BANGKOK, 16 juil (IPS) – Une militante asiatique visiblement touchée a fait un pas en avant et a serré la main de son homologue africaine tandis qu'une autre l'a serrée dans les bras le tout avec un mélange de respect et, peut-être, de remords.
Ludfine Anyango vit avec le VIH. "J'ai été reconnue séropositive il y a neuf ans", a dit à IPS Anyango, âgée de 32 ans.
Ce sont des personnes vivant avec le VIH/SIDA comme Anyango qui ont démystifié la maladie en Afrique. Et, maintenant, elles partagent leurs expériences en Asie à la 15ème Conférence internationale sur le SIDA, qui a pris fin, vendredi à Bangkok, la capitale thaïlandaise. La conférence a drainé plus de 15.000 délégués.
"Des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique ont mis fin à la honte.
Nous avons brisé la stigmatisation. Nous avons montré à la société que nous pouvons encore nous remarier après avoir perdu un époux", a-t-elle déclaré à une réunion sur 'Le partage d'expériences : Afrique et Asie', organisée par 'Action Aid', une organisation caritative internationale.
Anyango, qui est la coordonnatrice nationale du volet VIH/SIDA à 'Action Aid', au Kenya, a dit qu'il était courant d'entendre qu'en Asie, le virus causant le SIDA n'existe que parmi les prostituées, les toxicomanes qui s'injectent de la drogue et les homosexuels.
"Mais ces gens ne vivent pas dans le vide. Ils vivent dans la société", a-t-elle souligné.
L'Asie représente maintenant une sur quatre nouvelles infections chaque année et compte quelque 7,4 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).
L'agence onusienne estime que plus d'un million de personnes ont contracté le VIH dans la région, et qu'environ 500.000 sont mortes de maladies liées au SIDA.
Le pays le plus affecté est l'Inde où environ 5 millions de personnes ont été infectées à la fin de 2002, le deuxième chiffre plus élevé au monde après l'Afrique du Sud.
Selon l'Organisation nationale de lutte contre le SIDA en Inde (NACO), le VIH/SIDA atteint peu à peu les zones rurales et la population générale..
Dans des Etats comme Andhra Pradesh, Karnataka, Maharashtra, Manipur et Nagaland, la prévalence du VIH parmi les femmes enceintes a dépassé le seuil de un pour cent, tandis qu'à Gujurat et Goa, la prévalence parmi les populations ayant un comportement à haut risque est de cinq pour cent, selon l'ONUSIDA.
La prise de conscience et la connaissance du VIH/SIDA restent faibles dans les zones rurales et parmi les femmes, et il n'y a pas encore une preuve convaincante que l'épidémie est en train d'être jugulée dans des Etats individuels, encore moins dans le pays tout entier, a indiqué l'ONUSIDA.
"Nous devons agir vite. Si nous ne le faisons pas, nous allons alors devenir comme l'Afrique", a déclaré à la réunion, Parinita Bhattacharjee du Projet Collab Inde-Canada VIH/SIDA dans l'Etat sudiste de Karnataka.
"Nous voyons beaucoup de personnes malades. Nous voyons la mort. Nous voyons la discrimination en Inde", a-t-elle indiqué. Nous n'apprenons pas assez rapidement".
Bhattacharjee a prévenu que l'Asie est en train de commettre les mêmes erreurs que l'Afrique au début de la pandémie.
"Des erreurs ont été commises en Afrique," a indiqué, à la réunion, Caroline Sande-Mukulira, directrice d'Action Aid pour le programme de partenariat d'Afrique australe, qui est basé dans la capitale sud-africaine, Pretoria.
Lorsque la maladie a touché l'Afrique pour la première fois, a-t-elle souligné, le "VIH/SIDA était perçu comme un problème de santé".
"Mais c'est plus que cela. C'est un problème de pauvreté, c'est un problème de développement", a-t-elle fait remarquer.
Sande-Mukulira a également rejeté la faute sur la religion conservatrice.
"Les leaders religieux ont également fait des erreurs. Ils ont pris le problème d'un point de vue moral. Ils n'avaient pas apporté leur appui et attention. C'était une grande erreur que l'Asie devrait éviter", a-t-elle souligné.
L'Afrique a également partagé des expériences avec l'Asie sur les orphelins du SIDA.
Alors que la prévalence du VIH reste faible, des chiffres absolus d'enfants orphelins sont beaucoup plus élevés en Asie, qui compte presque quatre fois plus d'enfants. En 2003, il y avait 87,6 millions d'orphelins attribuables à toutes les causes en Asie, le double des 43,4 millions d'Afrique subsaharienne, selon le dernier rapport de l'ONUSIDA.
"Les pays asiatiques devraient essayer de prolonger la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA pour qu'elles puissent s'occuper de leurs enfants et éviter des orphelins du SIDA", a déclaré Sande-Mukulira.
En Afrique, la famille élargie offre un réseau de sécurité pour plusieurs personnes et Sande-Mukulira souligne que le rôle de cette famille est en train d'être étendu au maximum à cause du nombre croissant d'enfants devenus orphelins parce que leurs parents meurent du SIDA.
"Si la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA est prolongée, la question des orphelins diminuera", a-t-elle ajouté.
Sur la question des médicaments anti-rétroviraux (ARV), Dr Omokhudu Idogho d'Action Aid au Nigeria a indiqué que les gouvernements africains négligeaient la responsabilité qu'ils ont de soigner les personnes vivant avec le VIH/SIDA et les laissaient plutôt à la charge des communautés.
Selon l'ONUSIDA, en 2003, quelque 3 millions de personnes en Afrique subsaharienne ont été nouvellement infectés par le VIH. "Mais 400.000 seulement sont sous traitement ARV dans la région africaine", a dit Idogho à IPS. En Afrique, a-t-il poursuivi, "le gouvernement a démissionné de son rôle et a laissé les personnes vivant avec le VIH/SIDA aux soins des communautés".
Les barrières culturelles, comme la religion et le tabou autour du sexe, doivent également être brisées si l'on veut parvenir à des progrès dans la lutte contre le VIH/SIDA en Asie.
"Les Asiatiques devraient essayer de régler la question de barrières culturelles qui alimentent la propagation de la maladie", a souligné Alfred Okema d'Action Aid, dont le pays, l'Ouganda, est devenu un modèle dans la lutte contre le VIH/SIDA.
Il a été en effet reconnu que les erreurs de l'Afrique ne devraient pas être répétées en Asie.
"L'expérience africaine montre que le VIH peut détruire des acquis de développement de plusieurs décennies", a déclaré, à la réunion, Farouk Khan qui est dans la commission parlementaire de la santé au Bangladesh.

