, mais vivant à Likasi. "Ces anciens mineurs ont des femmes et des enfants dont ils doivent s'occuper. Il ne s'offre pas, pour eux, d'autres possibilités que la mine sur laquelle ils vivent et dont ils savent qu'ils peuvent tirer de l'argent", ajoute-t-elle. Malgré le risque certain d'irradiation, les habitants de Tshinkolobwe n'entendent pas quitter les lieux ni leurs activités dans la mine. Bien plus, les autorités administratives semblent même couvrir les populations.

Un certain mystère entretenu volontairement sur le site minier désarçonne l'entendement des scientifiques et organisations humanitaires qui veulent approcher la mine et porter secours à ceux qui en auraient besoin, indique un observateur qui a requis l'anonymat. Une équipe inter-agences l'ONU, comprenant des éléments de la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC), de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et de l'Université de Lubumbashi, tentent depuis le 13 juillet, d'évaluer les besoins humanitaires sur le site minier et d'estimer l'impact écologique de cette série d'accidents. Mais l'équipe se voit toujours refuser l'accès au site minier par les autorités locales pour différentes raisons dont une question d'autorisation officielle. Pourtant, souligne Alexandre Essombe, le porte-parole de la MONUC-Katanga, "certaines familles, dont des femmes enceintes et des enfants, dorment sur le site et certains mineurs travaillent, torses nus, 24 heures d'affilée dans les galeries souterraines, sans protection aucune". La MONUC a recommandé que la mine soit davantage sécurisée et qu'à la limite, elle soit privatisée "pour une exploitation plus disciplinée et afin d'éviter tout trafic d'uranium".

Des rumeurs d'un trafic clandestin d'uranium – à partir des sites de la RDC – ont circulé au niveau international il y a un peu plus d'une année, juste avant la guerre américaine contre l'Irak, au profit des membres d'Al Queda, mais elles n'ont jamais été confirmées. Toutefois, le Centre recherche sur l'énergie nucléaire de Kinshasa (CRENK) estime que la mine de Tshinkolobwe ne représente pas de gros risques en termes de circulation de l'uranium, tellement les "quantités exploitables sont insignifiantes".