OTTAWA, 15 juil (IPS) – Un plan international de "maintien de l'ordre" pour le diamant a retiré la République du Congo de sa liste de pays certifiés comme ceux appliquant les règles commerciales mondiales, et a accusé cette nation d'exporter des pierres illégales.
Le processus de Kimberley se bat pour maintenir hors du marché mondial les "diamants de guerre" — utilisés pour financer la rébellion armée — en faisant pression pour obtenir un système de production et d'exportation transparent.
L'exclusion de cette nation d'Afrique centrale de la liste des pays vendant des diamants "propres" retire effectivement le Congo-Brazzaville du commerce international légitime de diamant.
Une équipe d'experts, présidée par l'ancien patron sud-africain du Processus de Kimberley, Abbey Chicane, et comprenant des experts du Canada, d'Israël, du Conseil mondial de diamant et de l'ONG Partenariat Afrique Canada (PAC), basée à Ottawa, a effectué une visite au Congo en juin pour vérifier si l'affirmation selon laquelle ses exportations annuelles de diamant de cinq millions de carats étaient exploitées dans le pays ou importées auprès de producteurs légitimes.
Dans les années 1990, les ventes de diamants exploités illégalement ont financé les insurrections et guerres civiles qui ont tué et mutilé des centaines de milliers de personnes en Sierra Leone, au Liberia et en Angola, ainsi que chez le voisin de la République du Congo, la République démocratique du Congo (RDC).
Des groupes paramilitaires se sont emparés des champs diamantifères, ont réduit en esclavage des travailleurs, et vendu les pierres sur le marché libre ou à travers des tiers jusqu'au moment où 48 pays, représentant 98 pour cent de la production mondiale de diamant, ont signé un traité à Ottawa en 2002 exigeant la documentation des diamants vendus sur le marché légitime.
La responsable du Programme PAC, Dorothée Gizenga Ngolo, faisait partie d'une équipe qui a examiné le commerce diamantifère du Congo-Brazzaville durant un voyage de cinq jours dans ce pays au début de juin. Son groupe est une coalition d'ONG africaines et canadiennes qui travaillent ensemble sur les questions de droits humains, de sécurité humaine et de développement durable.
Elle a déclaré que les enquêteurs n'avaient vu aucune preuve de la production de diamant, et que toutes les pierres exportées par le Congo-Brazzaville manquaient de documents nécessaires pour prouver qu'elles n'étaient pas des "diamants de sang" ou de "conflit".
Le Liberia a également été suspendu par le Processus de Kimberley pour n'avoir pas autorisé le contrôle de son commerce de diamant. Le pays a été un important débouché pour les diamants de conflit exploités en Sierra Leone, qui soutient avoir enrayé le commerce de diamant de guerre, mais dont 40 pour cent de la production sont toujours sortis clandestinement du pays, comme le croient certaines agences occidentales de renseignements.
Les autorités gouvernementales de Sierra Leone ont indiqué la semaine dernière qu'elles ont maîtrisé la production du diamant, la grande partie étant actuellement réalisée conformément aux normes du Processus de Kimberley grâce à une réduction des tarifs douaniers, de 15 pour cent à trois pour cent, et à un meilleur contrôle des champs diamantifères par des agents gouvernementaux.
Mais des critiques du système de surveillance ont dit à IPS que les agents de contrôle du gouvernement sont sous-payés et mal formés.
Les statistiques sur la production diamantifère du Congo-Brazzaville étaient ridicules, a souligné Ngolo.
"Le rapport annuel du Congo au Processus de Kimberley a indiqué qu'il a produit cinq millions de carats à l'intérieur du pays et n'avait pas d'importation du tout. Même si le Congo a la géologie pour les diamants, nous n'avons vu aucun signe montrant qu'ils y sont produits", a-t-elle ajouté dans un entretien.
Le gouvernement du Congo a un accord avec une firme israélite pour ouvrir des mines dans le pays, mais le travail sur le projet n'a pas encore commencé, a ajouté Ngolo.
Les autorités du processus de Kimberley ont été alertées par des ONG et des responsables du gouvernement de la RDC ravagée par la guerre que le Congo-Brazzaville autorisait l'entrée dans le pays de diamants sans papiers provenant de la RDC, de la République centrafricaine, du Gabon et du Cameroun.
Les diamants étaient vendus à prix réduits en Suisse et aux Emirats arabes unis, plutôt que sur les marchés d'Anvers, en Belgique et de Tel Aviv, en Israël, plus contrôlés, ont-ils ajouté.
Le processus de Kimberley est mandaté par les Nations Unies pour certifier la légitimité des pierres vendues sur les marchés mondiaux, sur la base d'un traité signé à Ottawa en 2002.
Le processus certifie environ 98 pour cent du commerce mondial de diamant.
La suspension du Congo était "nécessaire pour sauvegarder la crédibilité et l'intégrité" des efforts internationaux en vue d'enrayer du commerce annuel de diamant, d'une valeur de 60 milliards de dollars, les diamants de guerre du marché noir, a déclaré Tim Martin, président du Processus de Kimberley, dans un communiqué de presse, le vendredi 9 juillet.
"Les conclusions de la mission d'évaluation sont claires : la République du Congo ne peut pas expliquer l'origine des grandes quantités de diamants bruts qu'elle exporte officiellement", a-t-il ajouté.
Des responsables du Congo-Brazzaville ont dénoncé la suspension, la qualifiant "d'arbitraire". Le porte-parole du ministère des Mines, Louis-Marie Djama, a publié une déclaration accusant la RDC de manigancer l'exclusion.
Ngolo a indiqué que l'action rendait effectivement impossible la vente par des exportateurs congolais, de leurs pierres n'importe où, à un prix proche de celui du marché. Ceci, dit-elle, devrait empêcher le Congo d'être utilisé comme un centre de blanchiment pour les diamants de conflit.
"Des pays comme le Liban, qui a été écarté récemment du Processus de Kimberley, ne voudront pas des diamants du Congo parce qu'ils ont assez de mal à vendre les leurs. En fin de compte, des pays comme le Liban et le Congo, et ceux qui produisent des diamants de sang, ne pourront pas vendre à un prix intéressant les diamants, et le commerce cessera", a-t-elle ajouté.

