KINSHASA, 17 juil (IPS) – Un mois et demi après l'insurrection à Bukavu, dans le Sud-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la ville de Goma était prise de panique, à la mi-juillet, à cause d'une rumeur faisant état d'un assaut imminent des hommes du général insurgé, Laurent Nkunda, selon une source contactée par IPS à Goma.
Entre le 14 et le 15 juillet, "nous avons eu très peur et ne savions plus où donner de la tête", explique Hortense Paluku, une infirmière de Goma, dans un entretien téléphonique avec IPS. "Personnellement, j'aurais bien voulu mettre les enfants en lieu sûr, mais la ville de Goma est tellement enclavée du fait de l'insécurité sur les routes. Il n'y a plus que l'avion comme seule piste de solution et il coûte cher", indique-t-elle. Les soldats du général Nkunda se trouvent seulement à quelques encablures, à l'ouest de Goma, qui est la capitale du Nord-Kivu, toujours dans l'est de la RDC. Nkunda et le colonel Jules Mutebusi sont les deux officiers supérieurs de l'armée congolaise, de souche tutsi-banyamulenge, qui avaient lancé l'insurrection de fin juin à début juin, investissant de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu. Les combats avaient fait plus de 120 morts. L'inquiétude de la population de Goma se renforce par le fait que tous les alentours de la ville sont pratiquement minés. L'axe nord vers la ville de Butembo, à quelque 350 kilomètres, est infesté de milices de toutes sortes dont les terribles Hutu interahamwe d'origine rwandaise, tandis que l'axe de l'ouest vers la ville de Masisi, à une centaine de kilomètres, est encore plus dangereux car le général Nkunda a établi son quartier général à Minova, à 150 km, sur la lisière entre le Sud-Kivu et le Nord-Kivu. Il ne reste plus que l'axe de l'est qui mène directement sur la ville rwandaise de Gisenyi que les Congolais, d'une manière générale et pour des raisons évidentes, n'osent même pas envisager pour avoir fait une triste expérience de l'hospitalité rwandaise lors de l'éruption du volcan Nyiragongo en janvier 2002.
Bien entendu, il y a également la voie lacustre vers Bukavu, sur le lac Kivu, qui ne peut être envisagée que comme ultime solution, mais la ville de Bukavu, à 100 km, au sud par voie lacustre, n'offre pas plus de sécurité depuis les événements de mai et juin, après l'insurrection du colonel Mutebusi. A Goma, les nuits sont perturbées par des rafales sporadiques d'armes automatiques sans que l'on ne sache exactement qui tire et pour quelle raison. Ces tirs provoquent souvent des morts, selon des témoins dans la ville. La méfiance est manifeste à Goma entre la population et les autorités civiles ou militaires issues du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), l'ex-rébellion soutenue par le Rwanda. "Nous sommes pratiquement les otages de l'ancien pouvoir RCD", déclare un fonctionnaire qui, pour des raisons de sécurité, a requis l'anonymat. "Les troupes militaires, qui ont accompagné le général Nkunda, pourtant sans fonctions officielles dans l'armée, dans son aventure vers Bukavu, venaient toutes des différentes garnisons de la 8ème région militaire, c'est-à-dire de la province du Nord-Kivu, dirigée par le général Obedi Rusasire", dit-il. "Depuis lors, la plupart des militaires insurgés ont regagné leurs garnisons respectives, impunément, comme si rien ne s'était passé ou comme s'ils avaient été en mission officielle. On ne voit cela qu'en RDC", ajoute le fonctionnaire anonyme. Le général Rusasire a reçu, en principe, mission d'arrêter le général Nkunda; mais, vrai ou faux, le général Nkunda ferait des visites fréquentes à Goma où se trouvent sa famille et sa résidence. Bien plus, le général Nkunda a été le supérieur direct de Rusasire pendant la rébellion. Ceci peut expliquer cela.
Enfin, dernier objet d'inquiétude pour la population de Goma et non des moindres, le retranchement, dans cette ville, de huit députés banyamulenge, membres du RCD, qui ont décidé, le 12 juillet, de quitter Kinshasa et de suspendre leur participation aux travaux de l'Assemblée nationale de transition. Les huit parlementaires entendaient, selon eux, protester contre la "manière désinvolte" dont le gouvernement congolais s'occupe du sort de la communauté banyamulenge du Sud-Kivu, "en danger d'extermination".
Dirigée par Bizima Karaha, ancien ministre des Affaires étrangères sous le président Laurent Désiré Kabila, cette fronde au sein du parlement congolais en rajoute à la psychose généralisée à Goma, de par sa particularité ethnique, et notamment les premières déclarations officielles des députés frondeurs. "Trop, c'est trop, nous refusons de mourir comme des poules", s'est en effet insurgé Karaha, dans une interview sur Radio Okapi, la radio de la MONUC, sur les raisons de sa défection du parlement. "Les Banyamulenge ne sont pas des Congolais de seconde zone que l'on peut tuer comme des poules.
Allez aujourd'hui à Bukavu et à Masisi, vous ne trouverez aucun Munyamulenge (le singulier de Banyamulenge) qui a regagné son village. Ils ont encore peur de se faire massacrer", a-t-il affirmé. La MONUC est la Mission d'observation des Nations Unies au Congo. Pareille déclaration, de la part d'un parlementaire, étonne quelque peu dans la mesure où les griefs, que soulève Karaha contre le gouvernement, relèvent justement d'un débat qui a sa place au parlement, à Kinshasa, et non d'une fronde de maquis à plus de 2.000 km de la capitale, estiment des analystes politiques dans la capitale congolaise. Bien plus, les enquêtes menées aussi bien par la MONUC que par l'organisation non gouvernementale (ONG) de défense des droits de l'Homme, 'Human Rights Watch', avaient abouti à la conclusion selon laquelle il n'y avait pas eu de tueries ciblées contre la communauté banyamulenge lors des événements de Bukavu. Visiblement désarçonnée par le comportement de ses représentants à l'Assemblée nationale, la direction politique du RCD a sommé les députés frondeurs de regagner leurs sièges au parlement dans les cinq jours, sous peine d'exclusion du parti. Le délai expire en principe ce jour, 17 juillet.

